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Des énergies renouvelables à l'avenir des voitures à moteur hybride

Dossier - Joël de Rosnay : interview sur l'Energie et le développement durable
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Energie et Développement Durable magazine - Entretien avec Joël de Rosnay par Dan Bialod - Interview diffusée à l'occasion du salon EV-MC de Monte-Carlo.

  
DossiersJoël de Rosnay : interview sur l'Energie et le développement durable
 

En quoi les énergies renouvelables sont-elles une solution à nos problèmes écologiques ?

Joël de Rosnay :

Les énergies renouvelables ne sont pas des alternatives filière par filière aux énergies fossiles. C'est un complément global qui doit se concevoir dans une matrice multimodale : cela veut dire que dans certains cas le solaire thermique sera plus rentable que le voltaïque, dans d'autres cas ce sera l'énergie éolienne ou la biomasse. L'Europe s'est fixé 20 % d'énergies renouvelables d'ici 2010. Ce n'est pas impossible. En éolien, l'Allemagne et l'Espagne sont les leaders mondiaux. Certains pays, comme l'Allemagne, proposent que l'on paye son énergie à des prix différents selon la source. En payant plus cher si l'on aime l'énergie verte, on favorise ainsi une filière plutôt qu'une autre. C'est une sorte de vote par l'achat d'énergie.

Les énergies renouvelables peuvent être aussi encouragées, dans le cadre d'un plan politique volontariste, avec une moindre taxation. Mais pour cela il faut changer de paradigme. Ce que j'appelle l'éco-énergétique a pour but de définir les moyens permettant d'éviter l'interférence des activités industrielles et économiques des hommes avec les cycles naturels. Il s'agit de créer les bases d'une coopération réelle et efficace entre l'homme et la nature, abandonnant pour toujours l'ancienne idée de domination. La science économique s'est mise "entre parenthèses" de la nature en négligeant de considérer les entrées (ressources naturelles non renouvelables) et les sorties (rejets) de la machinerie économique considérées comme extérieures à son champ d'action. Les ressources étant jugées abondantes et illimitées et les rejets sans valeur marchande, les flux entrants et sortants n'ont pas été pris en compte.

Une autre logique, pourtant, a précédé celle des hommes et de leur économie : la coévolution des écosystèmes, avec leurs milliards d'espèces animales et végétales reliées par les grands cycles biogéochimiques. Tout un jeu de régulations subtiles et millénaires faisant intervenir l'ensemble des acteurs de la biosphère au sein de fragiles réseaux. Cette bio-économie de la nature a permis le maintien des écosystèmes terrestres et leur évolution. Dans l'optique de régulations à long terme je propose de remplacer le terme de "développement durable" par celui de "développement adaptatif régulé". Il a, me semble-t-il, le mérite d'introduire les notions d'adaptation et d'autorégulation dans le développement des sociétés humaines en relation avec l'ensemble de la biosphère.

Quelles sont les innovations les plus prometteuses ?

Joël de Rosnay :

Il y a de nombreuses expériences, comme la "cheminée solaire" de l'ingénieur Jorg Schlaich de l'Université de Stuttgart, qui sera opérationnelle en 2005 près de la ville de Mildura dans le désert australien.

Cette cheminée de 1000 m de haut, entourée d'une serre circulaire d'une surface équivalente à la moitié de celle de Paris, sera le plus grand édifice jamais réalisé par l'homme. En régime de croisière, elle produira 200 mégawatts d'électricité, de quoi alimenter 200.000 foyers ou la totalité des besoins de la ville de Hobart. Mais ce type de solution, intéressante du point de vue du rendement énergétique, ne peut être que local et de portée limitée.

Le plus significatif, je pense, ce sont les recherches sur la pile à combustible (PAC), qui n'est plus une innovation de science-fiction, car elle est utilisée en astronautique et en aéronautique. Pour que son développement se généralise, il faut que l'on soit capable de produire des versions "micro", pour les téléphones et les micro-ordinateurs, des versions "méso", des PAC domestiques en 20 et 50 kwatts pour les maisons et pour les voitures, et des versions "macro", pour alimenter des quartiers entiers. Mais un des problèmes reste celui de la production. Actuellement on produit surtout de l'hydrogène avec du gaz naturel.

Cependant, il y a une voie intéressante, celle de la biomasse, avec les déchets agroalimentaires d'une part et des algues photosynthétiques d'autre part, qui peuvent fabriquer de l'hydrogène. Je pense que c'est une solution d'avenir, comme le pétrole a remplacé la houille au début du XXe siècle. La transition devrait se faire entre 2020 et 2050. J'y crois bien plus que ces projets futuristes, tel celui du professeur David Criswell de l'université de Houston, consistant à déployer sur la Lune de très larges panneaux de cellules photovoltaïques pour capter l'énergie solaire, énergie qui serait ensuite transmise par micro-ondes en direction de la Terre.

Un tel flux de micro-ondes pourrait causer des problèmes environnementaux dont on ne sait mesurer les conséquences. De plus, il y a suffisamment de place dans les déserts ou sur mer, avec des îles flottantes, pour installer des "champs solaires", sauf que dans le désert on se retrouve avec les mêmes problèmes de conflits politiques que nous avons avec le pétrole.

Quel est l'avenir des voitures à moteur hybride ?

Joël de Rosnay :

D'abord, on peut faire le constat que la voiture électrique, avec des piles que l'on recharge, est morte, sauf peut-être pour des parcs publics, tels les bus ou les flottes de véhicules utilitaires de La poste ou d'EDF. Les voitures hybrides, qui comportent deux moteurs, à essence et électrique, présentent l'avantage d'emporter avec elle leur centrale énergétique de recharge. Les modèles les plus avancés consomment aujourd'hui 3 à 4 litres/100 km. Elles ont un vrai avenir dans la mesure ou les gens seront confiants dans leur fiabilité. En 20 ans, avec le développement des voitures avec pile à combustible, cela pourrait changer radicalement notre vie en ville.

C'est d'ailleurs l'objectif de "Californie pollution zéro", n'avoir quasiment plus de rejets (sans parler de la diminution de la pollution sonore). D'autant que ces véhicules offrent de nombreux avantages : faire 1 000 km avec un plein, disposer d'équipement intérieur fonctionnant jusqu''à 500 Volts, polluer 50 % de moins que la voiture classique la moins polluante... Je pense que la philosophie, le comportement des automobilistes changera avec ce type de véhicule, privilégiant le confort, la communication et la sécurité active à la vitesse.

Interview «Pétroles » à la Cité des Sciences et de l'Industrie par Jean-Rémi Deléage