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Les pressions : causes de dégradation des récifs coralliens

Dossier - Les coraux en danger !
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L'Initiative Française sur les Récifs Coralliens (IFRECOR) est une action nationale en faveur des récifs coralliens des collectivités de l'Outre-Mer, engagée sur décision du Comité interministériel de la Mer. L'initiative recouvre toutes actions et mesures prises en faveur des récifs. Les enjeux en sont la protection et la gestion durable des récifs coralliens des collectivités de l'Outre-Mer.

  
DossiersLes coraux en danger !
 

Parmi les menaces majeures qui pèsent sur les récifs coralliens figurent les pressions anthropiques locales, souvent chroniques, liées aux activités humaines en zone côtière et qui ont un impact localisé et immédiat, et les pressions naturelles, dont les effets des changements globaux.

Snorkelling sur la grande barrière de corail© WT-shared GFDL / CC BY-SA 4.0

L'accroissement de CO2 dans l'atmosphère, notamment, représente une menace croissante, qui risque d'avoir un impact à plus large échelle et à plus longue échéance et qui viendra compliquer les réponses des communautés coralliennes aux pressions locales (Comité Scientifique de Recherche Océanographique, SCOR, Boston 1998).

  • Les pressions naturelles

Communes à l'ensemble des DOM-TOM, les caractéristiques inhérentes aux îles de la zone tropicale sur le plan climatique, sur le plan du relief et de la pédologie, font que les causes naturelles jouent un rôle déterminant dans l'évolution des récifs coralliens. Les pressions liées aux causes naturelles peuvent s'exercer indifféremment sur toutes les zones du récif, frangeant ou barrière, contrairement aux pressions liées aux activités anthropiques qui s'exercent principalement sur la frange littorale, donc sur les récifs frangeants.

  • Les changements globaux

Les travaux du SCOR (Boston, 1998) révèlent que :

  • le taux de CO2 atmosphérique devrait continuer à croître. Cet accroissement devrait entraîner une réduction du pourcentage de saturation en aragonite dans les couches superficielles de l'océan, ce qui pourrait conduire à une réduction du taux de calcification par les coraux, et constituer une menace certaine pour le fonctionnement des écosystèmes coralliens.
  • l'accroissement probable de la température de surface pourrait conduire à des déplacements des isothermes généralement associés à la distribution des récifs coralliens dans le monde et à des dégradations locales ou régionales de récifs coralliens, en relation avec des épisodes de température élevée de l'eau de mer.
  • les taux projetés d'élévation du niveau de la mer (entre 15 et 95 cm en 2100) ne sont pas un facteur limitant sauf si, en raison de l'accroissement de CO2 et des autres pressions, le taux de calcification était insuffisant pour que les récifs compensent l'élévation du niveau de la mer..
  • l'accroissement en intensité et en fréquence des rejets des rivières pourrait accroître la turbidité des eaux côtières, ainsi que les apports en nutriments et en autres pollutions dans les récifs coralliens côtiers..
  • l'intensité et la fréquence des cyclones pourrait augmenter de 10 à 20% d'ici 2070..
  • Les cyclones
  • Les cyclones, comme les tempêtes de moindre importance, sont reconnus à long terme comme l'un des facteurs majeurs de l'évolution géomorphologique des récifs et des îles coralliennes, formées par les débris arrachés au récif pendant les fortes tempêtes cycloniques. Outre l'impact direct de destruction du à la force des houles cycloniques, les cyclones ont un effet indirect en raison de l'importance des transports solides par les rivières. Ceux-ci induisent une forte sédimentation de matériel terrigène en zone lagonaire, au débouché des rivières, qui provoquent l'asphyxie des coraux. Les effets sont particulièrement marqués en aval des bassins-versants touchés par les activités humaines (mines, exploitations agricoles, terrassements etc.). C'est en Polynésie française, à La Réunion et dans les Antilles que leur impact a été le plus marqué. Dans les atolls de Polynésie, des destructions très importantes de pentes externes à 50, 90%, voire 100%, ont été observées, jusqu'à au moins 75 mètres de profondeur sur certains atolls.
  • Le blanchissement des récifs coralliens
  • Blanchissement à Moorea (Photo R Hayes)
    On observe périodiquement dans le monde, particulièrement fréquemment depuis 1980, des phénomènes de blanchissement de coraux ou autres organismes symbiotiques, dont la fréquence et l'intensité sont sans précédent dans la littérature scientifique. Le blanchissement des coraux intervient par perte des algues symbiotiques et/ou réduction de concentrations en pigments chlorophylliens dans les zooxanthelles qui résident dans les tissus de l'hôte et qui leur donnent leur couleur. Si, dans la plupart des cas, les coraux peuvent régénérer leurs zooxanthelles, un stress trop important et persistant entraîne cependant la mort des colonies. Les événements de blanchissement à grande échelle sont pour la plupart intervenus lors d'anomalies du système El Niño (ENSO), comme en 1982-83, 1994 ou 1997-98, qui associe un déséquilibre du champ de pression sur le Pacifique sud, avec l'apparition du courant chaud El Niño sur les côtes du Pérou et se traduit par divers bouleversements hydroclimatiques, en particulier le réchauffement des eaux de surface. Le dernier événement (97-98) est particulièrement marqué et généralisé dans les DOM-TOM : Polynésie Française, Mayotte, Iles Éparses, La Réunion.
  • Les infestations d'Acanthaster planci
  • Infestation par Acanthaster (Photo P Laboute IRD
    Acanthaster planci est une étoile de mer de grande taille qui se nourrit de tissus coralliens qu'elle digère in situ. Les causes d'explosion démographique de l'Acanthaster ne sont pas encore certaines. Des causes humaines ont souvent été incriminées, soit qu'elles favorisent l'élimination des prédateurs de l'espèce, soit que la pollution, en particulier les phénomènes d'eutrophisation et la sédimentation terrigène, favorise la survie des larves et l'explosion des populations. Plusieurs chercheurs pensent actuellement qu'il s'agirait de fluctuations naturelles d'abondances des populations au cours de longues périodes de temps. En Polynésie, Acanthaster est responsable de profondes modifications des communautés coralliennes, avec de fortes mortalités, en particulier chez les coraux du genre Acropora et Pocillopora. Les principales infestations ont eu lieu entre 1979 et 1986, mais s'observent encore de nos jours et ont pu conduire à des taux de destruction pouvant localement atteindre 90% dans les zones les plus touchées du récif frangeant.
  • Les maladies des coraux
  • Des cas de maladies d'origine bactérienne (maladie de la bande noire et maladie de la bande blanche) sont observés un peu partout de façon irrégulière, principalement dans les Caraïbes. Ces maladies sont encore mal connues. Pour les DOM-TOM, elles n'ont affecté que les récifs des Antilles, et particulièrement ceux de Guadeloupe où la maladie à bandes blanches a contribué, avec les cyclones, à décimer les populations d'Acropora palmata.
  • Les pressions anthropiques
  • Aménagement du territoire, mines, agriculture et sédimentation terrigène
  • L'érosion mécanique des sols est une caractéristique naturelle des îles tropicales jeunes soumises à de violentes pluies. Mais toute action de l'homme qui conduit à la destruction du couvert végétal renforce cette dégradation naturelle. Les causes majeures d'érosion dans les DOM-TOM résultent des mauvaises pratiques agricoles (Mayotte, Wallis et Futuna, La Réunion, Polynésie Française), de l'urbanisation des pentes et du littoral (Polynésie Française, Mayotte, La Réunion, Antilles), de l'exploitation minière (Nouvelle-Calédonie) et de la construction d'infrastructures diverses : routes ou aménagements hydrauliques (tous les DOM-TOM). Les terrassements en montagne entraînent le remaniement et l'érosion de quantités considérables de terres qui se traduisent par des apports sédimentaires très abondants au littoral. Ces apports induisent de profondes modifications du profil littoral et la dégradation des récifs frangeants. Outre les phénomènes d'étouffement des coraux et des organismes sessiles par le sédiment, l'impact résulte de l'augmentation de la turbidité qui induit une diminution de la lumière, nécessaire à la vie corallienne. S'y ajoutent les phénomènes d'eutrophisation des eaux, liés à l'augmentation des apports en nutrients. C'est l'une des causes majeures de dégradation des récifs des DOM-TOM français, notamment à Mayotte, à La Réunion et, plus ponctuellement, en Nouvelle-Calédonie.
  • La pollution des eaux
  • Sédimentation terrigène (Photo M Porcher)
    Les pollutions domestiques et agricoles provoquent un enrichissement artificiel des eaux côtières en nitrates et phosphates et se traduisent par des phénomènes d'eutrophisation qui induisent une diminution de la calcification des coraux et favorisent la multiplication des algues et d'autres organismes non constructeurs, au détriment des coraux qu'ils étouffent. Ces algues peuvent également entrer en compétition avec les phanérogames, envahir les herbiers et les détruire. Pour ce qui concerne les mangroves, on connaît mal leur réaction à une augmentation du taux de nitrates dans l'eau. Les rares études faites sur ce sujet tendent à montrer que l'écosystème y est indifférent ou bien que la croissance végétale est légèrement favorisée. L'impact des polluants chimiques (hydrocarbures, détergents, métaux lourds) sur le métabolisme des organismes récifaux est encore mal connu, tout comme l'impact des pesticides, utilisés dans les traitements phytosanitaires en zone urbaine et en agriculture. En revanche, les mangroves sont particulièrement sensibles aux pollutions massives d'hydrocarbures (marées noires) et sont en général détruites. L'assainissement est un problème dans presque tous les DOM-TOM : à l'exception de La Réunion, de Bora-Bora en Polynésie Française, et de Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, où de grands efforts sont fait en matière d'assainissement, tous les autres DOM-TOM sont non équipés ou sous-équipés et la pollution des eaux, dans les zones d'habitat dense, y est un réel problème. L'emploi de pesticides agricoles ou domestiques pose des difficultés principalement aux Antilles, en Polynésie et à La Réunion ; certains pesticides utilisés sont toxiques et rémanents, comme en Polynésie, où leur présence dans certains sédiments du lagon atteste d'une pollution nette, avec des teneurs parfois comparables à celles mesurées ailleurs dans des sites considérés comme pollués. En Martinique également, les teneurs enregistrées dans certains organismes de la Baie de Fort de France sont très élevées. La pollution industrielle est limitée ; elle affecte surtout les DOM des Antilles et de La Réunion, notamment la pollution résultant des industries sucrières.
  • L'extraction des granulats et autres dragages
  • Extraction de matériaux coralliens (Photo M Porcher)
    Les dragages de récifs frangeants, sont réalisés soit pour l'extraction de granulats coralliens, appelés "soupe de corail" en Polynésie, utilisés en construction ou pour la réalisation de routes, soit pour la réalisation d'aménagements maritimes comme les ports ou les chenaux de navigation. L'impact des dragages est double. Au niveau de l'extraction, le site est détruit de façon quasi irréversible ; aux alentours, les zones récifales sont plus ou moins fortement perturbées par les panaches de sédiments coralliens très fins, mis en suspension et entraînés par les courants, qui viennent étouffer les coraux et conduisent à des modifications de peuplement. C'est en Polynésie que cette activité est surtout développée et a conduit à la destruction de très nombreuses zones récifales. Le pillage des sables de plage conduit à d'importants phénomènes d'érosion, notamment à Mayotte et à Wallis et Futuna.
  • Les remblais littoraux
  • Remblais sur le récif frangeant (Photo C Gabrié)
    L'urbanisation côtière (aéroports, routes...), dans ces îles exiguës, est souvent réalisée au détriment des récifs coralliens et des mangroves. Les remblais sur les récifs ou sur la mangrove, pour gagner des terrains sur la mer, assurent la destruction totale du récif et de la mangrove sur l'ensemble de la surface remblayée et perturbent la courantologie lagonaire.
    Aux Antilles, les nombreux travaux d'aménagement littoraux sont largement responsables de la disparition des écosystèmes côtiers, récifs, herbiers de phanérogames et surtout mangroves. En Polynésie, et notamment dans les îles de la Société, les remblais sont très utilisés et conduisent à la destruction de grandes portions de platiers.
  • Quelques techniques de pêche pouvant être destructrices
  • * Polynésie : Filets maillants, fusils sous-marins, pêche au caillou. * Wallis et Futuna : Pêche au tas de caillou, pêche par empoisonnement (futu), pêche à la dynamite. * Mayotte : Filets maillants, trémail, senne, fusils sous-marins, pêche au djarifa (pièce de tissu traînée dans l'eau par les femmes), pêche par empoisonnement (uruva), pêche à pied au poulpe et autres organismes, * La Réunion : Filet maillant, pêche à la gaulette, pêche à pied au poulpe et autres organismes, * Guadeloupe et Martinique : Nasse caraïbe, filets maillants, trémail, senne.
  • L'exploitation des ressources vivantes
  • Compte tenu du mode de reproduction de nombreuses espèces marines et de la dispersion de leurs larves planctoniques par le jeu des courants, l'exploitation des ressources marines peut rarement conduire à la disparition des espèces, sauf éventuellement dans le cas d'espèces endémiques. L'exploitation trop intensive en revanche peut conduire à une diminution importante des stocks, comme c'est le cas en particulier à Futuna, à Mayotte et aux Antilles. Les problèmes principaux sont :
  • l'utilisation de certaines méthodes de pêches destructrices (explosifs, poisons, barres à mines, filets à mailles trop fines, pêche au caillou "muro-ami"...) qui conduisent à la dégradation des écosystèmes, au prélèvement non sélectif des espèces, ou des jeunes,
  • la destruction des frayères et des nurseries,
  • l'exploitation intensive d'espèces peu ou pas mobiles, comme les mollusques, les coraux,
  • l'exploitation intensive d'espèces rares ou endémiques.
  • Le tourisme
  • Le tourisme a un impact lors de l'aménagement des infrastructures touristiques (construction d'hôtels, de marinas etc.) et pendant le déroulement de certaines activités touristiques sur les récifs. Les aménagements touristiques posent des problèmes en phase de chantier (terrassements, dragages de récifs, travaux divers ou sédimentation terrigène dans les lagons) et en phase d'exploitation, essentiellement par le rejet des eaux usées. Les études d'impact et le suivi des prescriptions permettent de minimiser ces impacts (Polynésie). Les activités touristiques généralement nuisibles pour les récifs, lorsqu'elles sont trop intensives, sont les mouillages des navires sur les coraux ou les herbiers, les rejets domestiques par les navires, la fréquentation des récifs par les touristes qui piétinent les platiers, brisent des coraux et collectent des organismes.
    C'est surtout aux Antilles, en raison de la navigation de plaisance et des problèmes de mouillage ainsi que de la plongée sous-marine intense, que les activités touristiques sont responsables de dégradations importantes de récifs coralliens
  • Les principales causes de la dégradation des récifs dans les DOM-TOM
  • Une forte pression démographique qui constitue la principale menace
  • La dégradation des récifs des DOM-TOM résulte en partie de causes naturelles, parmi lesquelles les cyclones ont une large part. Mais il s'agit de facteurs naturels d'évolution du récif. En revanche, les activités anthropiques dans les zones urbaines et de forte densité de population, ont un impact majeur sur les récifs. Les activités liées à l'aménagement et à l'équipement des territoires sont largement responsables et les principaux facteurs de disparition des récifs sont la sédimentation terrigène et l'urbanisation des littoraux.