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Le terme biodiversité est un terme "valise" où chacun projette ses représentations du monde vivant et de la nature, en fonction de sa culture, de son expérience, de ses besoins ou de son intérêt immédiat. C’est dans nos modes de développement, dans les systèmes économiques et politiques mis en place, que l’on doit rechercher des solutions éventuelles aux processus d’érosion de la biodiversité.

  
DossiersBiodiversité : controverses sur la variété du vivant
 

L'homme entre en concurrence avec les autres espèces c'est indéniable, mais ce n'est pas nouveau... il le fait depuis les origines de l'espèce humaine. Et il n'est pas le seul ! Les rapports des espèces entre elles font état d'un univers impitoyable de prédation.

Forêt primaire au Canada. © MrsBrown, DP

Le discours de type « prêt à penser » colporté autour de la biodiversité, s'appuie sur une vision de type « Paradis perdu » issue de l'écologie. L'écologie a mis l'accent très longtemps sur les notions d'équilibre, de résilience, de stabilité. Elle évoque des états écologiques idéaux comme le climax, ou le « bon état » qui fait florès avec la directive cadre européenne sur l'eau, sans qu'aucune définition scientifique n'ait été proposée. Or, l'histoire de la biodiversité montre qu'elle est le résultat du changement... elle est jalonnée de ce que nous appelons « catastrophes » qui sont en réalité les évènements aléatoires qui sont à l'origine de cette diversité biologique que nous connaissons. La mutation de l'écologie vers une écologie du changement, et non de l'équilibre, est en cours, mais elle est difficile. Et pour le public, médias, ONG et certains scientifiques, utilisent encore des concepts obsolètes. Il faut du temps pour faire passer des idées nouvelles. Pensons à Wegener et à sa théorie de la dérive des continents qui n'est pas sans rapport, d'ailleurs, avec la biodiversité que nous observons !

Forêt guyanaise © Christian Lévêque

Ce qui semble poser problèmes actuellement c'est la démesure des moyens mis en œuvre par l'homme. Nous sommes, de fait, dans la problématique du développement durable. Mais on voit bien les difficultés posées dans le monde réel pour protéger la biodiversité face à des motivations aussi profondes et différentes que la recherche de moyens de subsistance (pauvreté), que la course au profit à court terme (système économique) ou la corruption (système social). Sans oublier le fait que plus nous sommes nombreux, plus nous avons besoin de places et de ressources, et plus nous émettons de déchets.

Il faut bien réaliser que la biodiversité est loin d'être le domaine réservé des naturalistes. Elle nous intéresse dans notre quotidien par ses aspects directement utilitaires (ressources génétiques, ressources vivantes, molécules pharmaceutiques, etc..). Mais elle est aussi indispensable à notre santé mentale, si l'on en croit les nombreuses relations affectives existant entre les hommes et la diversité biologique (animaux de compagnies, contes et films mettant en scènes les animaux, totems, monstres pour se faire peur..). Cette dimension psychologique est rarement abordée, alors qu'elle est probablement fondamentale pour envisager un futur dans les relations des hommes avec le monde vivant.

Enfin, sans tomber d'un extrême à l'autre, il faut avoir un discours plus équilibré, plus réaliste sur la biodiversité. La dramatisation à outrance conduit à la lassitude et à la démobilisation. Les discours déclamatoires répétés à l'envie sur la nécessité de protéger la biodiversité sans être assortis de mesures concrètes conduisent au même effet. Et, comme le dit Michel Serres, si l'on veut faire bouger les frontières, il faut faire de la biodiversité un objet de droit ! Sinon, nous répèterons probablement encore dans quelques décennies qu'il faut stopper l'érosion de la biodiversité avant ...2010 !