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Tortue luth

DéfinitionClassé sous :zoologie , tortue luth , Chélonien
Bien que cela ne soit pas réellement établi, il semblerait que la tortue luth soit l'une des deux espèces de tortues dont la chair est toxique à cause de la chelonitoxine qu'elle contiendrait. © Flickr, Qnr, cc by sa 2.0

Tortue luth (Vandelli, 1761) – Dermochelys coriacea

  • Ordre : Testudines
  • Sous-ordre : Cryptodira
  • Famille : Dermochelyidae
  • Genre : Dermochelys
  • Taille : 1,50 à 2,00 m
  • Poids : 300 à 450 kg (le record constaté était de 950 kg)
  • Longévité : inconnue (supposée de plus de 50 ans) 

Statut de conservation UICN : CR En danger critique d'extinction

Description de la tortue luth

La tortue luth est la plus grande de toutes les tortues marines. Elle est la seule à ne pas arborer de plaques cornées formées de kératine, mais à posséder une peau possédant l'apparence du cuir. Sa carapace est marquée longitudinalement de 7 carènes dorsales, médianes et latérales. Un éperon supracaudal protège la queue. La couleur de l'épiderme est généralement gris bleuté ponctué de taches blanches, crème ou rosées de tailles et de formes irrégulières. La partie ventrale ou plastron est blanchâtre, voire légèrement rose. La tête non rétractable est massive, armée d'un bec triangulaire sur chaque mandibule, est dépourvue d'écailles comme les pattes. Sa partie supérieure est ornée d'une tache rosée dont les caractéristiques permettent de distinguer les différents individus. Les membres antérieurs, ou rames, atteignent la moitié de la longueur du corps, et, comme les postérieurs, sont dépourvus de griffes, ce qui est exceptionnel pour une tortue marine.

Tortue luth. © Flickr, Al Woodson, USFWS, cc by 2.0

Habitat de la tortue luth

La tortue luth fréquente tous les océans et mers tropicaux, subtropicaux et tempérés du globe. On la trouve en mer Rouge, en Méditerranée et en mer du Nord, et même dans les eaux froides d'Amérique du Nord (Alaska et Labrador) ou au Chili, en Argentine, en Afrique du Sud et en Australie. Il semblerait que la tolérance au froid soit acquise avec l'âge, car seuls des spécimens adultes fréquentent les eaux fraîches. La tortue luth est une grande migratrice qui nidifie dans les eaux tropicales, et qui se nourrit dans les eaux plus froides, là où la nourriture est plus abondante. C'est une espèce dite pélagique qui préfère les eaux profondes aux zones côtières. Deux sous-espèces dont l'authenticité est encore incertaine (tant les différences entre elles sont minimes) auraient été recensées : Dermochelys coriacea coriacea qui fréquenterait l'Atlantique, et Dermochelys coriacea schlegelii que l'on trouverait dans le Pacifique.  

Tortue luth retournant à l'Océan. © Flickr, Claudia Lombard, USFWS, cc by 2.0

Comportement de la tortue luth

À l'instar des autres tortues marines, les jeunes sont essentiellement benthiques et cherchent refuge parmi les coraux pour échapper aux prédateurs. Pendant cette période, la tortue luth se nourrit surtout de petits crustacés et d'algues. En phase adulte, elle devient pélagique et entreprend de grandes migrations transocéaniques sur des milliers de kilomètres, entre les lieux de ponte et les zones de nourrissage. Elle se dirige grâce au champ magnétique terrestre. La plupart des tortues luth sont accompagnées de rémoras ou d'autres poissons-pilotes, et leur carapace accueille fréquemment des balanes. Son comportement étant mal connu car les élevages en captivité ont tous échoué, les scientifiques équipent nombre d'entre elles de balises ou de puces pour mieux comprendre leur biologie et leurs trajets migratoires. Elles sont également baguées. Tous ces moyens permettent, en cas de capture accidentelle ou d'échouage, d'identifier leur origine. Lorsqu'elle ingère une proie, la tortue luth avale également une grosse quantité d'eau de mer et élimine l'excédent de sodium, qui est toxique, par les glandes lacrymales. Ceci explique les sécrétions visqueuses que l'on peut observer en permanence au niveau des yeux. Sa cavité buccale est équipée de tubercules coniques qui servent non seulement au nourrissage, mais possèdent également une fonction respiratoire. La tortue luth peut plonger jusqu'à plus de 1.000 m de profondeur et rester en apnée pendant près de 80 mn. Sa vitesse de croisière frise la petite dizaine de km/h. Si elle peut supporter les basses températures des eaux froides, c'est que sa température corporelle est supérieure de près de 18 °C à celle de l'eau dans laquelle elle évolue. C'est la musculature de ses nageoires qui lui fournit cette énergie, qui est partiellement retenue par l'épaisse couche de graisse qui la protège. Adulte, la tortue luth ne possède que de rares prédateurs qui sont représentés par quelques espèces de requins et par les orques

Tortue luth au large de la Caroline du Nord. © Flickr, Dan Irizarry, cc by nc sa 2.0

Reproduction de la tortue luth

La biologie des tortues luth est peu connue compte tenu des difficultés d'observation. Aucun accouplement n'a pu être observé jusqu'à maintenant, et les scientifiques ignorent l'âge de maturité sexuelle qu'ils estiment cependant aux alentours de 6 ans. Aucune reproduction ou maintien en captivité n'a réussi, et les jeunes sont difficilement observables dans leur milieu naturel. Il semblerait qu'un seul accouplement puisse donner lieu à 4 à 10 pontes. Le record observé à été de 17. Elles sont toujours espacées de 10 à 15 jours et se déroulent de mars à juillet dans l'océan Atlantique, et de septembre à mars dans l'océan Pacifique. Les pontes ont lieu de nuit sur les plages à marée haute et se déroulent en 7 phases :

  • l'ascension : qui dure une dizaine de mn, lors desquelles la femelle effectue se hisse sur la plage jusqu'à hauteur des premiers végétaux ;
  • le balayage : à l'aide de ses rames antérieures et postérieures, la tortue dégage une aire importante. Cette opération peut prendre une quinzaine de mn ;
  • le creusement du nid : pendant environ une demi-heure, l'animal creuse un trou pouvant atteindre 70 à 80 cm de profondeur à l'aide de ses nageoires postérieures ;
  • la ponte : durant une vingtaine de mn, la femelle expulse plusieurs œufs de 50 mm de diamètre par à coups. La ponte s'accompagne d'une respiration rauque et bruyante. Le nid peut accueillir de 50 à 150 œufs qui sont ensuite recouverts d'œufs non fertiles qui sont censés servir de leurres pour les prédateurs ;
  • le comblement du nid : Lorsque la ponte est terminée, la tortue comble le nid en y ramenant le sable à l'aide de ses nageoires postérieures. L'opération dure une dizaine de mn ;
  • le camouflage : ce dernier consiste en une vingtaine de mn à effacer toutes traces. La tortue pivote sur place et balaye le sable à l'aide de ses rames antérieures et postérieures ;  
  • le retour à l'eau : la durée en est variable car l'animal effectue fréquemment des boucles partant dans des directions différentes pour brouiller les pistes.
Bébé tortue luth. © Flickr, Algaedoc, cc by nc 2.0

L'incubation dure entre 60 et 70 jours et la détermination des sexes dépendra de la température qui régnera au sein du nid. Pour une température de 26 à 28 °C, l'on verra émerger principalement des mâles et au-dessus de 30 °C, ce sont les femelles qui prédomineront. Un même nid présentera des zones thermiques différentes qui participeront à la détermination du sexe. À la naissance, le bébé tortue mesure environ 6 cm et pèse une trentaine de grammes. L'émergence est un parcours du combattant, car les jeunes sont contraints d'affronter de nombreux dangers tels que les crabes, les oiseaux marins, les mammifères terrestres, voire même les insectes. Leur instinct les pousse à se diriger vers le point le plus lumineux qu'ils puissent apercevoir : la brillance des vagues de l'Océan.  

Régime alimentaire de la tortue luth

Les méduses constituent la nourriture principale de la tortue luth, qui s'alimente également de salpes gélatineux, de céphalopodes, de crustacés, de poissons. Elle peut consommer quotidiennement l'équivalent de son propre poids.    

Menaces sur la tortue luth

Sans compter la mortalité à la naissance principalement due aux prédateurs, les principales menaces pesant sur la tortue luth sont la destruction de ses lieux de ponte, le prélèvement des œufs sur les plages de nidification, la pollution et  les captures accidentelles dans les filets de pêche. La tortue est également victime d'occlusions intestinales consécutives à l'ingestion accidentelle de sacs plastiques, qu'elle confond avec ses proies naturelles, les méduses. Sur les plages mexicaines à proximité de Puerto Escondido et des baies de Hualtulco, des dizaines de milliers de tortues de toutes espèces viennent pondre. Pour tenter d'endiguer le pillage par les autochtones, les lieux de nidification sont gardés par des militaires. Dans certains pays africains, la carapace est utilisée par les féticheurs, et dans d'autres l'on fabrique des bijoux et des souvenirs touristiques avec la peau.

De nombreux échouages inexpliqués ont eu lieu récemment sur diverses plages françaises. Le 28 septembre 2012, une tortue luth équipée d'une puce à Trinidad en 2008 s'échoue sur la plage de Cayeux-sur-Mer (80). Le 29 septembre 2012, soit le lendemain, un autre animal est retrouvé à Saint-Palais-sur-Mer (17), et le 2 octobre, une troisième tortue est découverte dans l'embouchure de la Warenne (62). Une autre encore, marquée à Trinidad également en 2010, est retrouvée sur une plage de Camargue le 6 août 2012. Cette dernière ne présentant que des blessures minimes, elle a pu être remise à l'eau malgré ses 300 kg... La présence de la tortue luth sur le littoral atlantique ou méditerranéen s'explique par la quantité de méduses qu'elles peuvent trouver le long des côtes.

Quelques parcs ou réserves où l'on peut observer la tortue luth dans son habitat naturel :

Costa Rica :

  • Parc national de Santa Rosa ;
  • Réserve Gandoca Manzanillo.

Gabon :

  • Parc national Mayumba.

France :

  • Parc naturel de l'Amana (Guyane).

Il est formellement interdit et passible de poursuites pénales, de détruire un nid ou de capturer des bébés tortues. Respectez les cages balisant les nids et une distance de sécurité d'un minimum de 5 m pour l'observation, afin de ne pas perturber et interrompre la ponte. Parlez à voix basse, et ne faites pas de mouvements brusques. En journée, ne circulez pas en quad sur les plages au risque d'écraser les œufs. Utilisez de préférence les services des centres de protection de la nature spécialisés dans les observations nocturnes. Non seulement vous serez guidés par des spécialistes, mais vous ferez œuvre utile en contribuant au financement de leurs actions de sauvegarde. 

Si vous découvrez un animal marin vivant ou mort, restez à distance raisonnable et, surtout, ne tentez pas de le manipuler. Toute intervention sur les mammifères marins est interdite par la loi, et peut s'avérer dangereuse. Un animal mort, pourrait transmettre des bactéries nocives pour l'homme, et un animal vivant pourrait avoir des réactions imprévisibles et vous blesser plus ou moins gravement. Prévenez la gendarmerie ou le Centre de recherche sur les mammifères marins au 05.46.44.99.10 qui alertera l'organisme local compétent.