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Osmie cornue

DéfinitionClassé sous :zoologie , abeille , insecte
Photo d'une osmie cornue. © Patrick Straub

L’osmie cornue (Latreille 1805) - Osmia cornuta

  • Ordre : Hymenoptera
  • Sous-ordre : Apocrita
  • Superfamille : Apoidea
  • Famille : Megachilidae
  • Tribu : Osmiini
  • Genre : Osmia
  • Taille : 11 à 15 mm
  • Longévité : une douzaine de jours pour les mâles, et jusqu'à six semaines pour les femelles 
Osmie femelle montrant les mandibules. © Patrick Straub

Après une diapause de près de dix longs mois, les premières osmies cornues émergent de leurs loges. Ce sont les premières abeilles à apparaître dans l'année. Discrètes et solitaires, elles peuvent cependant nicher en petites bourgades lorsque les abris naturels ou artificiels sont suffisamment nombreux, et vivent en sympatrie avec l'osmie rousse (Osmia rufa).

Osmie cornue en plein travail de finition. © Patrick Straub

Description physique de l’osmie cornue

L'osmie cornue doit son nom aux deux « cornes » que la femelle arbore sur le clypeus (front). Une pilosité noire recouvre la tête et le thorax, tandis que l'abdomen et la brosse ventrale qui sert à récolter le pollen, sont recouverts de poils couleur rouille vif placés en anneaux autour des segments qui forment l'abdomen. La femelle possède de puissantes mandibules et comme tous les apidés, en plus de ses yeux composés, trois ocelles (yeux supplémentaires destinés à la vision de près) qui sont situées sur le sommet de la tête. L'osmie mâle se différencie par une taille moindre, un toupet blanc sur le front et deux autres brosses de teinte identique, placées de part et d'autre des mandibules tels des favoris, et des antennes plus longues. La couleur des poils de l'abdomen des mâles peut présenter des variations de teintes dans les nuances de brun. Parfois, l'abdomen est totalement glabre et noir.

Osmie cornue mâle. © Patrick Straub

Distribution géographique de l'osmie cornue

L'osmie cornue est présente dans toute l'Europe à l'exception des pays nordiques. Pour cause d'agriculture intensive, elle a presque disparu du milieu rural dans lequel elle ne trouvait plus suffisamment d'abri naturel pour se reproduire, et s'est installée en zone urbaine. On peut l'observer dans les parcs publics, les friches, mais également dans les jardins privatifs et même sur les balcons des immeubles où elle peut utiliser toutes les anfractuosités possibles pour nidifier. 

Chamaillerie d'osmies. © Patrick Straub

Comportement et nidification de l’osmie cornue

L'osmie cornue est une abeille solitaire. C'est-à-dire qu'elle ne vit pas en colonies constituées comme les abeilles sociales qui fabriquent du miel. Habituellement elle aménage ses galeries de ponte sans se préoccuper de ses congénères, mais lorsque l'Homme lui procure des abris artificiels, les zones de nidification peuvent ressembler à des bourgades très animées. L'osmie cornue a une durée de vie très brève, et consacre ce temps à assurer sa descendance. Pour ce faire elle cherche des anfractuosités cylindriques d'un diamètre inférieur à 10 millimètres, qui lui serviront de lieu de ponte.

Nettoyage de printemps. © Patrick Straub

Ces abris doivent être horizontaux et abrités de la pluie qui pourrait détruire les bouchons de glaise. Ces nichoirs, pour la plupart provisoires, peuvent servir à plusieurs générations lorsqu'ils sont installés dans des matériaux à dégradation lente. Comme chez la plupart des abeilles solitaires, le mâle n'a qu'un rôle de reproducteur. Il ne contribue en rien à la réalisation des loges destinées à accueillir les œufs. Tout le mérite en revient à la femelle. Les cellules sont généralement installées en enfilades dans un cylindre végétal dont le fond est fermé. Chaque tube peut contenir une douzaine de loges. Chaque compartiment est isolé par un bouchon de glaise, et une sorte de vestibule est laissé vide à l'extrémité de la cavité qui est ensuite obturée par un bouchon terminal plus épais. 

Osmies dans une carrière. © Patrick Straub

L'abeille peut voler quatorze heures par jour lorsque les conditions climatiques le permettent. Les femelles peuvent de temps à autre se reposer au soleil pour recharger leurs batteries car elles dépensent une énergie considérable à effectuer entre 70 et 100 voyages journaliers de butinage. Lors de leurs sorties, elles récoltent nectar et pollen qu'elles déposent dans les logettes, et de la boue qui sert à compartimenter les cellules. Pour ce faire, elles peuvent exploiter des « carrières » avec d'autres groupes d'osmies. Elles grattent la terre meuble avec leurs pattes, la modèlent en boule et la transportent entre les mandibules jusqu'au site de nidification. Ensuite, toujours à l'aide des mandibules, elles l'appliquent tel un emplâtre sur le pas de porte qu'elles ont installé pour obturer les cellules dans lesquelles elles ont pondu.

Quand l'osmie fait une boulette... © Patrick Straub

On peut s'interroger sur le fait que les premiers œufs pondus dans les premières logettes devraient éclore en priorité, et les abeilles devraient se retrouver coincées au fond de la cavité. Mais dame Nature a bien fait les choses. Les cellules les plus proches de l'entrée contiennent des mâles qui se développent plus rapidement que les femelles installées au fond de la galerie. L'osmie possède la faculté rare de pouvoir choisir le sexe de l'œuf qu'elle pond. Ce qui est exceptionnel dans le monde animal.

Osmie dont on distingue la brosse ventrale. © Patrick Straub

Reproduction de l’osmie cornue

La période de nidification s'étale du mois de mars au mois de juin. Les premières osmies à émerger de leur logette sont donc les mâles qui s'agglutinent autour des trous d'envol pour attendre l'émergence des femelles. Aussitôt que l'une d'entre elles apparaît, les mâles se précipitent pour s'accoupler. L'abeille vient à peine de s'éveiller d'un long sommeil qu'elle est aussitôt sollicitée... et qu'une vie de labeur se présente à elle. Après l'accouplement qui peut durer plusieurs minutes, l'osmie femelle prend possession d'une galerie vide qu'elle entreprend tout d'abord de nettoyer et de débarrasser des débris de glaise et de pupes laissées par ses congénères ou les parasites. Lorsque le cylindre est près à l'usage, l'abeille s'envole pour récolter du nectar qu'elle stocke dans son jabot, et du pollen qu'elle ramasse à l'aide de sa brosse de poils ventraux. 

Accouplement d'osmies cornues. © Patrick Straub

De retour au nichoir, elle s'engage tête en avant dans la cavité pour régurgiter le nectar qu'elle modèle en boule. Puis elle ressort et s'engage en marche arrière pour entrer en vibration afin de libérer le pollen. Elle procède ainsi à plusieurs reprises et constitue une sorte de boulette de nourriture sur laquelle elle pond un œuf. La larve se nourrira de ce « pain d'abeille » après l'éclosion qui survient six ou sept jours plus tard. Celle-ci se développera quelques semaines dans l'obscurité la plus totale avant d'entrer en nymphose. Cette dernière débute après que la larve a filé un cocon de soie, d'où elle n'émergera qu'au printemps suivant.

Émergence d'une osmie cornue mâle. Osmie cornue mâle ouvrant la porte du coffre. © Patrick Straub

La ponctualité avec laquelle les abeilles éclosent, et de quelle manière les insectes perçoivent les variations climatiques du monde extérieur pendant cette diapause, n'est pas totalement expliquée. En effet, la nymphe cesse de se développer pendant la saison froide et la croissance reprend lors du radoucissement du climat sans que l'on comprenne de quelle manière l'insecte a connaissance de l'allongement des journées, de l'élévation du soleil dans le ciel, ni du réchauffement des températures... 

Comme toutes ses congénères et cousines d'autres espèces, l'osmie cornue peut être victime de vols de logettes et de parasites. En effet, l'osmie rousse peut occasionnellement chiper la place à sa cousine en expulsant son œuf et en installant le sien à la place. De plus, de nombreux parasites profitent des brèves absences de l'osmie pour pondre leurs propres œufs sur le sien. Les larves des diptères ou des chrysides évoluent aux dépens de celles de l'osmie en les dévorant. Il arrive également que les œufs soient volés par des guêpes.

Une chryside, guêpe parasite des nids d'osmies. © Patrick Straub

Alimentation de l’osmie cornue

L'osmie cornue a une préférence pour le pollen et le nectar des rosacées telles que l'aubépine, la ronce commune, l'églantier, et les nombreux fruitiers comme le pommier, le prunier, le cerisier, l'amandier... Mais elle apprécie également celui des salicacées (saules) et des fabacées (légumineuses) dans lesquelles on trouve l'acacia, le mimosa, le trèfle...

Guêpe en action de kleptoparasitisme. © Patrick Straub

Menaces sur l’osmie cornue

Il est impossible d'estimer les effectifs actuels d'osmies cornues, mais cette espèce est menacée comme tous les autres apidés par l'usage intempestif des pesticides, fongicides et autres herbicides, ainsi que par l'agriculture intensive et le gyrobroyage des bas-côtés qui détruisent les habitats utilisés par l'abeille pour nidifier (tiges creuses des herbacées ou à moelle des ronces et de certains arbustes comme le sureau, troncs morts...).

Osmie cornue mâle dont on distingue les ocelles. © Patrick Straub

Utilité de l’osmie cornue

L'osmie cornue est l'une des premières abeilles à émerger dès les beaux jours du mois de mars (parfois fin février dans le sud du pays). Elle est d'une très grande utilité pour la pollinisation des fruitiers précoces et des autres végétaux hâtifs, car elle vole par des températures assez basses (12 à 14 °C) alors que les abeilles sociales sont encore en léthargie. De nombreux entrepreneurs indépendants se lancent actuellement dans l'élevage d'osmies cornue ou rousses pour pallier la disparition des abeilles  sauvages dans leur milieu naturel.

Osmie cornue mâle. © Patrick Straub

Observation et préservation de l’osmie cornue

Il n'y a rien de plus simple que d'élever et d'observer des osmies cornues même sur un simple balcon.

Bousculade en attendant l'émergence des femelles. © Patrick Straub

Cette abeille, ainsi que sa cousine l'osmie rousse, se contente de n'importe quel abri : un trou de serrure, le corps d'une flûte à bec, un châssis de fenêtres condamnées... Pour éviter ce genre de tracas pas très ennuyeux au final, il suffit de leur fabriquer des nichoirs composés de tiges creuses d'ombellifères, de sureau ou de percer quelques trous dans une bûche. L'osmie restera fidèle à son lieu de nidification pour peu que vous lui laissiez ses nichoirs en place. L'osmie rousse est une abeille très pacifique qui se laisse observer de très près. Mais ne la gênez pas dans ses allées et venues et évitez de vous poster face au nichoir afin de lui laisser le libre accès.

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