Les ouvriers, qui ne sont pas des soldats, portent sur leur dos une bombe chimique. Ils s’en serviront en cas d’attaque, en la faisant exploser : cela se passe chez les termites Neocapritermes taracua, vivant en Guyane. Une équipe belge a filmé cet étrange comportement.

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    Des termites Neocapritermes taracua. Le gros individu, avec sa tête orange, est un soldat. Les autres sont des ouvriers. Celui en haut de l'image à droite est plus âgé et porte à l'arrière du thorax, dans un repli de cuticule, deux cristaux bleus. En bas à gauche, un jeune ouvrier n'arbore pas les taches bleues. Il n'a pas encore l'âge d'être un kamikaze. © R. Hanus

    Des termites Neocapritermes taracua. Le gros individu, avec sa tête orange, est un soldat. Les autres sont des ouvriers. Celui en haut de l'image à droite est plus âgé et porte à l'arrière du thorax, dans un repli de cuticule, deux cristaux bleus. En bas à gauche, un jeune ouvrier n'arbore pas les taches bleues. Il n'a pas encore l'âge d'être un kamikaze. © R. Hanus

    Chez les insectes coloniaux, les individus qui se sacrifient pour défendre la colonie sont légion. Chacun sait que l'abeille qui vient de piquer un animal dangereux y laissera son dard, arraché, et ne survivra pas. En Guyane, un termite, Neocapritermes taracua, a un autre moyen de se défendre : l'arme chimiquearme chimique. Elle est l'apanage des ouvriers dits « bleus ». Bleus, car ces insectes portent deux marques de cette couleurcouleur tout à l'arrière du thoraxthorax, côté dorsaldorsal. Les autres types d'individus de la colonie n'en arborent pas, même la gent soldatesque, équipée, elle, d'armes offensives. Les ouvriers bleus sont appelés à des fonctions de logistique mais eux aussi peuvent être attaqués lors de leurs sorties.

    Ces taches bleues sont deux cristaux, enfermés dans deux replis de cuticule. Une équipe de l'Université libre de Bruxelles, menée par Yves Roisin et Thomas Bourguignon, en collaboration avec des chercheurs tchèques, vient de décrire dans la revue Science, la fonction de cet organe : c'est un composant d'une bombe chimique. Le second élément est une sécrétionsécrétion produite par des glandes salivairesglandes salivaires et stockée dans des vésicules installées juste sous les poches et séparées des cristaux par la cuticule. Les biologistes ont découvert que ces deux produits, lorsqu'ils sont réunis, forment un composé très toxique et même mortel pour les insectes avec lesquels il entre en contact.


    Le film du sacrifice d’un ouvrier bleu (blue worker, dans la légende introductive) d'un termite Neocapritermes taracua. Attaqué par trois ouvriers (workers) d’une autre espèce (Embiratermes neotenicus), un ouvrier âgé (old termite worker) provoque, par contraction musculaire, le gonflement brutal de ses poches dorsales (backpacks), de couleur bleutée. La cuticule se déchire à ce niveau, entre le thorax et l'abdomen, mettant en contact ces cristaux bleus avec une sécrétion accumulée dans des vésicules, à l’intérieur du corps. La déchirure de la cuticule sera fatale à l’ouvrier bleu mais le liquide libéré est mortel pour les insectes qui le touchent. © Nature News, YouTube

    Les vieux sont plus souvent kamikazes que les jeunes

    Le fonctionnement de cette bombe est illustré par la vidéo publiée par les chercheurs. Lorsque l'ouvrier bleu est attaqué et se sent dans une situation désespérée, il provoque, par des contractions de ses muscles, la déchirure de la cuticule entre les vésicules et les poches, lesquelles augmentent de volumevolume sous l'effet de la contraction musculaire. La sécrétion et les cristaux entrent en contact et la réaction chimiqueréaction chimique produit une goutte d'un liquideliquide gluant et très toxique faisant fuir ou mourir les assaillants. Les chercheurs ont vérifié l'effet de ce poison en prélevant ce liquide et en le déposant sur des termites d'une autre espèce. Cette arme mortelle ne sert qu'une fois : la cuticule déchirée, l'ouvrier bleu ne survit pas à son acte défensif.

    D'après les auteurs, un tel procédé n'a jusque-là été observé chez aucune autre espèce animale. L'équipe cherche actuellement à identifier la protéineprotéine en cause dans cette réaction explosive. Elle pourrait s'apparenter à une hémocyanine, nous précise Yves Roisin, et donc faire partie de la famille des moléculesmolécules transportant l'oxygène chez les insectes. Quant au coût pour la colonie, qui risquerait ainsi de perdre beaucoup de bons ouvriers, il est plus faible qu'il n'y paraît. Les biologistes ont constaté que cette bombe chimique n'était pas également développée chez tous les membres de cette caste. En regardant de plus près les mandibulesmandibules, ils ont relevé une corrélation entre l'usure de leurs dents et la dimension des cristaux. Conclusion : cette arme se met en place progressivement et seuls les ouvriers âgés, aux dents usées, se feront exploser pour défendre les leurs. D'ailleurs, les comportements des jeunes et des vieux diffèrent : les plus âgés sont plus agressifs...