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En vidéo : les bourdons sont sensibles au champ électrique des fleurs

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Grande première : un insecte se servirait des champs électriques... L'électroréception serait en effet utilisée par les bourdons pour déterminer si une plante a déjà été butinée par un congénère, donc si elle vaut la peine d'être revisitée.

Le bourdon terrestre Bombus terrestris appartient à la famille des abeilles, les apidés. Il établit chaque année de nouveaux nids sous terre. Cet animal se nourrit exclusivement de pollen et de nectar. Face au déclin des abeilles, il est de plus en plus élevé en tant qu’espèce pollinisatrice. © GonsalezNovo, Flickr, cc by sa 2.0

À l'image des pétunias Petunia integrifolia, de nombreuses fleurs ont besoin des pollinisateurs pour se reproduire. Elles ont donc acquis au cours de l'évolution des propriétés leur permettant d'attirer ces insectes grâce à différents signaux sensoriels (des formes, des couleurs ou des odeurs, par exemple), puis de les récompenser en leur fournissant de la nourriture, c'est-à-dire du pollen et du nectar.

Les pollinisateurs ont de leur côté une obsession récurrente durant leurs explorations : rentabiliser au maximum leurs dépenses énergétiques. Ils sont donc sensibles aux indices leur permettant de trouver rapidement des fleurs répondant à leurs attentes.

Les bourdons terrestres se chargent positivement lorsqu’ils sont en vol à cause de leurs rapides mouvements d’ailes. Des charges positives sont transférées aux plantes sur lesquelles ils se posent, comme le montre cette vidéo. Le graphique fournit des informations sur la tension mesurée par une électrode placée sur cette fleur de pétunia (Voltage). Il est synchronisé avec la vidéo. © Clarke et al.Science, 2013

Les bourdons terrestres Bombus terrestris volent en battant très rapidement des ailes, ce qui pourrait occasionner l'apparition de charges positives sur leur corps comme chez les abeilles Apis mellifera. Ces charges sont utiles aux insectes, puisqu'elles leur permettent notamment de coller le pollen sur leurs poils lorsqu'ils se posent sur des fleurs. Cette interaction a une autre conséquence : des charges sont transférées à la plante lors du contact et modifient ainsi son champ électrique.

Une étude parue dans la revue Science vient de présenter une étonnante découverte à ce sujet : les bourdons perçoivent ces changements électrostatiques ! Cet animal devient donc le premier insecte connu doté de capacités d'électroréception. L'étude a été dirigée par Daniel Robert de l'université de Bristol (Royaume-Uni).

L’électroréception, une aide à la décision chez le bourdon

Les expériences se sont déroulées en quatre temps. Il a d'abord fallu vérifier que les bourdons acquièrent bien des charges électriques en volant. Grâce à un leurre composé de sucrose, plus de 50 individus ont donc été attirés dans une cage de Faraday pourvue en son centre d'un dispositif mesurant les charges présentes. Sans grande surprise, 94 % des insectes ont répondu aux attentes. Dans un deuxième temps, tous les bourdons ont été placés individuellement dans une arène contenant un pétunia violet dont le champ électrique était mesuré. Ses propriétés ont changé durant une centaine de secondes à la suite de chaque contact avec un insecte.

Les bourdons ont ensuite été libérés dans une arène en présence de fleurs artificielles. La moitié d'entre elles contenaient du sucrose et étaient chargées positivement. Les autres renfermaient de la quinine, une substance amère, et étaient reliées à la terre, donc sans charge. Les pollinisateurs ont alors visité les fleurs contenant la récompense sucrée de plus en plus souvent. Ces dernières ont finalement été neutralisées en l'absence des insectes qui, à leur retour, ont visité les deux types de fleurs en proportion égale et constante.

Les bourdons exploiteraient donc l'électroréception pour percevoir le champ électrique des fleurs, déterminer si elles ont été visitées récemment par des congénères et surtout si elles valent le détour. Cette approche évite les explorations inutiles et donc des dépenses énergétiques superflues. Cette capacité s'ajouterait à celles qui permettent aux pollinisateurs de choisir leur cible en fonction de signaux visuels ou olfactifs. Elle ne les remplace donc en rien. Après tout, une fleur doit bien être butinée une première fois pour que son champ électrique soit modifié.