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La surprenante complexité faciale des singes suit l'évolution sociale

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Forme, couleur de peau, pilosité... la diversité faciale des singes au sein d'une même espèce est surprenante. Une étude menée par des chercheurs de Los Angeles montre que, chez les singes d'Amérique du Sud, plus le niveau de socialité est élevé, plus les motifs du visage de l'espèce sont complexes. C'est une affaire de communication...

Le Tamarin lion doré vit dans des groupes composés de 5 ou 6 individus. © Martyn @ Negaro, Flickr, cc by nc nd 2.0
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Pourquoi les singes ont-ils des visages si diversifiés ? C'est à cette question que des chercheurs de l'Université de Los Angeles (Ucla) ont répondu dans un article publié dans Proceedings of the Royal Society B. Selon eux, la complexité du visage est fortement corrélée à la structure sociale des populations.

Car certains singes sont solitaires, tandis que d'autres vivent en sociétés très hiérarchisées. Et parmi les onze espèces de singes d'Amérique du Sud que les scientifiques ont testées, les modes de vie vont d'un extrême à l'autre.

Les chercheurs ont confronté le niveau de socialité des différentes espèces - solitaire, petit groupe ou hiérarchie précise - avec la complexité des motifs faciaux.

Arbre montrant la phylogénie des onze espèces de singes d'Amérique du Sud étudiées. La couleur des branches indique la complexité faciale. (1) Cacajao calvus, (2) Callicebus hoffmansi, (3) Ateles belzebuth, (4) Alouatta caraya, (5) Aotus trivirgatus, (6) Cebus nigritus, (7) Saimiri boliviensis, (8) Leontopithecus rosalia, (9) Callithrix kuhli, (10) Saguinus martinsi et (11) Saguinus imperator. © Santana et al. 2012, Proceedings of the Royal Society B - adaptation Futura-Sciences

Singes : complexité faciale et structure sociale sont liées

Comment ont-ils pu juger objectivement ce paramètre ? En divisant le visage des primates en quatorze régions, pour observer sur chacune d'entre elles, la couleur du poil et de la peau. Ils ont également étudié la forme du visage. Cela pour toutes les espèces. Ce qui leur a permis d'attribuer un indice de complexité faciale à chacune d'entre elles.

Il se trouve que plus le niveau de socialité de l'espèce est élevé, plus la valeur de cet indice est faible. Les scientifiques ont donc émis une hypothèse : les singes vivant en société ont l'habitude de voir des individus conspécifiques et n'ont pas besoin de motifs exubérants pour les reconnaître.

En revanche, leurs analyses ont montré qu'un singe solitaire qui occupe un territoire au sein duquel il est susceptible de croiser des individus d'autres espèces arbore un visage dont l'indice de complexité faciale est plus élevé. Ainsi, il lui est aisé de reconnaître ses conspécifiques des autres individus. Les scientifiques avancent qu'il en est ainsi dans le but d'éviter les accouplements interspécifiques.

Une variabilité liée au climat

Une étude antérieure avait montré que la communication dans ces groupes reposait essentiellement sur des expressions faciales, qui sont bien plus visibles sur un visage plat, sans motif.

L'analyse des couleurs de la peau et des poils a aussi montré que ces paramètres étaient corrélés à différents facteurs climatiques. À proximité de l'équateur, les poils et la peau encerclant les yeux sont plus foncés. Et dans des régions humides, ce sont les zones autour du nez et de la bouche qui s'obscurcissent. 

Il est évidemment très tentant d'établir des parallélismes avec les humains. Selon les auteurs des travaux, à l'instar des singes vivant en société, il est tout à fait probable que nos visages soient complètement dénués d'ornementations et de motifs colorés afin de laisser libre cours à nos expressions faciales.