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Surprenant : Sinopoda scurion, l'araignée sans yeux du Laos

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Le Laos abrite déjà d'énormes araignées. Dorénavant, il possède également la première représentante totalement aveugle, faute d'yeux, de la famille des sparassidés : Sinopoda scurion. Cette nouvelle espèce est évidemment cavernicole. N'a-t-on rien trouvé d'autre dans les entrailles de la Terre ?

Sinopoda scurion a reçu son nom en hommage à l'entreprise suisse Scurion qui a fourni les lampes frontales nécessaires à l'exploration des grottes. © Peter Jäger, Senckenberg Research Institute

Source de phobie chez certaines personnes, les araignées sont pourtant de redoutables prédateurs pouvant réguler des populations d'insectes et donc nous venir en aide. Plus de 40.000 espèces ont été répertoriées à ce jour dont un peu plus de 1.100 appartiennent à la famille des sparassidés. Ce taxon s'observe sur tous les continents, à l'exception des pôles. L'un de ses représentants vivant au LaosHeteropoda maxima, présente une caractéristique que certains jugeront surprenante et d'autres effrayante : il peut atteindre 25 à 30 cm de long !

Cette famille vient de s'agrandir à la suite de la découverte, toujours au Laos, de 9 nouvelles espèces du genre Sinopoda. L'une d'entre elles présente même une propriété unique pour la famille des sparassidés : elle est aveugle car dépourvue d'yeux ! Cette information vient d'être présentée dans la revue Zootaxa par Peter Jäger du Senckenberg Research Institute à Frankfurt (Allemagne).

Gros plan sur une tête de Sinopoda scurion. Les yeux sont clairement absents. Des sparassidés mâles appartenant à l'espèce Heteropoda venatoria produiraient des sons en tapant leurs pattes sur une surface en présence de femelles. Ces araignées perçoivent en effet très bien les vibrations via leurs membres. © Peter Jäger, Senckenberg Research Institute

Avec Sinopoda scurion, toute une série d’araignées cavernicoles

Sinopoda scurion, c'est son nom, a été découverte en 2009 dans une grotte de la province de Khammuan, au Laos, à un peu plus de 100 km du site de Xe Bang Fai qui abrite une rivière souterraine géante. Sa longueur totale (pattes incluses) peut atteindre 6 cm. Le corps mesure quant à lui 1,2 cm de long. Comme pour d'autres animaux, la régression des yeux correspondrait à une adaptation au manque de lumière. À l'image des crabes, scorpions et poissons qui vivaient dans la même grotte, l'araignée est également dépourvue de pigmentation. Il s'agit, là aussi, d'une première pour un représentant du groupe des sparassidés.

Les 8 autres espèces, toutes trouvées au sein de cavités laotiennes, présentaient également des adaptations plus ou moins importantes à la vie cavernicole. Sinopoda taa, mise au jour en décembre 2010 à Tham Nguen, possède par exemple toujours 8 yeux, un standard chez les sparassidés. En revanche, Sinopoda guap, collectée pour la première fois en février 2004 à Tham Nam Non, et Sinopoda soong, observée durant le mois d'avril 2012 à Tham Pha Yot, n'en présentent respectivement plus que 6 et 2.

Grâce à ces découvertes et au fait qu'elles aient toutes eu lieu au sein de milieux petits et confinés, l'auteur pense qu'il sera possible d'étudier plus précisément les processus liés à l'adaptation à la vie cavernicole (notamment la disparition des yeux), ainsi que l'historique des colonisations, chez ces araignées. Il suggère également d'utiliser ces organismes comme indicateurs pour étudier l'impact des pressions exercées par le tourisme et les industries minières (extraction de calcaire) sur les écosystèmes souterrains.