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Le singe ne se laisse pas acheter par les Hommes qu'il juge égoïstes

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Le capucin à houppe noire n'est pas dupe. S'il juge qu'une personne est égoïste, il n'acceptera pas de traitement de faveur de sa part. Il est capable de rejeter de la nourriture offerte par une personne qu'il aurait vue refuser d'aider quelqu'un d'autre.

Avec son air rusé, le capucin à houppe noire n'est pas naïf. S'il trouve qu'une personne est trop égoïste, il ne la laissera pas lui offrir un traitement de faveur. © Wikihobby, DP

Les singes refuseraient-ils l'égoïsme ? Les capucins sont de petits singes d’Amérique. La plupart des espèces du genre Cebus sont réputées pour être instinctivement sociables et coopératives. Elles sont aussi connues pour leur intelligence. Le capucin à houppe noire par exemple (Cebus apella) frappe des noix contre une branche pour les casser et utilise des outils pour râper l'écorce des arbres...

Comme l'Homme, ce capucin semble être capable de se faire une idée sur une personne juste en la regardant. S'il peut choisir, il préférera un traitement de faveur de la part de quelqu'un qui est capable d'aider et de partager plutôt que d'un égoïste. C'est en tout cas ce que suggère une étude dirigée par le chercheur James Anderson de l'université de Stirling (Royaume-Uni), dont les résultats ont été publiés dans Nature Communications.

Le capucin à houppe noire vit en Amérique du Sud et principalement au Brésil. Il est connu pour son caractère sociable et son intelligence. Il utilise quotidiennement des outils pour casser les coques des noix. Il jette, secoue et transporte divers aliments et objets. © José Reynaldo da Fonseca, cc by sa 3.0

Le capucin à houppe noire a été choisi pour cette étude précisément pour ses qualités sociales. Dans ce travail, sept singes ont été testés dans différents scénarios. Ils ont observé deux personnes interagir. Chacune détenait un bocal fermé qui contenait un jouet. Pour ouvrir son bocal, l'une des deux personnes demandait de l'aide à l'autre, qui pouvait accepter ou refuser. Ensuite, les deux personnes ont offert de la nourriture aux petits singes. Les capucins ne pouvaient choisir qu'une personne.

Les capucins préfèrent les personnes serviables

Lorsque l'aide a été accordée, les capucins ont choisi indifféremment la personne qui a demandé de l'aide ou celle qui a fourni l'aide. Mais lorsque l'aide a été refusée, les sept singes avaient plutôt tendance à accepter la nourriture de la part de la personne qui avait demandé de l'aide. Au cours de l'expérience, certaines personnes ont montré qu'elles n'aidaient pas l'autre parce qu'elles étaient déjà bien occupées avec leur bocal. Dans ce cas, les capucins n'ont pas montré de parti pris pour les personnes qui n'ont pas aidé.

C'est donc clairement lorsque l'Homme refuse délibérément de proposer son aide que le singe ne s'approche pas de lui. Peut-on pour autant assimiler ce choix à une forme de rejet de l'égoïsme ? Le refus d'aider peut être perçu par l'animal comme un signe de dangerosité. Il se préserve en choisissant la personne non dangereuse.

Le capucin montre-t-il une forme d’inférence sociale ?

Sarah Brosnan, éthologue à la Georgia State University (Atlanta, États-Unis), explique que ce type d'études a déjà été réalisé avec les grands singes. Ces résultats suggèrent donc que l'inférence sociale peut se produire chez les animaux dont la taille du cerveau et les capacités cognitives sont inférieures. L'inférence est l'un des points clés de la notion de logique. Elle traduit la capacité à identifier une chose sans la percevoir directement : comprendre qu'il y a le feu simplement en observant de la fumée, par exemple. Ou, dans cette étude, comprendre la méchanceté de quelqu'un uniquement par son geste.

L'étude a besoin d'être approfondie. Les singes auraient aussi bien pu voir les Hommes qui n'ont pas aidé comme des personnes plus faibles. S'ils sont intéressés par les objets qui sont à l'intérieur des bocaux, ils peuvent simplement préférer les personnes qui aident à les obtenir. C'est une question d'intérêt. Il serait donc nécessaire d'effectuer ces tests sur d'autres animaux sociables et non sociables pour interpréter ce choix.