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Les salpes, des pièges à CO2 vivants

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Les salpes, des animaux marins étranges et méconnus, seraient capables de piéger le carbone au fond de l'océan grâce à leur appétit pour une grande variété de nourritures. Ces nettoyeurs des mers ont donc un rôle très important pour limiter le CO2 atmosphérique.

Les salpes sont retrouvées dans tous les océans, mais plus particulièrement dans l'océan Antarctique. © Wikimedia Commons

Leur corps mou et translucide les fait ressembler à des méduses mais ils en sont très loin. Les salpes, en effet, se rapprochent bien plus des vertébrés : ce sont des chordés. En forme de tonneau de 1 à 10 centimètres de long, ces animaux planctoniques vivent isolément ou bien en communauté, agrégés en une chaîne structurée de plusieurs dizaines à des milliers d'individus flottant dans l'océan et adoptant des formes variées.

Une particularité intéresse fortement les biologistes à cette époque où le réchauffement climatique et la pollution sont des préoccupations majeures. Ces espèces méconnues auraient en effet un rôle important dans le cycle du carbone puisqu'elles seraient capables de piéger le CO2 dans les fonds marins. En effet, à l'image d'un avion qui récolterait dans les particules de l'air l'énergie nécessaire à ses réacteurs et qui assainirait l'air en même temps, les salpes se nourrissent de particules qu'elles récoltent dans l'eau en même temps qu'elles se déplacent.

Alors que l'eau pénètre dans la cavité de leur corps, un système de filtre retient la nourriture. La digestion transforme les particules en matière fécale riche en carbone et si dense qu'elle coule à pic vers le fond océanique. Là, le carbone deviendra du carbonate et restera enfoui sous forme de roches pour de très longues périodes. Ce mécanisme appauvrit en CO2 les eaux de surface, laissant la possibilité à de nouvelles molécules de carbone atmosphériques d'être à leur tour être piégées dans l'eau.

Les deux chercheurs, Larry Madin et Kelly Rakow Sutherland, admirent une salpe. © Tom Kleindinst / WHOI

De gros mangeurs de bactéries

Les salpes étaient connues pour se nourrir de phytoplancton, mais alors que la population de celui-ci commence à décliner, les salpes sont de plus en plus nombreuses. Elles doivent donc être capables de se nourrir d'autres organismes alors que les scientifiques supposaient que la taille des pores du filtre des salpes limitait la diversité de leurs proies. En théorie, les particules retenues devaient être au moins aussi grosses que les mailles de 1,5 micromètre de diamètre. Pourtant, un nouveau modèle mathématique élaboré par le Woods Hole Oceanographic Institution (WHOI) prévoyait la rétention de particules plus fines.

L'expérience suivante a donc été réalisée au laboratoire afin de vérifier l'hypothèse : différentes tailles de particules de polystyrène d'un diamètre de 0,5 micromètre (taille des bactéries) à 3 micromètres (typique du phytoplancton) ont été données en nourriture à des salpes, dans des concentrations identiques à celles des particules naturellement retrouvées dans l'océan. Etrangement, 80% des particules retenues par les salpes étaient les plus petites.

Cette donnée, publiée dans le journal PNAS, pourrait expliquer la présence des salpes dans des zones où le phytoplancton est rare et où les autres planctivores ne pourraient pas survivre. Ce genre de nourriture, qui correspond à la taille des bactéries présentes en abondance dans l'océan, pourrait être suffisant à l'alimentation des salpes, d'autant que les petites particules sont les plus rapides à digérer puisque leur surface est proportionnellement plus étendue.

Si d'un point de vue purement biologique, les salpes surprennent les chercheurs par leur adaptation à une grande diversité de proies, le plus inattendu reste leur rôle insoupçonné dans le cycle du carbone et dans la dépollution. Encore un organisme qui doit être protégé pour le bien de la planète...