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Les physalies : fausses méduses mais vrai danger

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Après les côtes basque et landaise plus tôt dans l'été, les plages de Gironde viennent de subir l'arrivée de dangereux animaux, les physalies. Une bonne occasion d'en savoir un peu plus sur ces organismes étranges qui ressemblent aux méduses mais n'en sont pas.

Jolie fleur venimeuse sur la plage, la physalie est encore plus dangereuse dans l'eau où ses longs filaments urticants sont difficiles à repérer. On les aperçoit ici, gris-bleus, courir derrière la bulle échouée. © efraserc, Filckr, CC by-nc 3.0

La plage de Lacanau a été fermée lundi à cause de l'arrivée de physalies. Cent cinquante à 200 individus ont été repérés et celles qui ne se sont pas échouées ont atteint Le Porge, plus au sud, hier dans la journée. Si les invasions sont passagères, elles semblent devenir récurrentes sur les plages de la côte atlantique où les baigneurs les confondent avec des méduses.

Mais même si la forme et le risque de brûlure y fait penser, la physalie (Physalia physalis) ne peut pas être une méduse. Cet étrange flotteur irisé, d'où pendent de longs filaments colorés, n'est en effet pas un corps unique mais une colonie de siphonophores formant un superorganisme !

Mutuelle pélagique

Les siphonophores sont de lointains cousins des méduses, anémones de mer et coraux, faisant comme eux partie des cnidaires. Pélagiques, ils occupent aussi bien les abysses que la surface et pratiquent en général la pêche au filet grâce à deux superpouvoirs : un venin les dotant de filaments urticants et, plus rarement, la bioluminescence pour attirer leurs proies. Les colonies, qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de mètres de long, sont composées de plusieurs types de polypes bien différenciés.

Une vue de la physalie en position normale de vie. Comme souvent dans le monde animal, les couleurs étranges et les irisations inquiétantes doivent inciter à la prudence... © Noaa, DP

Dans le cas des envahisseuses des plages aquitaines, aussi appelées « galères portugaises » à cause de la forme du flotteur, on distingue quatre sortes de polypes. Le maintien en surface est réalisé par un sac gonflé d'air plus ou moins modifié, appelé pneumatophore. Par sa prise au vent, il entraîne le déplacement de la colonie selon la météo. La physalie peut donc ainsi suivre une direction différente de celle du courant. Les dactylozoïdes, eux, venimeux s'occupent de la pêche.

Les poissons piégés sont ensuite rapidement amenés aux gastrozoïdes, qui les digèrent. Enfin, les gonozoïdes produisent les gamètes qui déclencheront la phase de reproduction sexuée. Chaque type est donc dépendant des autres, spécialisé pour une ou plusieurs fonctions nécessaires à la survie et la reproduction de la colonie comme si celle-ci était un organisme à part entière.

Consignes de sécurité

Drôles de dames, donc, que ces physalies. Et dangereuses : 588 personnes ont été brûlées depuis le début de l'été sur la côte aquitaine. Ces animaux vivent normalement dans les eaux chaudes des régions tropicales et subtropicales mais n'ont aucun moyen de contrôler leur route. Alors, transportées au gré des vents et des courants, elles peuvent venir s'échouer sur les plages d'Europe. Les arrivées de physalies qui semblent se multiplier sont peut-être liées à un réchauffement des eaux ou des épisodes de vent et de courants particuliers. La disparition des tortues caouannes, leur prédateur principal, n'y est certainement pas non plus pour rien.

Enfin, rappelons que même mortes, échouées et à moitié sèches, les physalies sont dangereuses. Environ 10 % des piqûres ont présenté des signes de gravité : perte de connaissance, gêne respiratoire, douleurs abdominales ou thoraciques, vomissements, tachycardie, hypertension artérielle ou crampes musculaires. Il ne faut donc pas y toucher, mais signaler leur présence aux sauveteurs.

En cas d'envenimement, l'Agence régionale de santé (ARS) d'Aquitaine conseille de ne pas frotter la peau directement avec la main, mais de retirer les tentacules en rinçant la peau à l'eau de mer, en appliquant de la mousse à raser ou à défaut du sable sec, puis en les décollant avec un carton rigide. Le mieux reste encore d'être vigilant sur les plages...