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Les oiseaux migrateurs ne sont pas les "rats du ciel"

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Considérés trop souvent comme principaux vecteurs du H5N1, les oiseaux sauvages sont peu à peu transformés en "rats du ciel". La LPO condamne ce processus dommageable à l'égard d'une biodiversité extrêmement fragile. Elle tient à rappeler le rôle majeur joué par le transport illégal d'oiseaux sauvages ou domestiques dans ce dossier.

Quelques réalités mésestimées :

L'hivernage des oiseaux en Afrique

Durant l'été 2005, alors que des oiseaux migrateurs de zones contaminées (Sibérie, Asie), s'apprêtaient à quitter leurs aires de nidification pour leurs quartiers d'hivernage, en Afrique, au Moyen Orient, mais également vers l'Australie, on nous prédisait l'émergence de nouveaux foyers aviaires sur ces différentes destinations, et l'hécatombe de nombreux oiseaux sauvages. En réalité, il n'en a rien été, en Afrique mais également en Australie et Nouvelle Zélande.

Nigeria

La confirmation, le 08 février 2006, du virus de la grippe aviaire H5N1 au Nigeria concernait, initialement et exclusivement, des élevages industriels de volatiles. A ce jour, au Nigeria, aucun oiseau sauvage contaminé n'a été trouvé. Il ne peut être exclu que le réservoir originel de ces foyers est le négoce de volailles provenant de Chine et de Turquie... Selon le laboratoire de référence de l'Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) et le Fonds des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la souche isolée du virus au Nigeria présente les mêmes caractéristiques génétiques que celle découverte en Turquie, qui elle-même s'apparente à la souche du lac chinois de la province de Qinqhai, foyer d'origine de la maladie.

Espagne

Le 15 février 2006 à Benidorm, dans la province d'Alicante en Espagne, 21 tonnes de volailles ont été saisies. Importées illégalement de Chine, elles ont été acheminées en Espagne par camion. Il semble que leur destination finale devait être des restaurants chinois.

Ces mouvements de volailles peuvent participer gravement à la diffusion du virus à travers les pays et même les continents. Ils démontrent l'importance des contrôles aux frontières pour démanteler des réseaux de commerce illégaux. Ceci alors même que «La mondialisation a transformé le poulet en espèces migratrices et les mouvements des poulets autour du monde se produisent 365 jours par an, à la différence des migrations saisonnières des oiseaux sauvages» pour reprendre l'affirmation de Leon Bennun, directeur de Birdlife international.

Le trafic des oiseaux d'ornement

Le commerce illégal des oiseaux d'ornement à destination de la France est actuellement estimé à plus de 4 millions d'individus chaque année. Ce chiffre correspond également au nombre d'oiseaux légalement commercialisés, ce qui représente près de 8 millions d'oiseaux en tout.

Parmi les oiseaux recherchés, on constate que de nombreux passereaux sont originaires d'Asie du sud est et de Chine, tandis que les perroquets viennent principalement d'Afrique de l'ouest et de Tanzanie. De même, d'autres espèces proviennent d'Amérique du sud.

En conséquence, sans nier l'éventuel rôle des oiseaux migrateurs, la LPO souligne que, malgré la réglementation mise en œuvre pour gérer la crise, il paraît évident que le non-respect involontaire des mesures de précaution doit également être pris en compte dans l'analyse de la situation.