Les côtés gauche et droit d’une mygale (Chromatopelma cyaneopubescens, qui n’est pas celle de l’expérience) ne semblent pas fonctionner exactement de la même manière. La découverte pose davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses. © snakecollecor, Licence Creative Commons (by-nc-sa 2.0)

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Le mystère des mygales droitières

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Par Jean-Luc Goudet, Futura

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La question d'être droitier ou gaucher se pose peut-être aussi chez les mygales. En tout cas, celles qu'ont étudiées une équipe rennaise étaient toutes droitières. La question de la latéralisation du fonctionnement cérébral dans le monde animal reste encore largement inexplorée. Les araignées, dont les ancêtres couraient sur les terres émergées il y a 400 millions d'années, ont sans doute des choses à nous apprendre sur ce sujet…

Dans un labyrinthe en forme de T, une mygale mâle se trouve à la croisée des chemins. D'un côté ou de l'autre vient soit de la lumière soit l'odeur d'une femelle de son espèceBrachypelma albopilosum, qui vit au Guatemala. Dans les deux cas, avec un temps d'hésitation court (surtout quand il s'agit d'une odeur), c'est dans cette direction qu'ira la mygale. Mais si le signal provient des deux côtés à la fois, que fera la mygale ? Voilà le genre de questions que se posent les zoologistes et à laquelle ont répondu quatre chercheurs du laboratoire Éthologie animale et humaine, de l'université de Rennes-1. Réponse : elle ira à droite.

L'expérience n'a rien de futile. Elle explore un aspect peu connu du fonctionnement du système nerveux : la latéralisation. Chez les vertébrés, le phénomène est bien documenté, en particulier chez les mammifères et, chez l'humain, on ne compte plus les observations, hypothèses et déductions philosophiques sur le « cerveau gauche » et le « cerveau droit ». En revanche, plus on s'éloigne d'Homo sapiens, moins le phénomène est étudié. Dans leur article paru dans la revue Journal of zoology, ces chercheurs expliquent que la latéralisation a déjà été signalée chez des insectes (abeille, bourdon, cafard et moustique), la seiche et l'écrevisse. Les araignées mygalomorphes (theraphosidae) comptant parmi les plus anciennes formes connues d'arthropodes, les auteurs ont choisi ce groupe pour y repérer - ou pas - une asymétrie gauche-droite dans le fonctionnement du cerveau.

Le labyrinthe de l’expérience. La mygale est introduite dans la première boîte (Start box) et doit choisir entre le couloir de gauche et celui de droite et son mouvement est repéré par des capteurs (sensor). De part et d’autre du T, une chambre de stimulation (Stimuli box) communique lumière ou odeur par une cloison perforée (Perforated trapdoor). La lumière vient de LED et les odeurs d’une proie (une blatte) ou d’une femelle (la mygale au travail est un mâle). © Fanny Ruhland et al., Journal of Zoology

La mygale préfère tourner à droite

Les biologistes ont d'abord étudié le rythme de vie de ces arachnides, découvrant deux pics d'activité, entre 3 h 00 et 10 h 00 du matin et entre 16 h et 24 h. Ils ont ensuite confectionné leur « labyrinthe », en fait une boîte où est placé l'animal et communiquant par une porte à un espace plus grand, de 1,20 m de large. L'ouverture amène la mygale en son milieu, lui offrant de se diriger d'un côté ou de l'autre. Au bout de chacun des deux couloirs, une cloison perforée communique avec une chambre. Celle-ci peut être éclairée par des LED (qui n'émettent ni chaleur ni lumière polarisée, précisent les auteurs) ou encore accueillir un mâle, une femelle mature ou une blatte (proie appréciée des mygales), qui y laisseront leur odeur. Des capteurs notent précisément le moment du passage dans le côté gauche ou droit. Les scientifiques ont testé le comportement des araignées dans la boîte et aussi vérifié l'influence éventuelle de l'orientation par rapport au nord magnétique (sans effet).

La conclusion est que les mygales mâles sont nettement droitières. Lorsque des stimuli identiques viennent des deux côtés, c'est le plus souvent vers la droite que se dirigera l'animal. Au microscope électronique à balayage, les auteurs ont cherché d'éventuelles asymétries morphologiques entre les yeux et les derniers segments des pattes (le tarse), qui portent des récepteurs chimiques et de toucher. Mais rien n'a été trouvé de ce côté. C'est donc bien dans les ganglions cérébraux que réside la source de la latéralisation. Les premières araignées qui gambadaient sur les terres émergées du Dévonien reconnaissaient peut-être leur droite de leur gauche...

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