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Liste rouge : un poisson d’eau douce sur cinq est menacé de disparition

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21 % des espèces de poisson d'eau douce indigènes en France métropolitaine sont menacées de disparition. C'est le constat du dernier chapitre de la Liste rouge des espèces menacées établi par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).

Les alevins (larves) d’anguille, appelés aussi civelles, sont très appréciés des pêcheurs et des braconniers. © Arnaud Richard / Onema

95, c'est le nombre d'espèces de poisson d'eau douce françaises. Seules 69 sont indigènes, les 26 autres ont été introduites depuis le XVème siècle. Sur ces 69 espèces, 15 risquent de disparaître. Les espèces les plus menacées sont les migrateurs amphihalins, ces poissons, comme les saumons (Salmo salar), les esturgeons (Acipenser sturio) ou les anguilles (Anguilla anguilla) dont le cycle de vie alterne entre le milieu marin et l'eau douce. Ils font face aux dangers de ces deux milieux, au stress du changement de milieu et aux barrages qui leur barrent la route.

Cliquer pour agrandir. Répartition des 69 espèces de poissons d’eau douce évaluées en fonction des différentes catégories de la Liste rouge. © UICN

La principale menace pour ces poissons est la dégradation et la destruction du milieu qui empêchent leur reproduction, leur alimentation et leur migration. Sans gravières, pas de reproduction pour les lamproies de rivière (Lampetra fluviatilis) et sans herbiers inondés par les crues, pas non plus de reproduction pour les brochets (Esox lucius). Ces altérations du milieu sont dues à des pratiques bien identifiées, qui touchent à la structure physique du milieu et à la variation des niveaux d'eau :

L’installation de passes à poissons sur les barrages tente de réduire l’impact de ces derniers sur les poissons migrateurs. Mais leur efficacité est encore approximative pour des coûts élevés. © Tony Hodge CC by-sa

Les deux autres facteurs qui menacent les poissons d'eau douce sont les pollutions et les pressions de la pêche et du braconnage. Ces pollutions, essentiellement d'origine agricole comme les nitrates ou les pesticides, affectent notamment l'anguille européenne et le chabot du Lez (Cottus petiti) en perturbant respectivement leur système immunitaire et leur fécondité.

Une loi ambitieuse, beaucoup de retard et un manque de connaissance

La loi sur l'eau et les milieux aquatiques (Lema), adoptée en 2006 par transcription de la Directive Cadre européenne sur l'Eau (DCE), impose d'atteindre en 2015 un bon état des eaux, tant chimique qu'écologique et géomorphologique. En théorie, cette loi qui encadre les pratiques qui ont été citées plus haut (et qui a donné naissance à l'Office National de l'Eau et des Milieux Aquatiques, l'Onema, partenaire de l'étude de l'UICN) devrait permettre d'améliorer les conditions environnementales de ces espèces.

Mais il y a beaucoup à faire, car cette étude montre que la France métropolitaine est au même niveau que le reste du monde en matière de conservation des poissons d'eau douce, la moyenne étant de 20% d'espèces menacées.

Il est à noter que 22 espèces n'ont pas été retenues dans cette étude du fait du manque de connaissance ou de leur éclatement en « nouvelles » espèces. Comment, en effet, estimer le degré de menace des quatre nouvelles espèces issues du goujon (Goujon, Goujon de l'Adour, Goujon occitan et Goujon d'Auvergne) alors qu'on ne dispose d'aucune information certaine sur l'abondance et la répartition actuelles puisqu'elles n'existaient pas il y a peu ?

Cette étude est le fruit du travail conjoint de l'UICN, du Muséum National d'Histoire Naturelle, de l'Onema et de la Société Française d'Ichtyologie. Elle clôt le cinquième chapitre de la Liste rouge des espèces menacées en France, après les reptiles, les amphibiens, les oiseaux nicheurs, les mammifères et les orchidées. Les oiseaux hivernants et migrateurs, ainsi que les crustacés d'eau douce suivront.