La cause de l'échouage des baleines serait... les tempêtes solaires. Ici, des globicéphales échoués sur la Côte d'Opale, près de Calais, en novembre 2015. © chrisberic, Fotolia

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Échouage de baleines : la cause serait... les tempêtes solaires

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Si les cétacés s'échouent parfois en groupe, ce ne serait pas toujours à cause d'un « leader malade » ou des sonars militaires. La raison pourrait être céleste : cela serait aussi dû aux éruptions solaires. Explications.

  • En se basant sur 29 échouages de cachalots survenus en l'espace de quelques semaines dans la mer du Nord, des chercheurs concluent que l'inexpérience des jeunes, essentielles victimes, serait à l'origine de ces évènements. Les perturbations magnétiques engendrées dans les hautes latitudes par les tempêtes solaires pourraient expliquer de telles erreurs de navigation.
  • En effet, si les cétacés ont bien un sens du magnétisme et s'ils utilisent bien une sorte de topographie magnétique pour se repérer, alors il est possible que les tempêtes solaires soient la cause de certains échouages. Reste à vérifier, ce que compte faire la Nasa.

Dans la longue quête des causes d'échouages collectifs de cétacés, la dernière possibilité est sûrement la plus originale. Publiée dans la revue International Journal of Astrobiology, elle situe l'origine du phénomène dans le soleil et ses colères. L'hypothèse n'est, pour l'instant, étayée par aucune preuve, seulement basée sur de bons arguments de l'équipe allemande de l'université Christian-Albrecht de Kiel. Klaus Heinrich Vanselow et ses collègues ont étudié de près une série de 29 échouages de cachalots (Physeter macrocephalus), uniquement des mâles et surtout des jeunes, survenus en mer du Nord entre fin janvier et début février 2016 sur les côtes d'Allemagne, des Pays-Bas et du Royaume-Uni.

Venus de la mer de Norvège, ces cétacés faisant route vers l'ouest auraient dû rejoindre l'Atlantique nord. Au lieu de cela, ils ont viré sur leur gauche et sont venus buter sur les côtes européennes. Les chercheurs n'indiquent pas de coïncidence précise avec une forte tempête solaire (il y a bien eu une éjection de masse coronale le 10 janvier 2016) mais s'appuient surtout sur un précédent travail de Klaus Heinrich Vanselow et Klaus Ricklefs. Publié en 2005, celui-ci montrait une corrélation statistique de 1712 à 2003 entre l'activité solaire et les échouages de cachalots (voir le lien en bas de l'article).

Sur cette animation, on peut voir les deux éruptions solaires survenues le 6 septembre 2017. © Nasa, GSFC, SDO

Les anomalies magnétiques tromperaient les cétacés

Dans cette nouvelle publication, l'équipe revisite cette hypothèse à la lumière des échouages de 2016. En bombardant la Terre de particules chargées au niveau des hautes latitudes, les tempêtes solaires engendrent de belles aurores polaires mais aussi des anomalies magnétiques temporaires. Or, insistent les auteurs, les dimensions de ces anomalies sont du même ordre de grandeur - 50 à 100 kilomètres - que celles dues aux structures géologiques formant l'océan et leurs amplitudes sont voisines aussi. En un point donné, elles correspondent à un décalage apparent en latitude qui peut atteindre 460 km. Comme elles durent environ une journée (un délai durant lequel les cachalots parcourent en moyenne 100 km), ces anomalies magnétiques peuvent être une cause d'erreurs de navigation.

Le fait que les individus échoués soient tous des mâles est logique car les femelles ne viennent pas, comme eux, s'alimenter dans les hautes latitudes. En revanche, il n'y a aucune raison pour qu'il y ait surtout des jeunes. C'est que, avancent les chercheurs, ils n'ont pas encore l'habitude de ces régions et de ces bizarreries fluctuantes de leur paysage magnétique.

Bien sûr, tout cela est spéculatif. Le sens du magnétisme chez les cachalots reste une hypothèse, de même que leur utilisation d'une topographie magnétique, qui leur permettrait de reconnaître les lieux où ils se trouvent. L'idée, cependant, est plausible. À la Nasa, Antti Pulkkinen, spécialiste de la physique du soleil, a monté une équipe pour étudier de plus près la corrélation entre les tempêtes solaires et les échouages de cétacés. On en saura sans doute plus d'ici quelque temps. Et peut-être bientôt puisque ce mois-ci est survenue une très forte éruption solaire...

Pour en savoir plus

Échouage massif de cétacés en Nouvelle-Zélande : quelle est la cause ?

Article de Bruno Scala publié le 17 novembre 2011

Soixante-deux globicéphales, des mammifères marins de la même famille que les dauphins, ont été découverts échoués sur une plage de Nouvelle-Zélande. Olivier van Canneyt, spécialiste des mammifères marins du centre de recherche de La Rochelle, explique à Futura-Sciences les causes pouvant mener à ce phénomène.

En début de semaine, une soixantaine de globicéphales ont été retrouvés sur une plage de Nouvelle-Zélande, à Farewell Spit (extrême nord de l'île du Sud), deux jours après l'échouage de 22 cachalots 1.500 km plus loin, en Tasmanie. Les scientifiques ont du mal à comprendre ce type de phénomènes et ils ont établi plusieurs hypothèses pour expliquer l'échouage massif des mammifères marins.

Cette fois, il s'agit de cétacés de la famille des delphinidés (ce sont donc de vrais dauphins et non des baleines). Le genre des Globicephalina comporte deux espèces :

  • les globicéphales noirs (Globicephala melas) qui vivent notamment au large des côtes françaises ;
  • et les globicéphales tropicaux (Globicephala macrorhynchus). C'est à cette espèce qu'appartiennent les animaux retrouvés en début de semaine.

« Difficile de mettre en évidence les causes d’un échouage »

Olivier van Canneyt est un spécialiste des mammifères marins. Il coordonne l'observatoire des populations de mammifères marins du centre de recherche de La Rochelle, qui avait été créé suite à la découverte sur les plages de l'île d’Yeu en décembre 1963 de... globicéphales. Il est également responsable du réseau du suivi des échouages, qui rassemble environ 300 volontaires et couvre l'ensemble des côtes françaises. Selon lui, « il est difficile de mettre en évidence les causes d'un échouage ».

Les globicéphales ont été retrouvés sur une plage de Farewell Spit, au nord de l'île du Sud, en Nouvelle-Zélande. © Futura-Sciences

En revanche, on constate que ce phénomène « touche souvent les mêmes espèces, qui sont très grégaires et dont la cohésion de groupe repose sur un ou plusieurs individus leaders ». Les membres d'un groupe suivent les déplacements des leaders. Une fois les animaux échoués, il est donc important d'identifier ces leaders et de vérifier leur état physique et sanitaire afin d'éventuellement confirmer l'hypothèse.

En effet, « le leader malade n'a plus les capacités de se déplacer à proximité des côtes : dans les eaux peu profondes, où la pente est faible, le système de repérage de ces animaux n'est plus aussi efficace, explique encore Olivier van Cannyet. Ils sont alors désorientés et éprouvent des difficultés à retrouver le large ». Ils finissent par s'échouer sur le sable.

Plusieurs hypothèses pour expliquer l'échouage

Mais l'hypothèse du leader malade, bien que la plus probable, n'a pas été démontrée dans le cas des globicéphales de Nouvelle-Zélande. En outre, des globicéphales noirs ont déjà été observés dans les pertuis charentais (entre la côte et l'île de Ré et l'île d'Yeu) où l'eau est peu profonde, et ils n'ont eu aucune difficulté à retrouver le large.

Ainsi, il n'est pas impossible qu'une cause différente soit à l'origine de l'événement de Farewell Spit. « Ces échouages ont souvent lieu dans les mêmes secteurs. Or les espèces échouées sont fréquemment des animaux qui migrent en s’aidant des champs magnétiques, comme les oiseaux. Dans certains sites, les champs magnétiques sont perturbés et leur direction est perpendiculaire aux côtes au lieu d'être parallèle, ce qui pourrait expliquer le phénomène, propose le scientifique. Mais cette hypothèse est moins probable que la précédente. »

Pollution sonore ?

D'autres possibilités sont également proposées par Oliver van Cunnyet, mais avec moins de conviction, comme le fait que les globicéphales aient pu être poursuivis par des prédateurs - des orques en l'occurrence - ou bien qu'ils aient été perturbés par des nuisances sonores (prospection pétrolière, sonars marins...) comme cela avait déjà été le cas pour des baleines à bec.

Un phénomène complexe donc, et qui reste encore bien mystérieux pour la communauté scientifique. La pollution marine ne doit pas non plus aider ces animaux à vivre sereinement. La France n'est pas épargnée par le phénomène puisque, même s'il s'agit rarement d'échouage massif, « 300 à 800 mammifères marins s'échouent chaque année sur les côtes françaises », conclut Oliver van Canneyt.