Planète

Chez les busards des roseaux, les mâles se déguisent en femelles

ActualitéClassé sous :zoologie , busard des roseaux , mâle efféminé

Le mimétisme animal peut servir à mieux approcher les femelles : chez les busards des roseaux, les mâles ressemblant à des femelles subissent une compétition moins violente que les autres pour s'accoupler. Ce qui leur confère un avantage évolutif certain.

Chez le busard des roseaux, certains mâles ont la même apparence que les femelles et évitent ainsi l'agressivité des autres mâles. © Ferran Pestaña, Flickr, cc by sa 2.0

Chez les busards des roseaux, Circus aeruginosus, oiseaux de la famille des accipitridés vivant principalement en Europe, certains mâles possèdent un phénotype ressemblant à s'y méprendre à celui des femelles. Cette forme de mimétisme permet à celui qui en use d'accéder plus facilement aux partenaires sexuelles et donc, potentiellement, d'augmenter son succès reproducteur.

Il existe plusieurs formes de mimétisme, stimulant différents sens et aux objectifs distincts. Certaines plantes carnivores exhalent des odeurs d'organismes en décomposition pour attirer les mouches. Le sens stimulé est l'odorat, à des fins nutritives. Certains papillons prennent l'aspect d'espèces toxiques afin de dissuader les prédateurs - on parle de mimétisme mullérien. Dans ce cas, c'est la vue qui est sollicitée et l'objectif est de se protéger. Etc.

Mimétisme pour favoriser l'accouplement

Pour les busards des roseaux, le but est différent. Chez cet oiseau, il existe un dimorphisme sexuel notoire : les mâles ont un plumage plutôt gris tandis que celui des femelles se teinte de brun. Cependant, une quantité non négligeable de mâles (40 % environ) déroge à cette règle et arbore une apparence relativement similaire à celle des femelles. Ils ne sont alors distinguables que grâce à leurs pattes ou à la couleur de leurs yeux.

Un busard des roseaux survolant un appeau. C'est au cours de ces expériences que le comportement belliqueux des mâles a été observé. © Audrey Sternalski

Comme vient de le montrer une équipe de chercheurs franco-espagnole avec une étude publiée dans Biology Letters, ces exceptions confèrent aux individus qui les portent un net avantage par rapport aux autres. En effet, lors de la période de reproduction, tous ces mâles entrent en compétition pour s'accoupler. Tous sauf... ceux qui ressemblent à des femelles ! 

Les expériences des chercheurs prouvent que les mâles gris sont incapables de faire la différence entre les femelles et les mâles bruns (qui ressemblent aux femelles). Ainsi, ces derniers évitent la compétition intrasexuelle et peuvent accéder aux partenaires sexuelles sans encombre.

Les mâles moins agressifs envers les mâles efféminés

C'est grâce à des appeaux (sorte de mannequin d'oiseaux) que les chercheurs ont pu mettre en évidence ce phénomène. Ils ont observé l'agressivité de mâles gris face à des appeaux à l'aspect de mâles gris, de mâles bruns et de femelles. Le comportement envers les mâles gris est agressif (compétition intrasexuelle), mais pas avec les mâles bruns.

En outre, les scientifiques du CNRS et du CSIC (le CNRS espagnol) ont découvert que les mâles « efféminés » étaient plus violents envers les appeaux à l'aspect de femelles qu'avec ceux à l'apparence des deux types de mâles. Ce qui montre que non seulement, ils ont l'allure des femelles, mais qu'en plus, ils adoptent leur comportement en s'engageant dans une sorte de compétition intrasexuelle.

Ce système mène à une forme d'accord tacite entre les mâles efféminés et les autres. Tout le monde y gagne : les premiers sont moins belliqueux à l'égard des seconds et vice-versa. En revanche, seuls les mâles efféminés semblent bénéficier d'un avantage pour l’accès aux femelles.

Encore un exemple de la complexité et de la variété des phénomènes accompagnant la sélection sexuelle.