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Braconnage : les éléphants de forêt d’Afrique sont au plus mal

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Le nombre d'éléphants de forêt d'Afrique a chuté de 62 % en dix ans. Si la forêt qui les abrite est toujours là, elle est devenue si dangereuse que ces pachydermes ne se déplacent plus que sur un quart de sa surface. Le braconnage pratiqué pour répondre à la demande d'ivoire en Extrême-Orient est à nouveau pointé du doigt.

L'éléphant de forêt d'Afrique est plus petit que son homologue de la savane, mais il est essentiel à la survie de la forêt tropicale de l'Afrique centrale. La convoitise que suscite l'ivoire a pourtant réduit de 62 % la population de cette espèce. Au Gabon, 11.000 éléphants de forêt d'Afrique ont été tués entre 2004 et 2012. © Peter H. Wrege, Wikipédia, cc by sa 3.0

Les éléphants souffrent du commerce illégal de l'ivoire. Au même titre que les carapaces de tortue ou les ailerons de requin, les défenses d'éléphant font l'objet d'un marché noir hautement lucratif qui pourrait bien provoquer l'extinction des éléphants de forêt d'Afrique (Loxodonta cyclotis) d'ici la prochaine décennie.

L'espèce est répartie entre cinq pays d'Afrique centrale : le Cameroun, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, le Gabon et la République du Congo (ou Congo-Brazzaville). Loxodonta cyclotis est plus petit que l'éléphant des savanes, mais cela ne l'empêche pas de jouer un rôle vital dans le maintien de la biodiversité de la forêt tropicale. Il trace notamment des sentiers et assure ainsi l'accès aux clairières pour d'autres espèces. Véritable jardinier, il disperse les graines d'un grand nombre d'arbres tropicaux.

Les éléphants d’Afrique (genre Loxodonta), opposés aux éléphants d’Asie (genre Elephas) par leur taille au garrot et la taille de leurs oreilles, sont eux-mêmes scindés en deux espèces : Loxodonta africana et Loxodonta cyclotis, aussi appelés respectivement éléphants de savane et éléphants de forêt. © Thomas Breuer, cc by 2.5

Sur la dernière décennie, le nombre d'éléphants de forêt a sérieusement chuté. Dans un article tout juste paru dans la revue Plos One, des chercheurs montrent que 62 % des individus ont disparu entre 2002 et 2011. L'étude s'inscrit dans un projet international de conservation de l'espèce. Elle synthétise le travail réalisé par plus de 60 scientifiques et de nombreux employés locaux. Ensemble, ils ont effectué l'équivalent de 91.600 jours-personnes de surveillance quotidienne des éléphants entre 2002 et 2011. Ils ont par ailleurs parcouru plus de 13.000 km et récolté plus de 11.000 échantillons biologiques.

Les éléphants de forêt d’Afrique ne se promènent plus librement

Cette étude a réuni le plus grand nombre de données de surveillance des éléphants de forêt d’Afrique jamais obtenu. Elle montre que près d'un tiers de l'habitat de ces pachydermes leur est devenu trop dangereux. « Historiquement, les éléphants se déplaçaient librement sur plus de deux millions de km2, explique John Hart, le coauteur de l'article. Actuellement, leur habitat ne couvre plus qu'un quart de cette superficie. La forêt est toujours là, mais les éléphants, non. »

Leur disparition est majoritairement due au braconnage. D'après l'étude, les éléphants de forêt se sont raréfiés dans les zones à forte densité humaine et à haute intensité de chasse. En outre, le niveau de corruption et l'absence de forces de l'ordre sont fortement perceptibles. Le principal demandeur d'ivoire est l'Extrême-Orient. Pour preuve, les niveaux de braconnage depuis 2006 sont exactement corrélés avec les demandes asiatiques, si bien que l'extermination résultante suit une évolution temporelle en marche d'escalier.

Le mois dernier, le Gabon a annoncé la perte de 11.000 éléphants de forêt d'Afrique dans le parc national de Minkébé entre 2004 et 2012. Du 3 au 14 mars 2013, les pays qui ont ratifié la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites) se retrouvent à Bangkok pour la 16e session de la conférence des parties (Cop16). On peut espérer de ce rassemblement une prise de décision au sujet du commerce de l'ivoire.