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Biodiversité : la mégafaune se meurt dans le désert du Sahara

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Le désert du Sahara verrait actuellement sa mégafaune décliner de manière dramatique, dans un triste silence. C'est en gros le message que souhaite faire passer une nouvelle étude publiée par des dizaines de chercheurs. Ceux-ci soulignent également que les données manquent pour en connaître les causes précises, même si l'on se doute que la surchasse des grands mammifères doit y contribuer.

Historiquement, les léopards Panthera pardus ont occupé un territoire de 891.817 km2 dans le Sahara, soit bien plus que les 29.221 km2 actuels. Ce félin serait proche de l'extinction dans cette région aride du globe. © Peter R Steward, Flickr, cc by nc 2.0

Fort de ses 8,6 millions de kilomètres carrés, le Sahara n'est autre que le plus vaste désert chaud de la planète. Les conditions de vie y sont particulièrement difficiles, car il y pleut peu (précipitations moyennes inférieures à 100 mm par an). Cependant, ces contraintes n'ont pas empêché le développement d'une faune adaptée. Mais une partie de celle-ci serait en train de souffrir, voire de disparaître partiellement dans l'indifférence générale.

La nouvelle a été dévoilée dans la revue Diversity and Distributions sous la plume de Sarah Durant et d'une quarantaine d'autres chercheurs qui travaillent pour 28 organisations différentes, dont la Wildlife Conservation Society (WCS) et la Zoological Society of London (ZSL). On ne parle pas ici d'animaux méconnus, mais bien de mammifères emblématiques associés à l'image même du Sahara.

Pour le montrer, les populations de 14 espèces ou sous-espèces appartenant à la mégafaune ont été passées en revue (nombre d'individus, répartition, etc.). Le constat est accablant. Pour quatre d'entre elles, aucune information n'a été obtenue, car elles se sont éteintes, comme le bubale du nord (Alcephalus buselaphus buselaphus) et l'oryx algazelle (Oryx dammah), ou bien elles ne vivent plus dans le Sahara, comme le lycaon (Lycaon pictus) et le lion africain (Panthera leo).

L'oryx algazelle (Oryx dammah) est inscrit sur la liste rouge de l'UICN, dans la catégorie « éteint à l'état sauvage ». Seuls des individus subsistent dans différents zoos où ils sont reproduits en vue d'éventuelles réintroductions. © redsea2006, Flickr, cc by nc 2.0

Grands félins aux aires de distribution réduites

Quant aux autres espèces ou sous-espèces qui peuplent toujours ce milieu, elles ne sont pas toutes logées à la même enseigne. Ainsi, les antilopes à nez tacheté (Addax nasomaculatus) et les gazelles dama (Nanger dama) n'occupent plus que 1 % de leur aire de distribution historique dans le Sahara. Les léopards (Panthera pardus) et les guépards (Acinonyx jubatus hecki) s'en sortent un peu mieux, mais de peu. Ils occupent actuellement respectivement 3 % et 10 % de leur territoire d'origine. Si la tendance se poursuit, ils risquent tous de disparaître à terme.

La situation est moins critique pour le bouquetin de Nubie (Capra nubiana), qui occupe toujours son aire de distribution d'origine. Toutefois, l'espèce serait dans une position vulnérable, notamment à cause des pressions exercées par la surchasse. Cette même problématique serait d'ailleurs impliquée dans les maux subits par les autres mammifères cités, mais il ne s'agit que d'une hypothèse. Par manque d'intérêt ou à la suite des instabilités politiques qui règnent dans les régions concernées, des données scientifiques font cruellement défaut pour expliquer les déclins observés.

Selon la coordinatrice de l'étude, le Sahara serait un exemple de la grande négligence historique dont font l'objet les déserts et les peuples humains qui en dépendent. Par ailleurs, elle précise que la communauté scientifique pourrait y faire une importante contribution en récoltant des informations de base sur la biodiversité de ce milieu aride, ainsi qu'en y développant de nouvelles approches pour gérer durablement les espèces et les écosystèmes. Un message d'alerte vient d'être lancé. Qui y répondra ?