Antoine, ici avec deux varis (Varecia variegata), à Périnet. © Antoine

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Chronique : Madagascar, l'île qui devrait être un paradis

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Pour ceux qui, comme moi, cherchent partout à saisir des instants de beauté, de bonheur, Madagascar n'en manque pas avec sa géologie, sa flore, sa faune. Et ses habitants qui sauront vous la faire aimer, malgré les difficultés que traverse cette île-continent.

Je suis né à Madagascar, dans la ville de Tamatave, sur les bords de l'océan Indien, et j'y ai vécu les deux premières années de ma vie, les deux dernières années de la seconde guerre mondiale. Alors qu'en France l'occupation avait entraîné d'effroyables restrictions, à Madagascar, nous ne manquions de rien : l'île est si vaste, le climat si favorable et diversifié suivant les latitudes et les altitudes, que fruits et légumes des climats tempérés parvenaient à notre table aussi facilement que les produits des tropiques.

Plage de l'île aux Nattes, proche de Sainte-Marie, à Madagascar. © Antoine

En ce temps-là, Madagascar était un pays exportateur de riz. La colonisation, c'est sûr, n'avait pas que des avantages, mais comment le pays a-t-il pu tomber dans l'état de dénuement où il se trouve aujourd'hui ? Les ressources de Madagascar sont immenses : agriculture, mines, tourisme, etc. Comment expliquer que la prospérité l'ait à ce jour si constamment ignorée ? Des choix politiques erronés à l'heure de l'indépendance ? La corruption qui, pour certains, semble depuis toujours faire partie des mœurs locales ? Je serais bien incapable de le dire, moi qui ne cherche en chacun des lieux que je visite qu'à saisir des instants de beauté, de bonheur...

Plages superbes, arbres du voyageur, baobabs, lémuriens et tortues

Madagascar ne manque pas d'atouts à tous les étages, dans tous les rayons de ce grand magasin de beauté, de chaleur humaine qu'est cette île-continent.

Baobabs Adansonia, ou Renala, ce qui signifie « mère de la forêt » à Madagascar. Ils peuvent vivre très vieux et mesurer 40 mètres de haut. Ceux-ci ont été photographiés près de Morondava. © Antoine

La géologie, d'abord : dans peu de pays, j'ai vu des merveilles aussi spectaculaires que les formations karstiques des Tsingy, les massifs de l'Isalo ou du Makay. Des plages qui valent celles des plus grandes destinations balnéaires de la planète, et des roches aux formes si fascinantes, des prairies, des collines si paisibles. Mais quel désespoir dans les marques de l'érosion, les lavakas, irréversibles résultantes d'une mauvaise gestion des terres, exacerbée au fil des années.

Les « tsingy rouges », des formations karstiques, près de Diégo-Suarez (Antsiranana). © Antoine

La flore ? Le ravenala, l'arbre du voyageur, suffirait à mettre Madagascar sur la carte, avec le viha, la plante en forme d'oreilles d'éléphant, les plantes carnivores, les baobabs imposants (il en existe une dizaine d'espèces différentes à Madagascar, contre une seule dans toute l'Afrique).

Le ravenala, aussi appelé arbre du voyageur (Ravenala madagascariensis), une plante tropicale de la famille des strelitziacées et originaire de Madagascar. Espèce endémique, c'est la seule espèce du genre dans l'île. Photo prise au bord des voies d'eau de Lokaro, près de Fort–Dauphin. © Antoine

La faune ? Tortues, oiseaux endémiques, mais, surtout, surtout, les extraordinaires lémuriens, dont la plupart des espèces, là encore, n'existent qu'à Madagascar.

Antoine avec un sifaka à gauche et un lémur fauve sur l'épaule, à Périnet. © Antoine

Les hommes, enfin ? Volontaires, travailleurs, joyeux, pleins de ressources, pourquoi n'arrivent-ils pas à surmonter les plaies de notre époque, les néocolonialismes, la rapacité des dirigeants, le manque d'information, et cela malgré les centaines d'organisations, de la plus petite à la plus grande, qui tentent de venir en aide à Madagascar ?.

Le progrès et ses bouleversements, les terres érodées ou cédées

J'ai filmé à plusieurs reprises, la dernière fois en 2005, la merveilleuse plaine qui s'étend au nord-est de Fort-Dauphin, près de l'extrémité sud de Madagascar. Un dédale de canaux, d'étangs bordés d'une superbe végétation y réjouissait la vue ; depuis, une grande entreprise minière a commencé à aspirer des millions de tonnes de sable pour en tirer un matériau précieux, l'oxyde de titane. L'entreprise, anglo-canadienne (mais rachetée en partie par la Chine), promet de rétablir la végétation originelle... Cela sera-t-il vraiment possible ? Quant aux bouleversements physiques et humains qu'apporte soudain la prospérité (relative et mal partagée) née de cette exploitation, la région saura-t-elle les surmonter ? Et ce n'est que l'une des agressions dont souffre l'île. Il semble que le renversement, en 2009, du président élu ait été entre autres la conséquence de la location d'une effarante superficie de terres (la moitié des terres arables de Madagascar !) à la Corée du Sud, pour produire des aliments destinés exclusivement aux Coréens, sans que la moindre contrepartie financière parvienne au peuple malgache.

Jeune fille maquillée à Ramena, près de Diégo-Suarez. © Antoine

Pourtant, que Madagascar est belle, et quelle belle destination pour un voyage de loisir, de découverte : ici aussi, vos meilleurs hôtes pour un séjour réussi seront ces gens, des étrangers bien souvent, des Italiens, des Français, mais aussi des Malgaches qui, en dépit de l'instabilité du régime, de la corruption, de la bureaucratie, sont tombés amoureux du pays, et s'appliquent à faire découvrir des images de beauté, de bonheur. Et une île qui mériterait vraiment d'être un paradis.