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Un volcan encore actif en France sous le Lac Pavin

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Célèbre lac d'Auvergne, le lac Pavin occupe ce que l'on appelle le cratère de maar d'un volcan dont la dernière éruption remonte à 6.700 ans environ. Mais certains chercheurs affirment qu'il a peut-être été le siège d'une activité volcanique il y a seulement 700 à 800 ans, ce qui en ferait un volcan actif. Et sa ressemblance avec le lac Nyos, de sinistre mémoire pour avoir causé près de deux mille morts, a conduit à l'étudier de plus près.

Le Lac Pavin. © ADDT63/Y. Arthus-Bertrand

Selon la définition de la United States Geological Survey (USGS), un important organisme gouvernemental américain, un volcan est considéré comme actif s'il a subi une éruption durant les dix mille dernières années. A cette aune, le volcan responsable de la formation du lac Pavin est bel et bien un volcan actif.

Le Pavin tire son origine d'une éruption phréatomagmatique. Quelque part en profondeur, il y a environ 6.700 ans, du magma en train de remonter dans la région de la Chaîne des Monts Dore est entré en contact avec une nappe phréatique. La chaleur a vaporisé une importante quantité d'eau, provoquant une explosion très violente. Une récente éruption de ce type en Alaska (voir la figure 1) donne une idée de l'effrayant spectacle pour d'éventuels spectateurs de l'époque. L'eau a ensuite envahi le cratère ainsi formé, qu'on appelle un maar, pour former un lac.

Figure 1 (cliquez sur l'image pour l'agrandir). Une éruption phréatomagmatique, le 6 avril 1977, du volcan Ukinrek Maars. © R. Russell/Alaska Department of Fish and Game

Un lac sous surveillance

Il se trouve que le lac Pavin ressemble beaucoup au tristement célèbre lac  Nyos, au Cameroun. En août 1986, une brutale libération d'un énorme volume de gaz carbonique s'est produite dans les eaux de ce lac, provoquant la mort par asphyxie de plus de 1.700 personnes habitant le village voisin. Pour expliquer ce terrible phénomène, l'une des hypothèses proposées, majoritairement admise sans faire l'unanimité, est celle d'une accumulation progressive de gaz carbonique dissous dans les profondeurs du lac suite à un dégazage volcanique lent mais continuel (figure 2). Pour une certaine raison, ce gaz dissous aurait été libéré brutalement (figure 3). 

Figure 2 (cliquez sur l'image pour l'agrandir). Hypothèse de l'accumulation de gaz carbonique (CO2, en jaune), sous le lac Nyos. © ereiter.free.fr
Figure 3. © ereiter.free.fr

Mais selon certains chercheurs, à la suite des observations faites sur le terrain en août 86 par Haroun Tazieff et ses équipiers, dont François Le Guern, une autre hypothèse fut émise qui collerait mieux avec les faits.

L'événement du lac Nyos serait en fait une éruption phréatomagmatique d'un type particulier, ne faisant principalement que libérer une importante quantité de gaz carbonique.

Le Pavin pourrait-il être le siège d'un événement de ce genre ? C'était l'opinion de Tazieff et de la plupart de ses équipiers, au retour de Nyos.

Le risque est étudié depuis longtemps et tout indique qu'il n'y a pas lieu de s'affoler. En particulier, la teneur en gaz carbonique du fond du lac semble trop faible pour qu'on puisse imaginer une libération selon le mécanisme majoritairement adopté pour expliquer la catastrophe de Nyos.

Toutefois, selon de nouvelles recherches mentionnées sur le site de la Direction départementale de l’Equipement du Puy-de-Dôme (DDE) et conduites par deux experts indépendants (Pierre Lavina, géologue-volcanologue, et Thierry del Rosso, ingénieur hydrogéologue-géotechnicien), il se pourrait que la dernière activité du Pavin soit beaucoup plus récente que l'on ne le pensait. Voici trois de leurs conclusions que l'on trouve sur le site de la DDE :

  • Alors que le système éruptif Montchal-Pavin est daté communément de 6.700 ans, il existerait des indices d'activités plus récentes : une deuxième phase volcanique il y a 3.500 ans, de petites éruptions et des activités phréatiques (geysers et solfatares) il y a 1.000 à 2.000 ans et, aujourd'hui encore, des émanations gazeuses diffuses ;
  • Le lac aurait débordé à plusieurs reprises au cours de son histoire géologique. Le plus récent événement aurait déposé il y a près de mille ans des coulées de boues dans la vallée de la Couze au-delà de Besse ;
  • Des glissements importants de terrain se seraient produits dans le lac au cours du dernier millénaire.

Thierry del Rosso était présent, ainsi que François Le Guern, lors des deux journées Tazieff tenues les 23 et 24 août au Puy-en-Velay et aux Estables. La question d'une possible nouvelle éruption phréatomagmatique au Pavin dans un  avenir proche y a été exposée mais il ne s'agit encore que d'un débat entre chercheurs et un colloque scientifique sur ces problèmes sera organisé à Besse en mai 2009.