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Tsunami 18 mois après : l'eau potable manque au Sri Lanka

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Le terrible tsunami qui a dévasté une partie des régions côtières de l'océan indien en décembre 2004 semble loin derrière nous. Pourtant, les populations continuent d'en souffrir. Ainsi la fourniture d'eau potable sur les côtes du Sri Lanka est toujours fortement perturbée par les effets du raz de marée.

Le 26 décembre 2004, un tremblement de terre de magnitude extrême engendrait le tsunami qui provoqua ses dégâts les plus importants sur l'île de Sri Lanka. En haut : les dévastations dans la région de Kalutara (photo prise par le satellite DigitaGlobe's Q

Alors que dans la plupart des pays côtiers touchés par le tsunami, l'approvisionnement traditionnel en eau potable s'effectue grâce à des puits généralement creusés à la main et relativement peu profonds, leur destruction, la pollution et la contamination par le sel menacent toujours la qualité de l'eau.

Selon les scientifiques, la pérennité des couches aquifères n'est pas assurée au Sri Lanka, le pays qui a été le plus touché. Ces formations géologiques souterraines sont composées de roches poreuses ou fissurées, dans laquelle l'eau s'infiltre et s'accumule (à ne pas confondre avec les nappes phréatiques). Les causes de ce danger : la contamination permanente par l'eau salée ; l'érosion des plages ; l'exploitation du sable à des fins de construction ; le pompage continu et croissant... Une équipe de quatorze scientifiques et ingénieurs sri lankais, danois et américains a publié la semaine dernière, dans la revue Water Resources Research  (1) , les résultats d'une étude sur le terrain menée entre février et septembre 2005.

De l'eau de mer infiltrée jusqu'aux aquifères

Plusieurs conclusions majeures ressortent. D'une part, le raz de marée a disséminé de l'eau de mer, ainsi que d'autres déchets contaminants, directement dans les puits. Et dans certaines zones, où pas moins de quatre vagues successives ont déferlé et pénétré jusqu'à une distance de 1,5 km à l'intérieur des terres, d'immenses quantités d'eau de mer ont pu s'infiltrer dans les couches poreuses jusqu'aux aquifères.

Par ailleurs, à côté de l'action de la nature, c'est la main de l'homme qui est en cause. Les efforts réalisés pour réparer les puits en pompant l'eau de mer ont parfois abouti à l'effet contraire à celui recherché ! De l'eau de mer stagnant dans les couches plus profondes a ainsi pu remonter, et dans certains cas les parois des puits, qui n'étaient pas consolidées, se sont effondrées. Pour finir, l'eau, quand elle a pu être pompée avec succès, a dû être rejetée sur le sol ce qui a entraîné une pollution supplémentaire dans d'autres endroits...

L'hydrologie : une discipline essentielle dans les plans d'urgence

« Les conséquences sanitaires de cette situation n'ont pas été réellement prises en compte » constate le professeur Tissa Illangaslcare, du Center for Experimental Study for Subsurface Environnement Processes, dans le Colorado, un des chercheurs de l'équipe internationale cité par l'AGU dans sa communication (2) . L'AGU, American Geophysical Union, est un groupement de scientifiques oeuvrant pour la recherche sur la Terre.

Sur le plan scientifique, justement, les aquifères de la zone côtière de l'île, composés pour la plupart de couches sablonneuses (et plus rarement de calcaire) se remplissent épisodiquement par le fruit des pluies de mousson entre octobre et février. Or « la recharge se fait lentement cette année », et bien que la mousson de décembre ait été abondante, « elle n'a pas été suffisante pour reconstituer les nappes aquifères ». Les scientifiques pensent que plusieurs saisons seront nécessaires. Un groupe de recherche a lancé une étude sur ce point.

Mais les choses progressent tout de même. L'équipe note en effet que « le niveau de salinité baisse lentement dans les puits qui sont pompés ». Des dispositifs d'achement d'eau par des conduits vers les villages côtiers sont en cours de construction pour palier les déficiences des puits individuels.

Cette étude met aussi et surtout en lumière la nécessité, selon les scientifiques, de prendre en compte l'hydrologie comme une discipline essentielle dans les plans d'urgence et de reconstruction consécutifs aux catastrophes naturelles comme les tsunamis, mais aussi les cyclones, ouragans et autres tremblements de terre.

(1) : "Impacts of the 2004 tsunami on groundwater resources in Sri Lanka", Water Resour. Res., 42.
(2) : http://www.agu.org/homepage.html