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L'observateur sous-marin qui ne remontera jamais

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Au large de la baie de Monterey, en Californie, un véritable laboratoire se met en place à 900 mètres sous la surface. Dès la fin de 2007, les scientifiques pourront mener leurs études depuis leur bureau, via Internet.

Plutôt que d'envoyer épisodiquement des robots ou des soucoupes plongeantes, pourquoi ne pas immerger un laboratoire entier qui pourrait observer en permanence un petit coin d'océan ? A l'aide d'un câble pour transmettre la puissance électrique dans un sens et les informations dans l'autre, les instruments pourraient être utilisés 24 heures sur 24, pour suivre l'évolution de la température ou les bavardages des baleines. L'idée n'est pas nouvelle et les initiatives se multiplient dans le monde.

C'est dans la baie de Monterey, au sud de San Francisco, que le premier de ces projets aboutira à un véritable observatoire, à la fin de l'année 2007. Voilà plusieurs années que la station océanographique MBARI (Monterey Bay Aquarium Research Institute) prépare ce programme, baptisé Mars (Monterey Accelerated Research System). Le premier avril, une étape importante a été franchie : les 52 kilomètres de câbles ont été posés entre la station installée sur la côte et l'emplacement du futur observatoire, à 891 mètres sous la surface. Ce fil de cuivre pourra transmettre une puissance de 10 kilowatts. Une sorte de soc l'a enfoui à un mètre sous le fond de la mer pour lui éviter d'être victime d'un de ces accidents que connaissent parfois les câbles sous-marins : arrachage par un chalut, attaques de requins, piégeage d'un cétacé dans une boucle ou déplacement suite à une avalanche sous-marine.

Les instruments seront posés sur le sol et raccordés à la station centrale (de couleur orange). C'est elle qui est reliée à la côte par un câble de cuivre enterré de 52 kilomètres de long. Crédit : Monterey Bay Aquarium Research Institute

Mars sera modulaire. Les instruments, qui pourront être de natures diverses, seront installés sur le fond et tous raccordés par un câble à un centre névralgique qui, lui, sera relié par le câble à la surface. Des robots filoguidés se chargeront de poser chaque instrument et de le brancher à cette station centrale. Celle-ci sera protégée par une enceinte pyramidale de 4,6 mètres de côté et de 1,2 mètre de hauteur.

L'inconnu est dans la marge

A près de 900 mètres, l'emplacement choisi se situe sur la marge continentale. Cette pente brutale borde le plateau continental (sorte d'extension à pente faible des continents jusqu'à quelques dizaines à quelques centaines de kilomètres de la côte) et descend jusqu'aux 4 000 mètres des plaines abyssales. C'est en effet dans cette zone que les océanographes ont le plus envie d'installer des instruments. Alors que l'on connaît bien le plateau continental, ce talus faisant la jonction avec les grands fonds reste encore largement inexploré.

La station service de l'observatoire, 4,6 mètres de côté et 1,2 mètre de hauteur, est entièrement emplie d'électronique pour prodiguer la puissance électrique aux instruments scientifiques, centraliser les informations recueillies et les transmettre vers la surface. Crédit : Monterey Bay Aquarium Research Institute

C'est aussi sur la marge continentale que sera implanté en 2008 l'immense réseau sous-marin de l'observatoire Neptune, au Canada, réparti sur 200 000 km2. En Europe, le réseau EsoNet (European Seafloor Observatories Network), un projet qui date de plusieurs années, réunira une multitude d'instruments répartis depuis l'océan Arctique jusqu'à la Mer Noire, également au niveau sur la marge. Cet ensemble étalé sur 15 000 kilomètres devra surveiller une surface de trois millions de kilomètres carrés. Tous les organismes qui participent à cet ambitieux projet - et il y en a beaucoup - se sont retrouvés ensemble pour la première fois du 21 au 23 mars derniers à Brest pour définir le programme d'actions des années à venir.

Même si l'exploration par engins mobiles sera toujours indispensable, cette surveillance permanente donnera beaucoup de renseignements sur les paramètres physiques (températures, courants...) et sur l'occupation par les organismes vivants (densité de population, biodiversité...). A quand une webcam en accès libre sur un site Internet pour que chacun puisse admirer les fonds océaniques ?