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Les forêts ne devraient pas servir à fabriquer du papier de toilette

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Les principaux fabricants de papiers hygiéniques, mouchoirs, essuie-tout et serviettes de table n'offrent pas assez de produits recyclés aux consommateurs européens et devraient être davantage responsables dans leur approvisionnement en bois, selon une nouvelle étude du WWF. L'organisation de protection de la nature et de l'environnement estime que cela contribue à dilapider les ressources forestières, à un moment où les forêts du globe sont particulièrement menacées.

© Kurt Prinz

L'étude a analysé les pratiques des cinq plus grands fabricants de papiers jetables en Europe - Procter et Gamble, SCA, Kimberly Clark, Metsa Tissue, et Georgia Pacific. Ensemble, ces firmes couvrent environ 70 pourcent du marché européen. Les résultats montrent que la grande majorité des produits qu'elles vendent aux ménages du Vieux Contient ne contiennent que des quantités négligeables de fibres recyclées. Cela signifie que des fibres vierges, de première qualité, sont extraites directement de forêts naturelles et de plantations du monde entier (Amérique latine, Canada, États-Unis, Afrique du Sud, Russie, Asie et Europe) pour finir dans la poubelle ou les toilettes sans que le consommateur ne soit conscient de ce gaspillage, explique le WWF.

L'industrie du papier ménager en Europe vaut 8,5 milliards d'euros et représente 26 pourcent de la consommation mondiale de ces articles de la vie quotidienne. Chaque européen en utilise en moyenne 13 kilos par année, l'équivalent de quelque 22 milliards de rouleaux de papier de toilette.

"Chaque jour, ce sont près de 270'000 arbres qui passent à l'égout ou dans le vide-ordures. Un tel bradage des forêts est à la fois absurde et inutile," affirme Duncan Pollard, directeur du programme forestier européen du WWF. "Les fabricants doivent absolument recourir aux fibres recyclées pour produire du papier jetable, ce qui permettra de réduire le nombre d'arbres coupés à ces fins."

Le papier de toilette et les serviettes mis à disposition dans les bureaux, les écoles et les hôtels sont généralement fabriqués à partir de fibres recyclées. Selon le WWF, il n'y a donc aucune raison de faire une différence pour les mêmes articles vendus dans les supermarchés. Mais les fabricants prétendent que les détaillants demandent surtout des produits non recyclés car cela correspond au choix des consommateurs, ajoute l'organisation de protection de la nature et l'environnement.

© Kurt Prinz

"Les consommateurs ignorent que, en allant aux toilettes, ils accentuent sans le vouloir la menace qui pèse sur les forêts," ajoute Duncan Pollard. "C'est un mythe que de croire que les produits recyclés ne sont pas de bonne qualité. Après tout, les gens les utilisent régulièrement en dehors de leur maison."

Selon le WWF, les compagnies doivent aussi mieux informer les consommateurs sur la part exacte des fibres recyclées contenues dans leur papier ménager. Les acheteurs ne doivent en effet pas être induits en erreur par des labels du recyclage apposés sur les emballages et qui ne concernent en fait que ces derniers et non le produit lui-même.

WWF conseille aux consommateurs de préférer les quelques marques des cinq grands fabricants qui offrent des papiers hygiéniques ou des mouchoirs à base de fibres recyclées, ou d'opter pour d'autres marques moins connues mais qui ont fait du recyclage leur spécialité. Les acheteurs devraient aussi exiger des magasins et supermarchés qu'ils privilégient le papier ménager recyclé dans leur assortiment.

L'étude du WWF rappelle par ailleurs que la mauvaise gestion des forêts, l'abattage illégal d'arbres, et les conflits fonciers sont des problèmes courants dans plusieurs des pays d'où proviennent les fibres vierges importées par les cinq compagnies analysées. Ces dernières ont certes fait part de leur intention de mieux surveiller le parcours du bois entre la forêt et le produit fini, mais le rapport souligne que, jusqu'ici, seul SCA Tissue a pris des mesures effectives pour exclure tout bois illégal - ou controversé - de sa chaîne de production.

© Kurt Prinz

Le WWF a été en contact avec les cinq firmes durant plus d'une année afin d'obtenir des informations jusqu'ici inédites. Les pratiques des compagnies ont été comparées et notées sur la base d'un certain nombre de critères: approvisionnement en bois, taux de recyclage, information au public, transparence par rapport aux performances environnementales (consommation d'eau et d'énergie, émissions toxiques, déchets, etc.). Bien que le WWF ait constaté des progrès au cours des derniers mois, le résultat final de l'analyse montre qu'il reste encore beaucoup de travail à faire pour assurer une utilisation moins gaspilleuse des ressources forestières : SCA Tissue obtient 46 pourcent du total des points disponibles, Metsa Tissue 35 pourcent, Georgia Pacific 32 pourcent, Procter et Gamble 26 pourcent, et Kimberly Clark 24 pourcent.