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Deux ans après la marée noire du Prestige

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Par Caroline Lepage, Futura

Plus personne n'en parle : aussi vite qu'elle est venue polluer le littoral espagnol, puis français, la marée noire du Prestige a quitté nos mémoires. Mais l'écosystème marin a-t-il pu, lui, se remettre des blessures profondes qu'elle lui avait infligées ?

© IfremerDans les profondeurs, la coque du Prestige laissait encore échapper du fuel à l'époque...


De pauvres animaux à l'agonie qui viennent s'enliser dans les nappes de pétrole dont la course folle se termine sur les côtes : voilà les tristes images que l'on diffuse lors d'une marée noire. Elles ne représentent pourtant que la partie visible de l'iceberg, car lors d'un tel évènement, les fonds marins sont affectés à tous les niveaux et à des degrés divers...

Une intoxication générale

Comme l'explique Monique Guillou, ingénieur de recherche spécialisée en pollution marine pour le réseau Ritmer : « les conséquences écologiques et écotoxicologiques d'une marée noire ne sont plus à démontrer. Mais l'impact de la catastrophe varie bien entendu avec le tonnage de pétrole déversé, sa nature, la situation bathymétrique et géographique des rejets, la nature de la faune présente etc. ». Il est sûr qu'aucun organisme vivant n'échappe à l'intoxication du fuel. Et, certains s'en sortent mieux que d'autres !

« Aucun scénario n'est identique. Les taux de mortalité animale ou végétale, de même que les temps de restauration varient » commente la scientifique. En réalité, tout est lié à la quantité présente et la toxicité des hydrocarbures qui « s'accumulent dans certains tissus : les tissus, renfermant des lipides notamment, stockent ces hydrocarbures pour la plupart hydrophobes. Mais les taux d'accumulation varient également en fonction des espèces, de leur cycle, de leur capacité de biotransformation et d'excrétion des métabolites » insiste Monique Guillou.

L'optimisme au rendez-vous !

Toutefois, l'océan est plein de ressources. Malgré les impacts - parfois considérables - qu'il a à gérer, l'expérience nous montre qu'il reprend toujours le dessus. Gilles Bocquène, chercheur à l'Ifremer, a travaillé sur la marée noire de l'Erika : « Trois ans après la catastrophe, il apparaît que les effets du pétrole de l'Erika sur l'écosystème marin sont relativement négligeables. Seuls les oiseaux marins ont payé un lourd tribut (entre 200 et 300 000 oiseaux morts). Ces données apparaissent sans doute paradoxales puisque le monde médiatique ne parlait que de catastrophe et désastre écologiques ».

Cependant, pour parvenir à un tel résultat, l'efficacité du nettoyage des côtes est primordiale... « Il faut souligner que si l'impact a été aussi faible, c'est que des milliers de bénévoles anonymes ont ramassé quotidiennement des centaines de tonnes de pétrole et que de ce fait l'exposition des espèces au contaminant a été extrêmement brève » rappelle le biologiste. Aujourd'hui, il faut rester confiant.

Dans le cas du Prestige, de nombreuses espèces destinées à la pêche ont souffert de cette pollution. Pourtant, il y a fort à parier que les résultats des études en cours seront encourageants. Cet accident semble faire partie du passé, mais ce n'est pas une raison pour oublier les dangers des transports d'hydrocarbures et produits chimiques par cargos. Sécurité et législation sont au cœur du problème. Et là aussi, c'est un sujet dont on parle peu aujourd'hui...

Pour en savoir plus sur toutes les conséquences écologiques d'une marée noire pour les côtes, les animaux marins, les algues et la santé des bénévoles qui dépolluent le littoral, découvrez vite notre dossier ci-dessous !

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