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Changement climatique : quand des lézards mâles deviennent des femelles

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Pour la première fois, il est démontré que le changement climatique modifie le sexe des agames barbus à l'état sauvage : les reptiles mâles deviennent des femelles capables d'avoir une descendance viable.

Certains vertébrés, tels ce mâle (en haut) et cette femelle (en bas) d’agames barbus, montrent des stratégies contrastées de détermination du sexe pouvant être de nature génétique ou environnementale. © Jackyweyen, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

La hausse de la température induite par le changement climatique a pour conséquence de modifier le sexe d'une espèce de lézard d'Autralie, l'agame barbu (Pogona vitticeps), révèle une étude parue dans Nature.

« Nous avions déjà pu démontrer en laboratoire que, lorsqu'ils sont exposés à des températures extrêmes, les agames barbus génétiquement mâles se transforment en femelles », rapporte Clare Holleley, postdoctorante à l'université de Canberra, en Australie, et auteure principale de l'article.

À présent, l'équipe scientifique démontre sur la base de 131 individus d'agames barbus capturés dans la nature que des mâles comportent des chromosomes masculins, mais sont d'un point de vue anatomique devenus des femelles : le sexe ne serait chez eux plus déterminé par leur génétique, mais par un facteur environnemental, à savoir la température.

Un petit agame barbu de trois semaines. Les couvées de 10 à 30 œufs enterrés dans le sable des savanes arides de l’Australie éclosent après 60 à 80 jours, selon la température d’incubation. © HTO, Wikimedia Commons, domaine public

Une tendance reproductible chez d’autres espèces

« En croisant des femelles au sexe inversé avec des mâles, nous avons obtenu de nouvelles lignées fertiles dans lesquelles seule la température détermine le sexe », poursuit Clare Holleley. La preuve, selon elle, que cette espèce est capable d'une transition rapide d'un système de détermination génétique du sexe à un système dépendant d'un facteur qui lui est externe. En outre, les « fausses femelles » pondent plus d'œufs que les vraies. « D'une certaine façon, on peut dire que les papas lézards font de meilleures mamans », résume la chercheuse.

Pour les scientifiques, cette découverte sur les mécanismes déterminant le sexe est importante pour la compréhension de l'évolution et de la persistance de toutes les espèces à reproduction sexuée. Elle contribue aux savoirs qui permettent de prédire les réponses évolutives au changement climatique et l'impact de ce phénomène sur la biodiversité à l'échelle mondiale.