Les émissions de poussières sahariennes ont différents effets, sur la santé humaine mais aussi sur le climat. Ils sont eux-mêmes influencés par de grands phénomènes météorologiques à l'échelle de la planète, comme El Niño. © Perfect Lazybones, Shutterstock

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En faiblissant, les vents du Sahara risquent d'échauffer l'Atlantique

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Les émissions de poussières par le Sahara – la plus grosse production mondiale – vont se réduire dans les années à venir : c'est ce que prédit une équipe franco-américaine. La conséquence sera positive pour la santé des populations régulièrement envahies par ces aérosols. En revanche, expliquent les chercheurs, l'eau de l'Atlantique s'en trouvera chauffée davantage, ce qui devrait augmenter le nombre de cyclones tropicaux.

Le désert du Sahara émet plus de poussières que tout autre désert au monde, des poussières qui peuvent voyager jusqu'aux pôles ! Plus de la moitié de la poussière déposée dans les océans provient d'ailleurs des terres d'Afrique du Nord. Ces poussières sahariennes ont une influence sur le climat : elles contiennent des nutriments qui fertilisent les sols et les eaux, elles absorbent ou réfléchissent la lumière du soleil, affectent la formation des nuages et des cyclones...

Ces poussières sont en réalité des aérosols d'une taille comprise entre 0,1 et 20 microns, mis en suspension par le vent jusqu'à ce que leur poids ou la pluie les déposent. De nombreux phénomènes météorologiques influencent leur émission et leur dispersion : El Niño, l'oscillation nord-atlantique de pression, les précipitations au Sahel, la dépression thermique saharienne, la zone de convergence intertropicale...

Ces phénomènes jouent en particulier sur la force de l'harmattan. Ce vent saharien est renforcé lors de la traversée des massifs montagneux d'Afrique du nord-ouest. Puis, si sa vitesse est suffisamment élevée et s'il passe au-dessus des zones sources de poussières, il va pouvoir les soulever et les disperser.

Alors comment évoluent ces émissions de poussières au fil du temps ? Pour le savoir, des chercheurs ont conduit une analyse statistique des données reconstruites au cours du 20e siècle sur les vents soufflant à dix mètres au-dessus de la surface, le standard météorologique. Couplées à l'étude de dépôts de poussières dans les massifs coralliens du Cap-Vert, les données de vent ont permis d'estimer les fluctuations des émissions de poussières depuis les années 1850.

Les vents soulèvent des particules dans le désert. Ici, une image prise au nord du Tchad. © Nasa Johnson, flickr, CC by-nc 2.0

Moins de poussières, donc davantage de cyclones

Les résultats obtenus reproduisent divers évènements déjà connus, et ont ainsi mis en évidence que l'oscillation nord-atlantique de pression était responsable de fortes émissions de poussières dans les années 1910 à 1940, tout comme la sécheresse sahélienne des années 1980. De plus, les chercheurs ont montré qu'à l'échelle du continent nord-africain, les zones préférentielles d'accélération de l'harmattan se situaient au-dessus des zones sources de poussières. Selon eux, les grands phénomènes météorologiques précédemment cités (El Niño, etc.) peuvent moduler l'intensité de l'harmattan et ainsi les émissions de poussières du Sahara sur des échelles de temps allant de quelques jours à plusieurs années.

Puisque la méthode a fait ses preuves sur les évènements du passé, elle a ensuite été appliquée aux projections climatiques futures pour établir la tendance jusqu'à la fin du 21e siècle. La méthode prédit une baisse de la production de poussières. Cela aurait des effets bénéfiques pour la santé des populations, mais pourrait également réchauffer l'océan Atlantique tropical nord, le rendant plus propice à la formation et au développement des cyclones tropicaux.

Ces travaux ont été effectués par une équipe franco-américaine de chercheurs du Latmos (CNRS/UVSQ/UPMC), du CNRM (CNRS/Météo-France) et du SIO (Scripps institute of oceanography, Université de Californie à San Diego). Ils paraissent dans la revue Nature.

COP21 : la circulation des aérosols dans le monde  À partir des données satellites, le centre de modélisation de la Nasa propose une simulation de propagation des aérosols durant 9 mois d’août 2006 à avril 2007. 

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