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L’extrême en vidéo : un nuage de pollution meurtrier en Chine

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Par Delphine Bossy, Futura

Une couche de smog recouvre actuellement la ville d'Harbin dans le nord de la Chine. Le nuage est si dense et si pollué que la métropole s'est transformée en ville morte. Il n'y a plus de transports en commun, plus d'avions dans les airs, tout est en pause. Aujourd'hui, L'extrême en vidéo revient sur cet événement majeur de pollution, et décrypte le phénomène.

Un smog épais a littéralement paralysé la ville d’Harbin située dans le nord de la Chine. Si actuellement la qualité de l’air s’améliore, on ne peut pas en dire autant pour les villes voisines. À Changchun, l’indice de qualité de l’air a atteint la valeur maximale, indiquant qu’il est dangereux de respirer l’air extérieur. © Capture d'écran, TVonline, YouTube

Ce jour-là, il n'y avait pas d'éclipse. À midi pourtant, les citadins voyaient à peine le bout de leurs pieds. Depuis le 20 octobre 2013, la ville d'Harbin dans le nord de la Chine est embrumée, un gigantesque nuage de pollution la recouvre. D'après l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'air que l'on y respire est toxique. En Chine donc, l'hiver n'a pas encore débuté mais la saison des smogs si. En voici la preuve en vidéo.

À Harbin, la concentration de particules au diamètre inférieur à dix micromètres (les PM10) était à son maximum de 869 µg/m3 d’air. L'OMS déconseille de respirer l'air extérieur dès que la concentration atteint 50 µg/m3. Le nuage de pollution était si épais que des accidents routiers ont eu lieu. © TheWorldNews247, YouTube

La vidéo décryptée : un smog qui défie l’Organisation mondiale de la santé

L'événement de pollution atmosphérique extrême s'est formé le dimanche 20 octobre 2013 à Harbin, une métropole de plus de dix millions d'habitants, située dans le nord de la Chine, non loin de la Sibérie. La ville dépasse actuellement de 30 fois le seuil de pollution fixé par l'OMS. D'après les centres météorologiques locaux, par endroits la visibilité est si mauvaise que l'on ne voit pas au-delà de 20 mètres. Le smog est tellement épais que les autoroutes et les écoles ont été fermées. Même le réseau de transports en commun est à l'arrêt.

Le 22 octobre 2013, l'indice de qualité de l'air (Air Quality Index, AQI) de la ville était de 233, c'est-à-dire que l'air respiré est « très mauvais pour la santé ». L'AQI est calculé en fonction de cinq polluants majeurs : l'ozone au niveau du sol, les particules en suspension (PM2,5 et PM10), le monoxyde de carbone, le dioxyde de soufre ainsi que le dioxyde d'azote. L'indice varie de 0 à 500 et la qualité de l'air est très mauvaise dès 200. Elle devient dangereuse à partir de 300. Un jour plus tôt à Harbin, l'AQI a littéralement explosé les compteurs, dépassant allègrement la valeur maximale de 500. Les concentrations de PM2,5 et PM10 ont respectivement atteint 760 µg/m3 et 869 µg/m3. À titre indicatif, l'OMS recommande de ne pas respirer un air chargé de plus de 50 µg/m3 de PM10 et de plus de 25 µg/m3 de particules fines PM2,5 par jour.

L'indice de qualité de l'air (AQI) varie de 0 à 500. Pour des valeurs comprises entre 0 et 50, l’air est de bonne qualité (ligne verte). Entre 51 et 100, l’air est de qualité modérée (ligne jaune), entre 101 et 150, l’air de mauvaise qualité pour les personnes sensibles (ligne orange), entre 151 et 200 (ligne rouge), l’air est mauvais, entre 201 et 300 il est très mauvais (ligne violette) et au-delà de 301 il est dangereux (ligne pourpre). © AirNow

Le smog tire son nom de l'association du mot anglais smoke (fumée) et fog (brouillard). D'un point de vue météorologique, c'est un nuage stratus bas. Il résulte de la condensation de la vapeur d'eau sur les particules en suspension, émises par la pollution de l'air. Dans le nord de la Chine, les smogs se forment particulièrement en hiver parce que les émissions liées à la combustion du charbon augmentent. À Harbin, les conditions hivernales sont déjà bien installées, et c'est précisément lorsque le chauffage central public a été mis en route que le smog s'est formé.

L’après-vidéo : une pollution meurtrière

Pour l'heure, la qualité de l'air s'améliore à Harbin, mais elle devient de plus en plus déplorable dans les villes voisines. À Shenyang par exemple, l'AQI continue d'augmenter. Il a déjà dépassé la barre des 300, indiquant que l'air respiré est considéré comme dangereux. La ville est en alerte rouge, les autorités recommandent aux citoyens de sortir le moins possible. Mais à l'échelle du pays, ce smog n'en est qu'un de plus. En janvier 2013, Pékin baignait dans un nuage de pollution où par endroits, la concentration de particules fines PM2,5 atteignait 900 µg/m3.

Une étude publiée plus tôt dans l'année dans les Pnas mettait en évidence que les Chinois vivant dans le nord du pays perdent en moyenne cinq ans d’espérance de vie à cause de l'augmentation de la pollution de l'air. Par ailleurs, dans un rapport rendu public le 17 octobre 2013, l'OMS certifie le lien entre la pollution de l’air aux particules fines et le développement de cancers du poumon ou de la vessie. De plus en plus d'études prouvent que la pollution de l'air est meurtrière, pourtant près de 70 % de l'énergie totale en Chine est fournie par les centrales à charbon. Le pays continue d'ailleurs d'en ouvrir en moyenne une par semaine.

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