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Pour la première fois, du plancton marin trouvé dans de l’ambre fossile

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La découverte de microorganismes marins inclus dans de l'ambre fossilisée en Charente-Maritime (France) repousse de plusieurs dizaines de millions d'années la date d'apparition de certains types d'algues.

Diatomée présente dans l’ambre. Crédit : Laboratoire Géosciences Rennes

L'ambre ne fait pas rêver que les poètes par sa beauté. Les scientifiques la courtisent volontiers car elle possède un don naturel : emprisonner, des millions d'années durant, de petits animaux tout en leur conservant leur aspect primitif.

Le processus est on ne peut plus simple. La résine de certains conifères contient de l'isoprène, un monomère incolore, volatil et odorant qui se polymérise habituellement en caoutchouc naturel. Sous certaines conditions de chaleur, de pression et au terme d'un long délai (couramment un million d'années), il se solidifie sous forme d'ambre, aidé par d'autres processus faisant intervenir fermentation, oxydation, etc.

Dans le cas des sécrétions aériennes, la résine a pu emprisonner de petits animaux comme des insectes, ainsi que des fragments végétaux (pollens...). L'ambre peut aussi provenir des racines, et dans ce cas elle est généralement vierge. Les organismes ainsi emprisonnés ne sont pas véritablement des fossiles, mais ont plutôt été en quelque sorte momifiés puis protégés de tout agent contaminant, les préservant ainsi dans une gangue presque transparente.

Une grande variété d'organismes en conserve

Diptères et coléoptères se retrouvent dans 79% des inclusions, tandis qu'araignées, scorpions, myriapodes etc., se partagent le reste avec une toute petite place pour les vertébrés - ou plutôt le vertébré, en l'occurrence un lézard entier actuellement exposé au musée de Palanga -, et divers fragments de poils ou plumes. Les plantes ne représentent que 0,4% des inclusions, peut-être parce que leur cycle biologique de croissance ne correspondait pas à celui de l'écoulement de l'ambre, plus tardif dans la saison.

Au vu de ce qui précède, on comprendra que les microorganismes marins doivent être exclus de ce type de mise en conserve... Pourtant, une équipe de scientifiques du laboratoire Géosciences Rennes (CNRS/Université de Rennes 1) vient de découvrir toute une variété d'éléments de plancton marin dans de l'ambre fossilisée récoltée en Charente-Maritime et datant du milieu du Crétacé, soit -100 à -98 millions d'années.

Foraminifère présent dans l’ambre. Crédit : Laboratoire Géosciences Rennes

Bien que ces échantillons ne concernent que quelques rares fragments d'ambre parmi les milliers découverts, ils contiennent  une variété étonnante de spécimens : des algues unicellulaires, dont essentiellement des diatomées, du zooplancton parmi lequel on retrouve des radiolaires et un foraminifère, des épines squelettiques d'éponges et d'échinodermes.

L'étude de ces organismes, menée en collaboration avec des chercheurs du laboratoire Paléobiodiversité et Paléoenvironnement de Paris (CNRS/Muséum national d'histoire naturelle/Université Pierre et Marie Curie) et du Centre de Géochimie de la Surface de Strasbourg (CNRS/Université de Strasbourg 1), ainsi que des chercheurs du Muséum d'Histoire naturelle, a permis de reculer de 10 à 30 millions d'années la date de la première apparition recensée de plusieurs formes marines de diatomées. Ce rapport est actuellement publié dans les PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences) du 11 novembre 2008.

Mais par quelle situation paradoxale des microorganismes marins peuvent-ils se retrouver piégés dans de la résine produite par les arbres ? De telles inclusions d'organismes aquatiques dans l'ambre avaient déjà été rapportées mais il s'agissait d'animaux d'eau douce, vivant probablement dans une mare au milieu d'une forêt. En l'état actuel de leurs constatations, les chercheurs supposent que la forêt ayant produit cette matière se trouvait sur le littoral, fouettée par des embruns qui auraient déposé ces organismes sur les écorces d'arbres ou au sol, certains se trouvant ensuite englués dans les gouttes de résine. Mais cette découverte improbable est surtout providentielle, car il s'agit d'un atout inestimable pour approfondir nos connaissances sur certaines espèces disparues, ainsi que pour dresser un portrait précis de l'environnement côtier de l'ouest de la France au Crétacé.