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Sur un papillon fossile, des couleurs vieilles de 47 millions d'années

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Des chercheurs ont retrouvé les couleurs originelles d'un papillon datant de 47 millions d'années et dont le fossile a été découvert en Allemagne. Une reconstitution qui donne des indications sur le mode de vie du lépidoptère et sur l'évolution des traits en relation avec la communication.

Un papillon fossilisé vieux de 47 millions d'années a retrouvé ses couleurs. © McNamara et al., 2011 - PLoS Biology

Un peu à l'image d'un vieux film auquel on tenterait de donner un coup de jeune en y ajoutant de la couleur, des scientifiques ont rendu ses teintes vives à un papillon datant de 47 millions d'années (Éocène), dont le fossile a été retrouvé en Allemagne. Ce n'est pas un jeu : les couleurs d'un être vivant, que ce soit un animal ou une plante, en disent long sur son écologie, sa place au sein d'un écosystème ou encore sur la relation qu'il entretient avec les autres individus présents dans son environnement.

Les couleurs d'une plante peuvent appâter des insectes pollinisateurs, et certains insectes arborent des teintes vives pour prévenir d'un danger ou d’une toxicité, c'est ce qu'on appelle l'aposématisme (utilisé aussi chez certaines grenouilles). D'autres animaux, et en particulier les papillons, empruntent la même apparence que des congénères toxiques, réalisant ainsi un mimétisme mullérien. On peut également citer les phasmes, qui ressemblent à des brindilles ou à des feuilles et qui peuvent ainsi se camoufler dans les végétaux. Les exemples sont nombreux.

Un des fossiles de papillons retrouvés en Allemagne et datant de 47 millions d'années. © MaNamara et al. 2011 - Plos Biology

La couleur : indice de mode de vie

C'est donc dans le but de mieux connaître l'écologie d'un lépidoptère fossilisé que des scientifiques, emmenés par Maria McNamara (université Yale) ont décidé de lui rendre ses couleurs. Pour cela, ils ont utilisé différentes techniques permettant d'analyser les microstructures de l’aile du papillon. En effet, les teintes des ailes de lépidoptères sont souvent des couleurs structurales et non pigmentaires. C'est-à-dire qu'elles ne sont pas le fruit de pigments, mais d'un phénomène optique - une interaction physique entre lumière et matière. Ici, il s'agit des microstructures de l'aile, en l'occurrence les écailles striées qui la composent et qui ne renvoient qu'une seule longueur d'onde.

Ainsi, grâce à la microscopie électronique et à des modèles mathématiques fondés sur les dimensions de l'aile, les scientifiques ont pu déduire les teintes originelles. Le résultat est assez spectaculaire et présente des couleurs très vives (bleu, jaune, vert et marron), ainsi qu'une faible iridescence (changement de couleur en fonction de l'angle de vue). Ces résultats sont publiés dans Plos Biology.

Stratégies de communication datant de 47 millions d'années

Qu'est-il possible alors de conclure concernant le mode de vie de ce papillon ? On peut avancer des suppositions. Le vert et la faible iridescence sont des attraits qu'on retrouve désormais chez des insectes adeptes du camouflage. Toutefois, les teintes vives auraient pu servir de signal pour des prédateurs potentiels, indiquant une toxicité (avérée ou prétendue).

Quoi qu'il en soit, ces résultats fournissent des indications sur l’évolution des papillons et des stratégies de communication puisqu'ils suggèrent que soit le camouflage, soit la capacité à synthétiser des produits chimiques rendant ces insectes immangeables faisait partie de l'attirail de défense des papillons il y a 47 millions d'années. Voilà donc un pas de plus dans la reconstruction évolutive de la myriade de couleurs qu'arborent aujourd'hui les papillons.