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Onychonycteris finneyi, l’ancêtre sourd des chauves-souris

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Elle chassait les insectes mais sans système d'écholocation, donc de jour. Elle volait bien mais savait aussi grimper aux arbres. Cette chauve-souris fossile, qui vient d'être découverte, impose de réécrire l'histoire des Chiroptères.

Crâne de Onychonycteris finneyi. Crédit : American Museum of Natural History (New York)

Les chauves-souris ont-elles développé le vol avant l'écholocation, ou l'inverse ? Ces animaux, qui représentent une des trois seules lignées de vertébrés ayant découvert le vol battu (les deux autres étant les oiseaux et les ptérosaures), utilisent l'écho de leurs cris perçants dans l'obscurité pour capturer leurs proies. Les scientifiques se sont toujours demandés comment s'était produite cette adaptation, et si elle était consécutive à leur régime insectivore.

Le paléontologiste Gregg Gunnell, ainsi que des chercheurs de l'American Museum of Natural History (AMNH), de New-York, du Royal Ontario Museum au Canada et du Senckenberg Research Institute allemand, ont examiné une paire de fossiles remarquablement conservés et datant de 52 millions d'années, découverts en 2005 au Wyoming, leur permettant de résoudre cette énigme.


Fossile d'Onychonycteris finneyi. Crédit : American Museum of Natural History (New York)

Ces chauves-souris, baptisées Onychonycteris finneyi, possèdent de longs membres antérieurs garnis de longs doigts, ainsi qu'un large sternum destiné à ancrer les muscles servant au vol et des épaules laissant deviner la présence de muscles puissants. Ses capacités aériennes ne font pratiquement aucun doute, mais d'autres détails démarquent cette espèce des chauves-souris contemporaines, ou même des fossiles découverts jusqu'ici.

Avant cette découverte, aucune chauve-souris vivante ou fossile ne présentait des griffes sur tous les doigts. La plupart d'entre elles ne montrent qu'une griffe unique, et les spécimens fossiles montrent quelquefois des vestiges de griffes sur deux autres doigts. Onychonycteris finneyi, elle, est équipée de griffes parfaitement formées sur les cinq doigts de chaque membre antérieur. Les membres postérieurs sont également très particuliers et beaucoup plus longs que sur les spécimens contemporains, et indiquent une aptitude certaine pour la marche ou l'escalade.

Néanmoins, les ailes relativement courtes d'Onychonycteris finneyi suggèrent un mode de vol alternant entre le glissement et le flottement, assez rare aujourd'hui. Ce détail semble démontrer que les chauves-souris ont commencé par planer, probablement d'arbre en arbre, avant d'acquérir par sélection naturelle une musculature suffisamment puissante et développée pour progressivement passer au vol ramé et soutenu.

En revanche, l'ossature de l'oreille d'Onychonycteris finneyi semble incompatible avec la présence d'un organe d'écholocation, si caractéristique des Chiroptères actuels. Manifestement insectivores d'après leur dentition, ces animaux devaient donc capturer leurs proies en se servant seulement de leur vue et de leur odorat. Les scientifiques pensent à présent que l'adaptation au vol d'Onychonycteris finneyi a permis ensuite l'évolution vers l'écholocation en développant d'abord la capacité thoracique de l'animal ainsi que la musculature nécessaire pour provoquer l'émission des puissants cris perçants.

Autre fossile d'Onychonycteris finneyi. Crédit : American Museum of Natural History (New York)

Et bien d'autres spécificités...

D'autres caractéristiques propres à cette espèce occuperont encore les scientifiques pendant quelque temps. Ainsi, la majorité des chauves-souris vivant actuellement possèdent une membrane reliant les pattes arrière à la queue, que certaines d'entre elles utilisent comme filet pour capturer leurs proies en vol avant de rejeter leur tête vers le bas pour s'en saisir. Bien qu'Onychonycteris finneyi ait été incapable de chasser de cette façon en l'absence d'écholocation, elle possédait cependant cette membrane.

Quel était donc son usage ? Il est vraisemblable que sa première utilisation a concerné le vol proprement dit, agissant comme un gouvernail de profondeur ou même un aérofrein. Plus tard, elle se serait transformée en filet utilisé pour la chasse.

Cette récente découverte passionne les chercheurs, car elle marque un intermédiaire possible entre les chauves-souris telles que nous les connaissons et leur ancêtre terrestre. Son squelette indique que, tout en étant capable de voler, cet animal pouvait aussi courir, et même grimper aux arbres et s'y suspendre au moyen de ses griffes très développées. Il fournit aussi de précieuses indications sur le passage de la locomotion terrestre au vol aérien.