Illustration du dromadaire géant sur l'île d'Ellesmere au mi-Pliocène, voilà 3,5 millions d'années. Les dromadaires vivaient dans la forêt boréale. L'habitat comprenait des mélèzes, et la représentation est fondée sur les plantes fossiles trouvées à proximité des dépôts de fossiles. © Julius Csotonyi

Planète

Le fossile d'un dromadaire géant trouvé en Arctique

ActualitéClassé sous :paléontologie , zoologie , dromadaire

Les restes fossiles d'un dromadaire géant ont été retrouvés en Arctique. Datés de 3,5 millions d'années, les os sont très similaires à ceux du dromadaire actuel. Le camélidé aurait donc vécu dans un environnement extrêmement froid avant de s'installer sous un climat extrêmement chaud...

Et si la bosse du dromadaire s'était développée pour le protéger du froid boréal ? Le dromadaire moderne (Camelus dromedarius) est un mammifère des pays arides d’Afrique et du Moyen-Orient. On le distingue des autres camélidés par son unique bosse sur le dos. Il s'agit d'une réserve d'énergie, une masse de graisse en somme, qui peut tout de même dépasser 100 kg. Elle joue aussi le rôle de thermorégulateur. L'animal se refroidit plus facilement si son corps n'est pas graisseux. Concentrer sa graisse en un seul endroit lui permet donc de se refroidir plus rapidement.

Voilà 45 millions d'années, les premiers camélidés vivaient en Amérique du Nord. Les ancêtres des dromadaires actuels ont élu domicile en Afrique il y a deux millions d'années seulement. Une nouvelle étude suggère que les ancêtres du dromadaire moderne pourraient bien avoir rejoint l'Eurasie par le détroit de Béring. Des scientifiques du Canadian Museum of Nature y ont mis au jour des restes d'un dromadaire géant en Arctique !

Les ossements fossiles du dromadaire géant trouvés sur l'île d’Ellesmere, dans le nord du Canada. Cet animal y vivait voilà 3,5 millions d'années, quand la région était recouverte d’une forêt boréale. Les restes fossiles se composent d'environ 30 fragments d'os, qui forment une partie du tibia du dromadaire. C'est la découverte la plus septentrionale de ce type, environ 1.200 km plus au nord que le dromadaire du Yukon. © Martin Lipman, Canadian Museum of Nature

Les scientifiques canadiens ont mené trois expéditions différentes entre 2006 et 2010 sur l'île d'Ellesmere, dans l'extrême-nord canadien, au sein du cercle arctique. Ils ont trouvé en tout 30 fragments d'os fossilisés. Une analyse des protéines (de la famille des collagènes) retrouvées dans les os a révélé que cette créature, qui vivait au mi-Pliocène, voilà 3,5 millions d'années, est un ancêtre du dromadaire actuel. L'étude est publiée dans le journal Nature Communications.

Le dromadaire géant, très similaire au dromadaire moderne

Au mi-Pliocène, il faisait en moyenne 3 °C de plus qu'actuellement. Mais vivre au-delà du cercle arctique était tout de même rude. Ces dromadaires ont dû affronter des hivers longs et rigoureux. Les températures pouvaient plonger bien en dessous de 0 °C. Tempêtes de neige et mois d'obscurité perpétuelle étaient courants. La forêt boréale était toutefois très développée. La découverte de ces restes fossiles suggère donc que les ancêtres des dromadaires modernes étaient initialement adaptés à la vie dans un environnement forestier de l'Arctique.

La taille du tibia retrouvé suggère que l'animal était 30 % plus large qu'actuellement, et mesurait 2,7 m du pied à l'épaule. Les chercheurs pensent qu'il devait avoir à peu près la même apparence qu'aujourd'hui, mais une fourrure plus chaude pour passer l'hiver. Le fait que l'animal emblématique des déserts soit originaire des forêts boréales révolutionne complètement l'étude de l'évolution de cet animal. Et si, finalement, ses caractéristiques physiques étaient plutôt adaptées à un milieu froid ?

Une anatomie adaptée au froid arctique

Par exemple, la bosse du dromadaire qui contient tout le stock de graisse et donc l'énergie pourrait constituer les réserves nécessaires pour les six mois d'hiver en Arctique. Lorsque l'hiver est bien installé, l'herbivore voit sa nourriture largement réduite. Ainsi, son stockage d'énergie est très utile. En outre, ses grands yeux pourraient s'être développés pour l'aider à se déplacer durant les jours sans lumière. Enfin, leurs pieds sont très bien adaptés à la neige.

Mike Buckley, un des auteurs de l'article, commente la découverte. « Ce qui est intéressant, c'est la localisation : on n'en avait jamais trouvé aussi au nord ! » Ces ossements ont été retrouvés à plus de 1.200 km des ossements du dromadaire du Yukon, datés de 45 millions d'années. Ils permettent aux paléontologues de retracer la migration du dromadaire et mettent en lumière son évolution anatomique.