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Les dinosaures d'Angeac : une mine d'or pour les paléontologues !

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À Angeac, en Charente, une carrière, littéralement, regorge de trésors. Des restes de dinosaures - dont un fémur de plus de 2 mètres -, de crocodiles et de tortues voisinent avec des ossements de mammouths et des silex, mais aussi des spores, des pollens et des plantes fossilisées. La richesse est telle que se concentrent actuellement sur place des paléontologues de multiples disciplines, qui estiment avoir plus de dix ans de travail... Découvrez en dessins ce site exceptionnel, grâce à Arnaud Salomé, qui présente le suivi de ces fouilles sur son site Dinonews.

Le gisement d'Angeac-Charente au Crétacé inférieur. © Mazan

Depuis plusieurs années, les découvertes paléontologiques se succèdent en Charente. La région était déjà mondialement connue pour la carrière de Cherves. L'année 2010 a démontré que le meilleur est peut-être encore à venir : à Angeac, des fouilles menées pendant l'été 2010 montrent qu'il y a sans doute un nouveau gisement exceptionnel dans le sous-sol charentais. 

Entre 2002 et 2008, les fouilles de la carrière de Cherves avaient mis au jour un écosystème très riche. Côté vertébrés, une trentaine de familles différentes ont été trouvées, appartenant à tous les groupes de vertébrés terrestres. La présence des dinosaures et des oiseaux y est attestée par une dizaine d'espèces différentes. Certaines y sont d'ailleurs connues par des squelettes quasiment complets. L'étude des fossiles est encore en cours.

Vertèbres de sauropode découvertes à Angeac. © Mazan

Les regards se tournent désormais vers une autre carrière en cours d'exploitation, à 20 kilomètres de là, à Angeac-Charente. Au lieu du gypse, on y extrait les alluvions quaternaires pour obtenir des graviers calcaires. Mais on y trouve aussi des trésors... En creusant, les conducteurs d'engins remontent en effet depuis quelques années des défenses ou des vertèbres de mammouth, ou encore des silex du Quaternaire.

En 2008, les carriers contactent Jean-François Tournepiche, archéologue conservateur du musée d'Angoulême, pour une vertèbre au moins quatre fois plus grosse qu'une vertèbre de mammouth. On ne connaît que trois animaux possédant de telles vertèbres : les mammouths, les baleines et les dinosaures. Contacté par le musée, Didier Néraudeau, paléontologue au laboratoire Géosciences Rennes, reconnaît une vertèbre de sauropode, un groupe de dinosaures herbivores géants au long cou et à la longue queue. L'ancienne Charente avait, à l'évidence, érodé une couche à dinosaures beaucoup plus ancienne et remanié les ossements dans ses alluvions.

Invité à venir voir les fouilles par Jean-François Tournepiche, le dessinateur de BD Mazan a dessiné presque au jour le jour l'évolution des fouilles. © Mazan

La couche du Crétacé : une mine !

Début 2010, le rythme s'accélère : le carrier trouve des os quasiment quotidiennement ! Au total sont mis au jour une dizaine d'ossements, dont la moitié d'un fémur de 1 mètre de long. « Une telle concentration de vestiges retrouvés dans un périmètre aussi restreint était forcément le signe qu'ils n'avaient pas été charriés sur une longue distance dans les alluvions de la Charente et que d'autres ossements étaient très certainement encore inclus dans leur couche géologique d'origine », explique le chercheur rennais. Les fossiles sont entreposés au musée d'Angoulême, avec les autres restes du site.

Un premier sondage est alors réalisé, avec l'aide de l'exploitant de la carrière, ainsi que des pompiers, pour évacuer l'eau du site. Apparaissent alors de tous côtés, sur 1,50 mètre d'épaisseur, des ossements de dinosaure en vrac (vertèbres et fémurs de sauropodes, phalanges et dents de dinosaures carnivores), accompagnés de restes de tortues (fragments de carapaces), de crocodiles (dents et vertèbres), de poissons, et de plantes fossilisées en très bon état : morceaux de bois pétrifiés, feuilles de conifères fossilisées, petites « pommes de pin »... La couche géologique du Crétacé est atteinte, livrant aux paléontologues un aperçu des fossiles qu'elle renferme.

Face à un tel gisement, une première campagne de fouilles est organisée au cours de l'été 2010, par une équipe coordonnée par le musée d'Angoulême et le laboratoire Géosciences Rennes (CNRS / Université de Rennes 1), avec le concours de scientifiques et de techniciens du Centre de recherche sur la paléobiodiversité et les paléoenvironnements (CNRS / MNHN), de l'Université de Lyon et du Musée des dinosaures d'Esperaza (Aude).

Le récit des fouilles... © Mazan

Un écosystème entier

La diversité, la quantité et la qualité des fossiles qui y apparaissent parlent d'elles-mêmes : en 20 jours de fouilles sont mis au jour plus de 400 ossements, dont plus de 200 pièces de grand intérêt. Ces dernières proviennent d'au moins trois espèces de dinosaures, associées à des restes de deux types de tortues et de trois espèces de crocodiles. En dehors des fossiles de vertébrés, l'un des principaux intérêts de la carrière est qu'elle recèle aussi des plantes fossilisées, des pollens, des spores et des algues. Ce qui signifie qu'à partir du gisement, on devrait être capable de reproduire tout le paléoenvironnement, autrement dit l'écosystème de cette période.

Le gisement est d'autant plus exceptionnel que les os sont présents en grand nombre, mais aussi remarquablement bien conservés, suite à leur enfouissement rapide dans les dépôts argileux d'un marécage qui s'étendait sur la région d'Angeac-Charente au cours du Crétacé inférieur.

Étude et reconstitution des fossiles d’Angeac au laboratoire du musée d’Angoulême. © Mazan

Trois groupes de dinosaures sont rapidement identifiés :

  • de grands dinosaures herbivores (35 à 40 mètres de long) de type sauropode, proches des Turiasaurus ou Tastavinsaurus du Crétacé d'Espagne, représentés à Angeac par des vertèbres, des os des pieds et des membres (fémur, humérus) et plusieurs dents ;
  • des petits dinosaures herbivores de type ornithopode, dont on cherche encore à déterminer précisément les groupes  (une dent et quelques os) ;
  • des carnivores de taille moyenne de type théropode, les plus abondants à Angeac  (près de 80% des os exhumés). Après l'étude plus précise de ces ossements, il semblerait qu'ils puissent appartenir à des ornithomimidés et à des carnivores proches des allosauridés.

Mais la star de cette campagne de fouilles est sans conteste le fameux fémur de sauropode, d'au moins 2,20 mètres de long. C'est la pièce la plus remarquable, parce qu'elle est complète et appartient à un sauropode géant d'une taille encore inconnue en Europe (sans doute dans les 30 à 40 mètres de long, pour 40 tonnes). Le record du plus long fémur de dinosaure jamais trouvé en Europe aura tenu deux petites semaines pour les Espagnols de Riodeva, près de Teruel, dans l'est du pays. « Leur » fémur gauche avait été mesuré à 1,92 mètre...

Il ne reste plus qu'à dire que le site s'étend sur plusieurs milliers de mètres carrés pour comprendre que le meilleur reste sans doute à venir.

On dégage le fémur de sauropode de plus de 2,2 mètres de long. © Grand Angoulême 2010 - P. Blanchier

Quinze ans de travail...

À site exceptionnel, études exceptionnelles : les paléontologues viennent de se partager le travail pour les dix ou quinze ans à venir. Il s'agira d'une étude collégiale, c'est-à-dire d'une répartition du travail dans différents instituts et différents chercheurs, principalement en France. C'est une première. Elle permettra la collaboration des paléontologues français et de leurs équipes.

L'ensemble du travail sera coordonné par Didier Néraudeau, qui s'occupera également de la partie sédimentologie, stratigraphie et taphonomie, autrement dit des conditions de formation du gisement, à la fois au niveau des couches géologiques ainsi que des phénomènes de fossilisation.

Pour les dinosaures d'Angeac, Jean Le Lœuff (d'Espéraza) s'occupera des sauropodes, Éric Buffetaut (du CNRS) de tout ce qui est ornithopode, Ronan Allain (du Muséum national d'histoire naturelle) des théropodes, Jean-Michel Mazin et Joane Pouech vont s'occuper des microrestes avec Romain Vullo, dans la lignée du travail qui a été réalisé à Cherves. Des premiers résultats prometteurs, un gisement qui renferme des trésors paléontologiques et une équipe de chercheurs motivée. Les carrières d'Angeac n'ont pas fini de faire parler d'elles ! Nous retrouverons sans nul doute cette chambre aux trésors paléontologiques, et, dès la semaine prochaine, Ronan Allain viendra nous expliquer comment on découvre des dinosaures...