Planète

Un dinosaure momifié !

ActualitéClassé sous :paléontologie , dinosaure , hadrosaure

Les restes d'un dinosaure âgé de 65 millions d'années dégagé voici un an vont peut-être provoquer une avancée énorme dans la connaissance de ces animaux aujourd'hui disparus. Car bien plus qu'un simple fossile, c'est une momie complète que les chercheurs ont entre les mains.

Reconstitution d'hadrosaure par les chercheurs de l'université de Manchester. Crédit Univ. de Manchester

Cet hadrosaure, un reptile ornithischien bipède de la fin de l'ère secondaire (crétacé supérieur), encore appelé dinosaure à bec de canard mesurant de 7 à 9 mètres de long, avait été découvert en 1999 par un lycéen de 16 ans, Tyler Lyson, dans une formation géologique abondante en fossiles à Hell Creek. Plus tard, il en a averti Phillip Manning, un paléontologue appartenant à l'université de Manchester (Grande-Bretagne) qui a décidé de dégager les restes avec son équipe.

Mais alors que les fossiles de dinosaures ne comportent que quelques os, parfois encore articulés et rarement un squelette complet, les paléontologues ont eu la surprise d'entrer en possession d'une véritable momie ayant conservé sa peau, ses ligaments fossilisés et ses tendons permettant de reconstituer la musculature. Un crâne d'hadrosaure avait été récemment découvert dans l'Etat de l'Utah, mais sans aucune trace de tissus mous.

Partie du dinosaure momifié affleurant la roche et laissant apparaître la texture de la peau. Crédit université de Manchester.

"Cette découverte est hors normes, époustouflante et défie la logique, s'enthousiasme Phillip Manning. C'est tout simplement un dinosaure merveilleusement préservé en trois dimensions".

Un dinosaure examiné comme une navette spatiale

Le transport et le premier examen de cet hadrosaure momifié ne fut pas une mince affaire. Celui-ci fut d'abord extrait avec le bloc de 3,6 tonnes de roche qui l'entourait, afin d'être dégagé précautionneusement en laboratoire. Mais l'accès difficile de l'endroit imposa la construction d'une route afin qu'un camion puisse transporter l'ensemble vers un centre de la Nasa à Canoga Park, en Californie.

Pourquoi la Nasa ? Tout simplement parce que les paléontologues voulaient s'entourer d'un maximum de précautions avant d'entamer la roche, considérant la fragilité des restes. Or, c'est à Canoga que se trouve le plus gros scanner du monde, propriété de Boeing, conçu pour examiner les navettes spatiales. L'opération a été financée par National Geographic, qui se prépare à publier un livre sur le sujet.

Très semblable à celui de Canoga, ce scanner géant est installé au Centre Spatial Kennedy en Floride. Crédit Nasa.

Des résultats inattendus

L'examen préliminaire de la bête, conduit par Phillip Manning et son équipe ont déterminé que l'animal n'avait pas de cage thoracique, celle-ci ayant probablement été dévorée par un prédateur avant momification de l'ensemble. Contrairement aux momies égyptiennes, c'est une minéralisation très rapide permise par des conditions particulières qui ont transformé de grandes parties de tissus en pierre avant qu'elles n'entrent en putréfaction sous l'action bactérienne.

De cette première analyse, les chercheurs ont conclu que la partie postérieure de l'animal était environ 25 % plus massive qu'estimé au départ de fossiles plus conventionnels. La disposition de l'imposante musculature animant les membres postérieurs permet de conclure que l'hadrosaure se déplaçait à une vitesse de pointe de 50 km/heure, soit beaucoup plus vite qu'un tyrannosaure.

Mais le squelette, non désarticulé et dont tous les éléments sont conservés à leur emplacement exact, révèle bien d'autres surprises. Ainsi, l'espace séparant les vertèbres de l'animal a pu être mesuré avec précision et il s'avère bien supérieur aux estimations précédentes. Alors que dans tous les musées du monde, ainsi que dans toutes les reconstitutions, les vertèbres sont collées les unes aux autres, elles sont ici distantes d'un centimètre environ. L'hadrosaure devait mesurer un mètre de plus qu'on ne le pensait jusqu'ici. Tous les modèles connus seraient faux et toutes les dimensions seraient à revoir ! De plus, l'écartement important entre les vertèbres devait lui conférer une souplesse plus grande que ce que l'on imaginait. Avec sa musculature accrue par rapport aux hypothèses actuelles, cette momie a de quoi démoder l'image d'un animal lourd et pataud à laquelle nous étions accoutumés.

Autre point important, les lambeaux de peau momifiés permettent pour la première fois de se faire une idée de la couleur d'un dinosaure. Selon les chercheurs, la peau devait être zébrée à certains endroits, permettant un excellent camouflage, et ces rayures devaient être colorées. De quoi remasteriser Jurassic Park...

Cette découverte, son analyse et ses implications feront aussi l'objet d'un reportage diffusé sur la chaîne National Geographic Channel le 27 décembre 2007 à 20 h 45 sous le titre Autopsie d'un dinosaure.

Rediffusions prévues les :

28 décembre à 15 h 20

28 décembre à 22 h 35

29 décembre à 10 h 45

30 décembre à 16 h 15

National Geographic éditera aussi un ouvrage sous le titre : Grave Secrets of Dinosaurs : Soft Tissues and Hard Science (ISBN 978-1-4262-0219-3) à paraître le 8 janvier 2008.