En peu de temps, la vie terrestre a été décimée il y a 65,5 millions d'années. Les espèces aquatiques et, sur les continents, les animaux vivant dans des terriers, ont mieux survécu. Beaucoup ont été éliminées rapidement, comme les dinosaures, du moins ceux qui n'étaient pas en train de devenir des oiseaux et qui savaient creuser la terre. © Boscorelli, Shutterstock

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Après la fin des dinosaures, la vie est repartie plutôt vite

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Après le cataclysme planétaire de la fin du Crétacé, qui a eu raison des dinosaures non-aviens et d'innombrables autres espèces vivantes, les écosystèmes se sont reconstitués plus rapidement que prévu dans l'hémisphère sud. En quatre millions d'années, une riche végétation peuplée d'insectes a de nouveau envahi l'Amérique du sud. C'est ce qu'ont découvert des chercheurs qui se sont intéressés aux mangeurs de feuilles...

En combien de temps la biodiversité s'est-elle reconstituée après la catastrophe qui a exterminé de très nombreuses espèces vivantes, dont les dinosaures, il y a 65,5 millions d'années ? La question est d'importance car elle touche à la résilience de l'écosystème terrestre. Elle est difficile car le registre fossile n'est jamais assez complet pour donner une idée précise de la biosphère année par année. De plus, les invertébrés se conservent mal dans les sédiments. Mais ceux qui mangent des feuilles (lesquelles peuvent se conserver assez bien) y laissent des traces reconnaissables...

L'analyse des restes d'arbres dans le Dakota avait montré, en 2006, que les grands végétaux terrestres étaient revenus rapidement (l'étude était parue dans Science). Mais les coupures dans leurs feuilles causées par des larves d'insectes boulimiques sont restées longtemps absentes. Neuf millions d'années, indiquent les études sur la question.

Une feuille fossilisée trouvée en Patagonie, dans l'extrême sud de l'Argentine, qui a visiblement bien nourri une larve d'insecte. Le festin s'est passé entre -67 et -66 millions d'années, la période analysée dans cette étude. © Michael Donovan

La biodiversité a redémarré après la catastrophe

C'est ce que rappellent les auteurs d'une nouvelle recherche, menée par Michael Donovan et ses collègues dans un article publié dans la revue Nature Ecologie & Evolution. Eux sont allés en Patagonie, à l'extrémité sud du continent américain. Or, l'hémisphère sud a moins souffert. Que la catastrophe dite du Crétacé-Tertiaire soit due à la chute d'un astéroïde ou aux épanchements volcaniques du Deccan, elle a en effet davantage affecté le nord que le sud. En analysant 6.646 feuilles fossilisées, cette équipe voit un scénario tout différent.

Là-bas, dans l'actuelle Argentine, les croqueurs de feuilles sont réapparus quatre millions d'années après le cataclysme de la fin du Crétacé. Et de nombreuses espèces étaient présentes. L'équipe a en effet mis au point une technique fine d'analyse qui permet de distinguer les découpes dans les feuilles, différant d'une variété d'insecte à une autre.

Par ailleurs, les auteurs affirment qu'il ne s'agit pas d'espèces survivantes, qui auraient simplement échappé à la catastrophe planétaire. Les mangeurs de feuilles ne semblent en effet pas les mêmes de part et d'autre de la crise Crétacé-Tertiaire. L'extrême sud de l'Amérique n'a donc pas été un refuge pour les insectes, comme le pensait initialement l'équipe de Michael Donovan, qui s'explique dans un communiqué de l'université PennState. Les fossiles marins avaient déjà raconté cette histoire, une étude que nous présentions en juin dernier ayant montré que l'Antarctique n'avait pas été épargné.

Quatre millions d'années, c'est tout de même long. Il a fallu ce temps pour retrouver des végétaux associés à des insectes, un type de partenariat qui entretient la vigueur des écosystèmes terrestres.

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