Il y a trente-six ans, un pinson mâle est venu sur une île isolée de l’archipel des Galápagos. Ce nouvel arrivant s’est reproduit avec un oiseau d’une autre espèce qui vivait sur l’île. Le couple est à l'origine d'une nouvelle espèce qui compterait aujourd’hui une trentaine d'individus.

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    Les pinsons de Darwin sont des oiseaux qui vivent sur les îles Galápagos, dans l'océan Pacifique. Ce site isolé est idéal pour étudier l'évolution de la biodiversité, comme l'a fait Charles DarwinCharles Darwin en son temps. Sa théorie de l'évolution se base notamment sur l'étude des becs de différentes espèces de pinsons.

    Dans un article paru dans Science, les pinsons de Darwin sont à nouveau les vedettes de travaux qui apportent des informations importantes sur l'émergenceémergence de nouvelles espèces. Des chercheurs des universités de Princeton (États-Unis) et d'Uppsala (Suède) montrent ainsi comment une nouvelle espèce peut se développer en seulement deux générations, soit beaucoup moins que ce que l'on pensait jusqu'à présent.

    Le saviez-vous ?

    Il existe une quinzaine d’espèces de pinsons de Darwin provenant toutes d’une espèce ancestrale qui aurait colonisé les Galápagos il y a un à deux millions d’années. Les pinsons se sont diversifiés en plusieurs espèces ; des changements dans la taille et la forme du bec leur ont permis d’utiliser différentes sources de nourriture.

    L'histoire de cette nouvelle espèce a commencé il y a près de quarante ans, avec les travaux d'un couple de biologistes, Peter et Rosemary Grant, sur la petite île de Daphne Mayor. En 1981, un étudiant a remarqué un nouveau venu sur l'île : un oiseauoiseau mâle qui avait un chantchant inhabituel ; son corps et son bec étaient plus gros que ceux des trois autres espèces présentes sur l'île. Dans un communiqué, Peter Grant a expliqué : « Nous ne l'avons pas vu voler au-dessus de la mer, mais nous l'avons remarqué peu de temps après son arrivée. Il était si différent des autres oiseaux que nous savions qu'il ne provenait pas d'un œuf de Daphne Mayor ».

    Les chercheurs ont prélevé un échantillon de sang de l'oiseau et l'ont relâché. Celui-ci s'est ensuite reproduit avec un pinson de l'espèce Geospiza fortis, donnant naissance à une nouvelle lignée. L'équipe a suivi sur six générations la descendance de ce gros oiseau, en effectuant des prélèvements d'échantillons sanguins.

    Deux espèces parentales distinctes ont donné naissance à une nouvelle lignée, baptisée <em>Big Bird</em> par les chercheurs. Cette photo montre un membre de cette lignée. © P. et R. Grant

    Deux espèces parentales distinctes ont donné naissance à une nouvelle lignée, baptisée Big Bird par les chercheurs. Cette photo montre un membre de cette lignée. © P. et R. Grant

    Une spéciation rapide des pinsons de Darwin facilitée par l’isolement 

    Les chercheurs ont analysé l'ADNADN des parents et de leur descendance. Ils ont trouvé que le mâle d'origine était un pinson de l'espèce Geospiza conirostris ; il devait provenir de l'île Española, qui se trouve à une distance de plus de 100 km au sud-est de Daphne Mayor. Cela signifie que le mâle ne pouvait pas revenir sur son île pour se reproduire avec une femelle de son espèce. Il a pu se reproduire avec un oiseau présent sur l'île Daphne Mayor.

    Ensuite, la portée s'est reproduite de manière endogame. En effet, le chant des oiseaux issus de la portée était inhabituel sur l'île et n'attirait pas les femelles des autres espèces. La portée différait aussi des espèces locales par la forme et la taille de son bec. Les membres de la même descendance se sont reproduits entre eux.

    Charles Darwin aurait été ravi de lire cet article.

    En général, on considère plutôt qu'il faut de nombreuses générations pour former une nouvelle espèce ; mais ici, deux générations semblent avoir suffi. Ces travaux suggèrent donc que, au cours de l'évolution des pinsons de Darwin, de nouvelles lignées ont dû apparaître et disparaître à plusieurs reprises. Pour Leif Andersson, professeur à l'université d'Uppsala, un naturaliste qui viendrait à Daphne Mayor sans savoir que cette lignée est apparue très récemment pourrait considérer que c'est l'une des quatre espèces de l'île ; il conclut : « Charles Darwin aurait été ravi de lire cet article ».