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Super Falcon, le sous-marin ailé

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Ce submersible à deux places vole littéralement sous l'eau grâce à sa vitesse, ses deux ailes et ses gouvernes, qui le font ressembler à un avion de chasse. Ce n'est pas un prototype : il est à vendre.

Avec ses allures d'avion, le Super Falcon emmène son pilote et son passager jusqu'à 300 mètres de profondeur. © Deep Flight

Assurément, James Bond aimerait. Profilé comme une torpille, l'engin possède deux ailes principales munies d'ailerons et un empennage arrière avec deux dérives et une gouverne de profondeur. Bref, c'est un avion. Mais tel le manchot qui ne vole pas, le Super Falcon, de l'entreprise américaine Deep Flight, est un sous-marin.

Long de 6,7 mètres pour 3 mètres d'envergure, l'engin pèse 1,8 tonne. Ses deux passagers, installés en tandem, c'est-à-dire l'un derrière l'autre, apprécient le paysage subaquatique à travers deux demi-bulles.

S'il ressemble tant à un avion, c'est que le Super Falcon en reprend les principes. Un sous-marin classique se déplace dans le plan vertical en s'aidant de ballasts plus ou moins emplis d'eau ou d'air. C'est donc le principe d'Archimède qui fait monter et descendre le bâtiment. Les bathyscaphes, comme le célèbre Trieste de Jacques Piccard, sont conçus pour descendre plus bas mais avec le même procédé. Les submersibles d'exploration profondes, comme le Nautile et la Cyana, de l'Ifremer, embarquent des lests qui leur confèrent une flottabilité négative et qui sont largués au fond. C'est donc Archimède, là aussi, qui assure la remontée.

Mise à l'eau d'un Super Falcon, avec ses ailes, dépliées, de 3 mètres d'envergure. Lorsqu'elles sont repliées, l'engin mesure 1,4 mètre de large. © Deep Flight

Le Super Falcon ne comporte pas de lest et ne dispose d'un ballast que pour assurer une fonction de secours assurant la remontée. Propulsé par deux moteurs électriques, il assure son mouvement dans les trois dimensions grâce à ses surfaces mobiles qui pivotent selon trois axes. La gouverne de profondeur fait lever ou baisser le nez (selon l'axe de tangage disent les aviateurs et les marins). Les ailerons, installés sur les ailes et qui bougent toujours en directions opposées, font pivoter l'appareil selon son axe longitudinal (de roulis) et les deux dérives, tels des safrans de bateau, orientent le nez vers un côté ou l'autre (c'est l'axe de lacet dirait-on dans l'aéronautique). Le flux d'eau glissant sur la coque et les gouvernes est assuré par la vitesse propre du Super Falcon. L'empennage arrière bénéficie en plus du flux d'eau accéléré par les deux moteurs latéraux. L'appareil se comporte donc bel et bien comme un avion.

Plongées VIP

Voilà une dizaine d'années que Graham Hawkes tente de réaliser un engin de ce genre et sa société Deep Flight en a déjà plusieurs à son actif. Le dernier en date, et le plus abouti, est ce Super Falcon. Capable d'atteindre trois cents mètres de profondeur, il atteint une vitesse de pointe de 6 nœuds (environ 11 km/h), qui paraîtrait peut-être insuffisante à James Bond mais qui est honorable pour un engin de ce genre. Le Super Falcon est donné pour une vitesse de croisière maximale de 5 nœuds, qui lui donne une autonomie de cinq heures pour une distance franchissable de 25 miles nautiques, soit 46 kilomètres.

Le premier exemplaire du Super Falcon a été vendu à Tom Perkins, un entrepreneur milliardaire, qui a cofondé l'entreprise Kleiner Perkins Caufield & Byers, dans la Silicon Valley, à laquelle participe actuellement Al Gore. L'engin est désormais installé sur le yacht de Perkins, le Maltese Falcon. © Deep Flight

Maniable, le submersible est, selon son concepteur, capable de manœuvres quasiment acrobatique et autorise le « vol dos », sans doute pour mieux regarder le fond... La sécurité passive est assurée par une flottabilité positive. L'engin doit donc dépenser un léger surcroît d'énergie pour descendre ou même rester à profondeur constante. Mais si tout tombe en panne, il remonte. De plus, un ballast à air peut se déclencher en cas d'urgence et, de plus, assure en surface une flottabilité suffisante même dans une mer formée.

Pour les amateurs, le Super Falcon est à vendre. Il ne coûte que 1,5 million de dollars, soit, tout de même, 1,1 million d'euros. Les moins fortunés peuvent conserver l'espoir de le piloter car l'engin est désormais accessible grâce à un stage, baptisé Flight School. La prochaine session a lieu en juin et juillet en Californie, dans la baie de Monterey (Monterey Bay National Marine Sanctuary). Il en coûte tout même 15.000 dollars pour trois jours ou 5.000 dollars pour quelques balades durant une demi-journée...

L'entreprise, qui vient de présenter le Super Falcon à l'Académie des sciences de Californie, annonce un projet conjoint avec le NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), pour assurer des « plongées VIP », susceptibles de faire découvrir les merveilles de l'océan à des personnalités.