Un requin peau bleue qui vient d'être pêché à la palangre. Là où il y a des aimants, la pêche est meilleure, au grand dam de cette espèce menacée… © Sébastián Biton Porsmoguer

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Le requin bleu victime des hameçons magnétiques... censés le protéger

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Pour éviter que les requins ne viennent se prendre dans les longues lignes des palangres, l'idée est venue d'ajouter des aimants sur les hameçons, car les sélaciens sont sensibles au champ magnétique. Une équipe française vient de tester cette technique en Atlantique et en conditions réelles de pêche. Résultat surprenant qui en confirme pourtant d'autres : le requin bleu n'est pas repoussé mais au contraire attiré par ces aimants... La méthode va devoir être abandonnée. Les chercheurs nous expliquent leur démarche.

Des chercheurs du MIO (Institut Méditerranéen d'Océanologie) et de l'Irphé (Institut de recherche sur les phénomènes hors équilibre) se sont intéressés aux requins bleus, à l'utilisation d'aimants pour la pêche et à son impact. Ces aimants sont-ils des pièges ou ont-ils au contraire un effet répulsif sur ces prédateurs, comme on le souhaiterait ? Le requin bleu (ou peau bleue, Prionace glauca) est l'une des principales prises des pêcheries à la palangre espagnole et portugaise et est ciblé et capturé par une partie de ces pêcheries dans le nord de l'océan Atlantique. Certains bateaux capturent également l'espadon ou le requin mako sur les mêmes palangres et veulent séparer, sur ces engins de pêche, les différentes prises. D'autres ne pêchent que l'espadon ou le requin bleu. Mais ce dernier subit une forte pression par la pêche depuis plusieurs années, en faisant une espèce de requins menacée.

Les requins localisent leurs proies à l'aide, entre autres, d'un organe appelé ampoules de Lorenzini. Ils possèdent en effet un système de capteurs électro-sensoriels complexe, relié à des récepteurs positionnés autour du museau et de la tête et utilisent cet organe pour détecter les proies, car tout être vivant produit un faible champ magnétique.

Un hameçon équipé d'un aimant. © Christophe Almarcha

Les requins ne sont en général pas repoussés par les aimants

L'hypothèse d'utiliser des aimants comme répulsif pour les pêcheries de requins a déjà été envisagée dans de précédents articles comme mesure de conservation. Mais aucune expérience n'avait été faite en situation réelle de pêche dans ce cadre en Atlantique nord-est. Dans cette étude, nous avons testé pendant trois jours dans des conditions réelles de pêche, deux modèles d'aimants en néodyme à haute résistance dans le temps et à puissance magnétique élevée.

Les résultats de nos tests ont montré que les aimants non seulement ne réduisent pas les captures mais ont un effet attractif. Ce résultat est significativement plus élevé pour le modèle de grand aimant testé, de 2,6 cm x 1,1 cm x 1,2 cm, générant un champ de 0,885 tesla. Ce résultat en rejoint d'autres, obtenus sur d'autres espèces en bassin ou bien en mer mais avec des palangres expérimentales. Une seule autre étude a été menée en conditions réelles de pêche, au Canada, sur le requin mako, avec une conclusion identique : les requins sont attirés par les aimants.

En outre, des mesures physiques ont été associées à cette étude et ont également révélé un aspect pratique important à prendre en compte : les hameçons restent aimantés après le retrait des aimants et sont même légèrement magnétisés sans aucun contact préalable avec un aimant. L'utilisation des aimants est donc bel et bien un piège pour les requins peau bleue !

Pour réduire les captures, l'aimant fixé à l'hameçon n'est donc pas la bonne solution. Mieux vaut s'en tenir à une limite de taille, avec un indice tout trouvé : le taux de mercure. Ce métal toxique devient en effet de plus en plus concentré à mesure que le poisson grandit, jusqu'à dépasser la dose légale admissible.

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Cet article a été rédigé par Sebastián Biton Porsmoguer (MIO). Les résultats sont exposés dans un article scientifique publié dans la revue Fischeries Research et les auteurs en sont Sebastián Biton Porsmoguer, Daniela Bànaru (MIO), Charles F. Boudouresque (MIO), Ivan Dekeyser (MIO), Christophe Almarcha (Irphé).

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