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Océan : écoutez des sons enregistrés à 642 mètres de profondeur

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Les chants d'oiseaux, de dauphins ou de baleines sont étudiés et analysés par de nombreux passionnés. Mais connaissez-vous ceux des poissons ? Une équipe américaine a immergé un hydrophone pendant 24 heures à plus de 600 mètres de profondeur. Des sons ont été identifiés... mais pas tous. Voulez-vous les écouter ? 

Ce Macropinna microstoma a la curieuse caractéristique d'avoir un crâne transparent. Ses yeux peuvent regarder vers le haut, à travers le crâne. L'avenir nous dira peut-être qu'il sait également produire des sons... © MBARI

Les zones profondes des océans grouillent de vie. Les images ou les vidéos montrant des poissons parfois monstrueux, des calmars vampires ou encore des crabes velus, sont nombreuses. Avez-vous déjà écouté cette vie ?

Alors la mer n'est finalement pas le monde du silence ? Non, car les poissons, comme les cétacés, peuvent produire des sons. Mais pour quoi faire ? Pour discuter ! La communication visuelle n'est pas toujours efficace dans un monde où la lumière est absente.

Une équipe de biologistes de l'université du Massachusetts Amherst a immergé un hydrophone à 642 mètres de profondeur, sous la surface de l'Atlantique nord (dans un canyon au sud de George Bank, dans le golfe du Maine). Beaucoup de sons d'origine biologique ont été enregistrés.

Certains ont été émis par des baleines à bosse, des baleines pilotes ou encore des dauphins. En revanche, douze enregistrements n'ont pas pu être associés à des espèces précises. Il pourrait s'agir de sons de cétacés ou... de poissons.

L'hydrophone se trouve dans la boule verte, sous la main gauche de Juan Espana. C'est en effet ce pêcheur qui s'est chargé de mettre en place le dispositif, situé au centre d'un panier à crabes, et de le récupérer après 24 heures. Preuve qu'il n'est pas toujours nécessaire d'avoir un navire onéreux pour étudier le fond des mers. © UMass Amherst

Écouter les profondeurs

Voici trois enregistrements réalisés à de grandes profondeurs par Rodney Rountree (l'utilisation d'un casque est conseillée) :

  • un son « duck-like » d'origine inconnue

  • un son « whisle » associé à une émission acoustique inconnue 

  • un troisième son non identifié

Un outil d'étude non destructif

Outre l'aspect ludique de ce sujet, les chercheurs ont pu caractériser l'activité sonore entendue à de grandes profondeurs, en comptabilisant les différents sons produits (Gruntdrumming ou duck-like call) par minutes durant 24 heures. Ils ont ainsi montré qu'il existait des pics de fréquence et de volume à différents moments de la journée. Par exemple, les sons de rorquals communs et de dauphins sont plus importants durant la nuit.

Ces travaux font l'objet d'un chapitre dans le livre intitulé : The Effects of Noise on Aquatic Life (édition Springer). 

Les chercheurs précisent que certains sons biologiques sont de faible amplitude. Les bruits générés par l'Homme pourraient potentiellement causer divers problèmes aux espèces pouvant soit les produire, soit les percevoir. 

La signification des émissions sonores reste souvent inconnue, tout comme leur importance au sein des écosystèmes aquatiques. Rodney Rountree souhaiterait parvenir à associer un comportement à chacun d'eux. Selon lui, l'écoute passive des émissions acoustiques produites par des organismes aquatiques serait parfaitement adaptée à l'étude de certains milieux. Elle aurait l'avantage de ne causer aucun dégât à l'animal ou à son environnement. 

En attendant, Rodney Rountree et son équipe ont décidé de sensibiliser le public en mettant gratuitement leur collection de sons à la disposition de tous sur Internet.