La Floride vue par Envisat. L'archipel des Keys prolonge la côte vers le sud-ouest (le vert émeraude signale les faibles profondeurs). Le golfe du Mexique est à gauche et l'Atlantique à droite, avec, bien visibles, quelques îles des Bahamas. A cet endroit, le courant se dirige vers l'est pour rejoindre le Gulf Stream. © Esa

Planète

Marée noire : BP se démène contre le pétrole et contre les autorités

Le groupe pétrolier affirme aujourd'hui réussir à pomper 60% du brut qui s'échappe du puits au fond du golfe du Mexique, tandis que la marée noire, épargnant relativement les côtes, s'approche de la Floride. L'administration américaine, elle, a placé BP et deux autres sociétés dans son collimateur et Barack Obama veut mettre en place une commission d'enquête.

Après l'échec complet de la tentative de colmatage de la fuite de pétrole par un couvercle de béton, BP est parvenu à un bien meilleur résultat en introduisant un tuyau dans l'orifice du puits. Selon le groupe pétrolier, qui s'exprime dans un communiqué publié ce jeudi, le pompage récupère environ 3.000 barils par jour, soit 475.000 litres, la fuite étant estimée - par BP et par les autorités - à quelque 800.000 litres quotidiens. Ce serait donc à peu près 60% de l'écoulement de brut qui rejoint ainsi le Discoverer Enterprise, un navire de forage appartenant à Transoceans, l'entreprise qui gérait la plate-forme Deepwater Horizons, dont le naufrage, le 22 avril, est à l'origine de la marée noire. Ce pompage récupère également près de 400.000 mètres cubes de gaz par jour.

Les estimations sur la fuite réelle semblent peu précises et les prévisions sur le mouvement de la nappe le sont encore davantage. Des observations ont montré que tout le pétrole ne parvient pas en surface et forme par endroits des « nuages », selon l'expression des équipes de garde-côtes qui les ont vus jusqu'à six cents mètres de profondeur.
En surface, le pétrole se promène dans le golfe au gré des courants qu'il rencontre. La côte de la Louisiane a probablement été protégée par le Mississipi, dont le puissant flux d'eau douce a poussé le brut vers le large, mais elle n'a pas été vraiment épargnée. Le pétrole a commencé à s'infiltrer dans les bayous, ces cours d'eau, méandres du grand fleuve, enserrant une multitude de marais.

De longues enquêtes se préparent

Plus loin des côtes, la nappe a rejoint le grand courant circulaire qui tourne dans le sens des aiguilles d'une montre à l'intérieur du golfe du Mexique, l'eau de l'Atlantique pénétrant au sud, entre la péninsule mexicaine du Yucatan et Cuba puis, après un tour complet, repartant vers l'océan entre la Floride et la côte nord de Cuba, en direction des Bahamas.

Le pétrole devrait logiquement atteindre dans environ une semaine la pointe sud de la Floride, qui se prolonge par un chapelet d'îles et d'îlots, les Keys, haut lieu touristique, où l'on se prépare au pire. L'angoisse est si vive que quelques boulettes noires découvertes ces derniers jours ont semé un début de panique. Mais, analyses faites, elles ne proviennent pas de la marée noire.

Aux Etats-Unis, le groupe BP fait face à la colère de l'administration, du Président et de la population. Un reportage télévisé de la chaîne CBS a rapporté le témoignage d'un des survivants du naufrage de la plate-forme Deepwater Horizons. Selon cet homme, les responsables de BP, présents sur place, ont exigé une accélération des travaux de forage, ce qui aurait conduit à un incident grave, mettant hors d'état un système de sécurité anti-explosion. L'un des cadres aurait alors décidé de ne pas en tenir compte et de poursuivre le forage. Une commission d'enquête devra être bientôt constituée pour étudier le déroulement de l'accident, sur le modèle de celles mises en place après l'explosion de la navette spatiale Challenger (en 1986) et après l'accident nucléaire de la centrale de Three Miles Island, en Pennsylvanie (en 1979). Elle concernera BP mais aussi Transoceans et Halliburton, géant des travaux publics qui a participé à la réalisation du forage.

Sur place, les travaux se poursuivent. Le tuyau de récupération n'est qu'une solution provisoire. Deux forages sont en cours pour injecter dans le puits de la boue et du ciment, ce qui permettra d'obturer définitivement l'épanchement. Mais cette longue opération devrait durer jusqu'au mois d'août. En surface, d'énormes quantités de dispersants sont déversées sur la nappe, une solution qui inquiète les autorités. Le produit utilisé, présenté comme biodégradable, a déjà été interdit au Royaume-Uni.