La marée noire repérée le 12 juin par le satellite Aqua, de la Nasa, et son instrument Modis (Moderate Resolution Imaging Spectroradiometer). L'image montre la partie nord-est du golfe du Mexique. La Floride est à droite, avec, en bas, l'archipel des Keys. On distingue le pétrole sur les côtes nord-ouest de la Floride et, à gauche, sur celles de l'Alabama. © Nasa

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Marée noire : BP colmate... de son mieux

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Malgré la dernière technique de récupération du brut s'échappant du puits hors de contrôle, le pétrole continue de s'échapper et de souiller les côtes de la Louisiane, de l'Alabama et de la Floride. Pendant ce temps, une enquête parlementaire met gravement en cause BP.

Cent neuf personnes auraient été intoxiquées par le pétrole en Louisiane, rapportait ce matin la presse de cet Etat. Beaucoup sont des travailleurs œuvrant au nettoyage des côtes. En Louisiane, en Alabama et à la Floride, les régions côtières vivent au rythme des afflux de pétrole qui viennent souiller ici ou là les roches, les plages, les mangroves ou les récifs. Hier, c'est la baie de Barataria, célèbre pour ses flibustiers aux XVIIIe et XIXe siècles mais aussi aujourd'hui pour ses crevettes grises, qui a accueilli le brut échappé du puits foré par la plate-forme Deepwater Horizon, qui a sombré le 22 avril dernier.

Le 3 juin, BP a essayé un nouveau dispositif, consistant en un couvercle installé au niveau des tubes prolongateurs (ou risers), l'ensemble formant le lower marine riser package, ou LMRP, par lequel transite le brut sortant du puits. Auparavant, un prolongateur avait été sectionné pour canaliser au maximum la fuite à un endroit précis.

Robinet définitivement fermé en août ?

Aux dernières nouvelles, cette installation parvenait à récupérer 7.720 barils en 12 heures (le 13 juin), soit environ 1.230.000 litres (un baril contient 159 litres). En fait, la quantité ainsi captée et envoyée au navire de surface varie selon les jours. Le 12 juin, le communiqué de BP annonçait 15.000 barils dans les 24 heures. Pour mémoire, le 20 mai, une autre technique (un tuyau enfoncé dans le puits), abandonnée depuis, récupérait 3.000 barils par jour. La fuite était alors estimée à 5.000 barils quotidiens (800.000 litres), un chiffre largement revu à la hausse depuis.

Le débit exact de la fuite, lui, reste toujours inconnu. Mais il est clair qu'une grande partie s'échappe dans le golfe du Mexique au gré des courants. BP envisage d'améliorer son système avec des structures « plus flexibles », censément plus efficaces. Pendant ce temps, le forage d'un second puits, débuté le 2 mai et considéré comme la solution définitive, se poursuit. La durée est estimée à trois mois, ce qui amène à début août la possible fin de l'écoulement.

Les seuls chiffres actuellement fournis par BP sont ceux des millions de dollars que l'entreprise multinationale dépense pour endiguer la fuite et réparer les dégâts, lesquels s'étendent de jour en jour. Plages souillées, animaux mazoutés, mangroves engluées et personnes intoxiquées font la Une des journaux, tandis que Barack Obama se démène, politiquement et médiatiquement, par exemple en se déplaçant plusieurs fois sur les côtes touchées, en convoquant le président de BP à la Maison Blanche ou encore en parlant de « 11 septembre écologique ».

Une enquête officielle, menée par deux sénateurs, Henry Waxman et Bart Stupak, sur l'origine de la catastrophe montre des négligences de la part de l'encadrement. D'après leur épais rapport, des courriers internes semblent prouver que le forage de Deepwater Horizon a rencontré des difficultés, notamment à cause de l'ouragan Ida. Mais les contraintes financières ont poussé les équipes à réduire les retards et à travailler un peu trop vite...