Planète

Les bactéries fantomatiques du lac sous-glaciaire Vostok

ActualitéClassé sous :océanographie , biologie , bactéries

Simple contamination ou espèces bactériennes inconnues ? Les premiers résultats des analyses d'ADN effectuées sur la glace issue du forage du lac Vostok semblent encore incertains et conduisent à des déclarations contradictoires.

Le lac Vostok tire son nom de la station Vostok, base scientifique antarctique russe, côté est (78° S, 107° E), créée en 1957. À plus de 3.800 m d'altitude, elle est soumise à des conditions extrêmes : en juillet 1983, le thermomètre est descendu à -89,2 °C, officiellement la plus basse température jamais enregistrée sur Terre. © Todd Sowers, NOAA

Après 23 ans de forage, les résultats de la première remontée d'eau extraite du lac Vostok, à environ 4.000 m sous la surface de l'inlandsis antarctique, sont tellement attendus qu'ils semblent faire tourner des têtes. Les tout premiers échantillons, ramenés en octobre 2012 (et qui avait en fait été extraits en février 2012, mais laissés au fond du puits durant l'hiver austral), ne révélaient aucun signe de vie : fondue, la glace n'est devenue qu'une eau cristalline. Mais elle ne provenait pas du lac lui-même, avaient expliqué les chercheurs russes : cet échantillon n'était que de la glace accumulée sur la tête de forage au moment où elle atteignait le lac.

Changement de ton en mars 2013 après le redémarrage du forage, survenu en janvier : des échantillons d'eau contenaient des molécules d'ADN. Serguei Bulat, du Petersburg Nuclear Physics Institute (PNPI) et membre de l'équipe de forage, affirmait le 7 mars que ce matériel génétique appartenait à une ou plusieurs bactéries inconnues, dont l'ADN correspond « à moins de 90 % » avec celui d'espèces répertoriées.

Le lac Vostok mis en évidence depuis l'orbite terrestre par Radarsat. L'eau est emprisonnée environ 4.000 m sous la surface de glace. © Nasa

Des résultats trop peu fiables

Un démenti assez cinglant est venu quelques jours plus tard du laboratoire de génétique des eucaryotes, celui-là même où travaille Serguei Bulat, et il émanait de son responsable, Vladimir Korolyov. S'exprimant au micro de l'agence de presse russe Interfax, il expliquait que l'équipe « n'a trouvé que quelques spécimens de bactéries » et que « toutes proviennent de contaminations ». La nouvelle a immédiatement fait le tour du Web, semant la confusion.

L'équipe de Serguei Bulat maintient ses positions, comme le rapporte une autre agence de presse russe, Ria Novosti, précisant même que « ces bactéries sont inoffensives ». Cependant, la tendance est à l'accalmie. Tout le monde convient que les analyses effectuées sont insuffisantes pour conclure de manière définitive. Il faudra d'abord attendre l'arrivée des échantillons à Saint-Pétersbourg en mai prochain, puis, surtout, d'échantillons plus fiables qui, espère-t-on, proviendront des forages suivants. Mais il faudra attendre le prochain été austral, en décembre 2013...