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Le Gulf Stream ne ralentit pas… pour le moment

ActualitéClassé sous :météorologie , océanographie , Atlantic Meridional Overturning Circulation

La circulation des courants océaniques de l'Atlantique nord, dont fait partie le Gulf Stream, a une influence considérable sur le climat européen. Pouvoir prédire la force de ces courants sur plusieurs années permettrait d'anticiper les variations du climat. En intégrant à la fois les modèles océanographiques et atmosphériques, une équipe de l'institut Max Planck spécialisée en météorologie vient de valider un outil de prévision fiable sur quatre ans.

Le Gulf Stream est un courant océanique transportant de l’eau chaude depuis une zone comprise entre la Floride et les Bahamas et en direction des plus hautes latitudes. Il se déplace vers l’ouest et la chaleur qu’il transporte influence le climat européen. © RedAndr, Wikipedia CC BY-SA 3.0

Le Gulf Stream, puis le courant nord atlantique, transporte des eaux chaudes vers les plus hautes latitudes. Au fur et à mesure de sa progression, les eaux se refroidissent tandis que leur densité augmente. Cette eau coule au fond de l'Atlantique et redescend alors vers le sud. L'existence du Gulf Stream, les vents d'ouest et l'échange de chaleur entre l'eau et l'atmosphère jouent un rôle déterminant sur le climat européen et l'Atlantique nord en général. En outre, ce courant limite également l'extension des glaces en mer en apportant, en plus de la chaleur, de grandes quantités de sel. 

Des variations des courants océaniques de l'Atlantique nord peuvent donc avoir des conséquences sur notre climat. Elles pourraient être responsables du développement d'ouragans ou des pluies diluviennes du Sahel. Il serait utile de pouvoir prévoir les variations d'intensité de ces mouvements d'eau à long terme pour anticiper le climat européen durant les prochaines années. Malheureusement, peu de modèles concluants auraient été développés.

Une équipe dirigée par Daniela Matei et Jochem Marotzke de l'institut Max Planck pour la Météorologie (MPI-M) a mis au point un modèle prédisant le comportement du Gulf Stream à la latitude nord de 26,5 ° jusqu'à quatre ans à l'avance. Ces résultats ont été publiés dans la revue Science

Les chercheurs ont couplé un modèle caractérisant les mouvements des courants océaniques de l'Atlantique nord (MPI-OM) avec un modèle prévoyant la circulation de courants atmosphériques (Echam5). Le résultat a donné naissance à un outil capable d'anticiper le comportement et la force du Gulf Stream. Afin d'être validé, des comparaisons rétroactives ont été réalisées. Les résultats obtenus avec le couple MPI-OM/Echam5 ont été confrontés à des mesures réelles prises en mer entre avril 2004 et mars 2009 (soit durant cinq ans) dans le cadre du projet Rapid-Mocha. L'outil s'est avéré très fiable.

Prévisions des variations de la vitesse du Gulf Stream (Sv) pour les quatre prochaines années. L’abréviation AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation) désigne les courants marins, dont le Gulf Stream, de l’Atlantique nord et leur circulation. Les lignes rouges ont été tracées à partir de mesures prises sur le terrain ; ce sont donc des données réelles. Les lignes grise, bleu clair, bleu foncé et verte correspondent aux résultats des simulations lancées tous les ans de janvier 2008 à janvier 2011 par le modèle MPI-OM/Echam5. Il s'agit donc de projections dans le futur. Les quatre prévisions montrent un courant stable jusqu'en 2014 (les courbes de la droite de la figure sont identiques). © D. Matei, Max Planck Institute for Meteorology

L’humeur du Gulf Stream enfin prévisible

Les scientifiques ont décidé d'employer leur modèle pour établir des prévisions. Plusieurs simulations sur dix ans ont été lancées à quatre années d'intervalles (de 2008 à 2011) en tenant à chaque fois compte des nouvelles mesures météorologies faites sur le terrain. L'ensemble des résultats a montré que le Gulf Stream serait stable au moins jusqu'en 2014 malgré toutes les controverses actuelles sur son éventuel ralentissement

Le modèle donne des prévisions mois par mois. Il peut donc être employé pour déterminer le risque d'apparition des ouragans. Cet intervalle permet également d'étudier les changements climatiques pouvant affecter l'Europe avec assez de précision. 

Grâce à la connaissance de la dynamique des océans (et pas uniquement par des mesures de températures), les chercheurs de l'institut de météorologie Max Planck ont ainsi mis au point un puissant outil permettant d'anticiper les épisodes climatiques qui devraient nous affecter dans les prochaines années.