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El Niño insensible au Petit âge glaciaire ?

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Le programme international de surveillance (bouées dérivantes ou ancrées, observations satellitaires) mis en place dans le Pacifique tropical après le très fort El Niño de 1983 commence à porter ses fruits. Grâce à ces données, les chercheurs comprennent mieux comment est généré un évènement El Niño ou son contraire la Niña, qui constituent les deux phases du désormais célèbre ENSO (El Niño-southern Oscillation).

Crédit : Nasa.gov

Les modèles de prévision à trois mois apparaissent relativement fiables. Cependant les connaissances acquises découlent d`observations limitées dans le temps qui ne permettent pas d'appréhender la variabilité à plus long terme du climat du Pacifique, et en particulier celle d'Enso dont l'intensité et la fréquence peuvent beaucoup varier au cours d'un siècle ou d'un siècle à l'autre. Il est ainsi difficile aujourd'hui de déterminer l'impact de l'actuel réchauffement climatique sur El Niño.

Pour améliorer ces modèles climatiques, les chercheurs étudient des périodes du passé pendant lesquelles le climat était différent de l'actuel. Ils s'attachent en particulier à déterminer dans quelle mesure le phénomène Enso s'y manifestait avec la même fréquence et la même intensité. Des chercheurs du centre IRD de Nouméa ont ainsi étudié, en collaboration avec le College of Marine Science (University of South Florida), une colonie de Porites (coraux massifs) qui s'est développée depuis le milieu du XVIIe et leur a permis de reconstituer l'évolution températures océaniques de surface depuis 350 ans.

L'attention des chercheurs s`est portée sur une période particulièrement froide (1701-1761), au cœur du Petit âge glaciaire (1400 à 1850 ap. J.-C.). A cette époque, les températures dans les latitudes tempérées de l`hémisphère Nord étaient inférieures de 1 à 2°C à celles enregistrées en moyenne actuellement. Les analyses de la carotte corallienne prélevée près du phare Amédée au sud-est de la Nouvelle-Calédonie montrent que le Petit âge glaciaire a également existé dans le Pacifique sud-ouest tropical, avec un refroidissement moyen voisin de 1°C. El Niño qui, dans cette région du Pacifique, se manifeste actuellement tous les deux à sept ans par une diminution des températures océaniques de surface (de 0,5 à 1,5°C), a-t-il été renforcé par ce refroidissement général.

La reconstitution des températures mensuelles des eaux de surface pendant la première moitié du XVIIIe siècle a conduit les chercheurs à des observations assez surprenantes : le comportement d'El Niño était similaire à celui observé actuellement. Ainsi, malgré la baisse des températures moyennes, El Niño n'a pas semblé affecté ni dans sa force ni dans sa fréquence, même durant la période la plus froide.

Le corail de Nouvelle-Calédonie a cependant enregistré une variabilité interdécennale (période de 15 à 20 ans) beaucoup plus forte que celle observée actuellement : en 1720, 1730 et 1748 en particulier les diminutions des températures annuelles de surface dépassèrent 1°C. Ce résultat est important. En effet, la communauté scientifique s'interroge aujourd'hui sur l`interaction entre El Niño (récurrence entre 2 à 7 ans) et des phénomènes climatiques à plus basse fréquence (récurrence de 10 à 60 ans). Si les coraux du Phare Amédée n'éclairent pas pour l'heure cet inconnu, ils ont clairement montré leur capacité à fournir des informations sur le comportement de ces cycles basse fréquence au cours du temps.