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Bill Gates veut s'attaquer aux cyclones !

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William H. Gates III a visiblement décidé de continuer à faire parler de lui malgré l'annonce de son retrait l'année dernière de la compagnie qu'il avait fondée. Celui que tout le monde connaît comme Bill Gates propose ni plus ni moins que... de supprimer les cyclones.

Bill Gates. Crédit : Microsoft

En janvier 2008, Bill Gates avait annoncé qu'il allait prendre sa retraite. Il fallait entendre par là qu'il n'aurait plus aucune fonction autre que celle de consultant et de président officiel de la compagnie qu'il avait fondé en 1975, Microsoft.

Ce fut chose faite depuis le 27 juin de la même année, date à laquelle il devait se consacrer entièrement avec sa femme à la fondation qu'ils ont créée en 2000, la Fondation Bill-et-Melinda-Gates (Bill & Melinda Gates Foundation), dont l'objectif est d'apporter à la population mondiale des innovations en matière de santé et d'acquisition de connaissances.

Ces jours-ci, Bill Gates revient sur le devant de la scène par deux fois, en mettant en accès libre les célèbres Messenger Lectures sur les lois de la physique donné par Richard Feynman en 1964, et en faisant savoir qu'il faisait partie d'un groupe ayant déposé 5 brevets ambitieux. Venant de la part d'individus n'ayant pas le calibre de Gates, ces brevets pourraient passer pour une plaisanterie ou l'œuvre de fous délirants puisqu'il ne s'agit ni plus ni moins que de freiner la puissance des cyclones...

On voit sur cette carte obtenue dans la gamme des micro-ondes afin de percer les nuages, les températures de surface de l'océan au large de la Floride entre le 22 août et le 23 septembre 1998. Le passage du cyclone Bonnie a visiblement laissé une zone d'eau froide en surface (couleur bleue) alors que les zones les plus chaudes sont en jaune. Crédit : Nasa

Parmi les inventeurs des techniques exposées dans les 5 brevets, on trouve outre Bill Gates l'excentrique et flamboyant Nathan Myhrvold. Ce dernier, en plus d'avoir été le responsable des recherches chez Microsoft pendant 13 ans est non seulement docteur en physique théorique et mathématique depuis l'âge de 23 ans, titre qu'il a obtenu à l'université de Princeton mais il a aussi suivi un postdoc avec Stephen Hawking avec lequel il a étudié la théorie quantique des champs en espace-temps courbe.

Eclectique, il a participé à des campagnes de fouilles paléontologiques du Museum of the Rockies et possède un master en économie et en géophysique. Enfin, cerise sur le gâteau, il maîtrise suffisamment bien la cuisine française pour être un des chefs cuisiniers assistants d'un des grands restaurants français de Seattle...

A la base, l'idée derrière les brevets est simple. L'énergie d'un cyclone provient de la chaleur libérée par la condensation en altitude de l'eau qui s'évapore de l'océan quand sa surface est suffisamment chaude. Les vents résultants et la baisse de pression augmentent alors le mécanisme d'évaporation et de plus en plus d'énergie thermique est injectée dans le cyclone pour y être convertie en énergie mécanique. Lorsque le cyclone arrive sur la terre ferme, l'évaporation de l'eau n'est plus possible et il meurt.

Scientifiquement défendable

Un cyclone peut également s'amenuier ou s'éteindre complètement quand il parvient sur une eau de surface plus froide, présentant une moindre évaporation. C'est précisément ce qu'ont subi les cyclones Bonnie et Danielle en 1998. Le premier ayant absorbé une partie de l'énergie thermique dans les couches d'eau chaude au large de la Floride, il laissa une longue traînée de couches d'eau superficielles suffisamment froides pour arrêter le développement du cyclone Danielle qui commençait à prendre de l'ampleur. Ce dernier a même fini par se dissiper complètement avant de toucher le continent.

En théorie, l'idée de Gates et ses associés n'est donc pas absurde. Pour arrêter un cyclone, il suffirait de faire plonger des eaux chaudes superficielles à plus de 100 mètres de profondeur ou bien de ramener en surface de l'eau froide provenant d'une profondeur au minimum équivalente.

En pratique, l'opération devrait avoir lieu sur une surface considérable dépassant largement les 10.000 kilomètres carrés. Outre des défis technologiques, il est évident que cela coûterait des milliards de dollars et le fait de perturber l'équilibre des couches d'eau dans l'océan pourrait bien ne pas être du goût de la planète...

Et comment injecter de l'eau en profondeur ? Une des idées proposées est d'utiliser la forces des vagues lors d'un début de formation d'un cyclone pour piéger dans des colonnes flottantes de grandes quantités d'eau au-dessus de la surface de la mer. Le poids de l'eau serait alors capable d'enfoncer en profondeur l'eau chaude, plus légère.

Gageons malgré tout que l'idée de Gates et ses associés va être l'objet d'un certain scepticisme parmi les météorologues et les océanographes, sans parler des ingénieurs...