Depuis 2009, Sudan vit dans la réserve kenyane d’Ol Pejeta. Étant dès lors l’un des derniers rhinocéros blancs du nord de la planète, il est constamment ou presque surveillé par des militaires. © Brent Stirton, National Geographic

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Sudan, le dernier rhinocéros blanc du Nord

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Un tweet devenu viral a rappelé au monde entier le sort des rhinocéros blancs du Nord. On y voit Sudan, le dernier représentant mâle. Tout espoir de sauver cette sous-espèce n'est pas encore perdu.

Le 6 novembre dernier, le biologiste Daniel Schneider publiait sur son compte Twitter, une photo de Sudan allongé sur le sol, sa patte avant droite sous sa tête, et le regard plutôt triste, avec ces mots : « Vous voulez savoir à quoi ressemble une extinction ? Voici le dernier mâle rhinocéros blanc du Nord. Le dernier. Il n'y en aura plus jamais. » Aimé plus de 45.000 fois et retweeté plus 45.700 fois, le message est devenu viral.

Alarmiste, il y a de quoi l'être car Sudan, déjà âgé de 43 ans — l'espérance de vie moyenne des rhinocéros blancs du nord est de 40 ans —, est l'un des trois derniers survivants de son espèce. Les deux autres sont sa fille Najin, âgée de 28 ans, et sa petite-fille de 17 ans, Fatu. Le mâle Suni qui vivait avec eux est mort en 2014. Nola, dans le zoo de San Diego, s'est éteinte en 2015.

Photo de Sudan, 43 ans, tweetée le 6 novembre 2017. Il est le dernier rhinocéros blanc du Nord, (Ceratotherium simum cottoni) de la planète. Depuis son transfert du zoo Dvůr Králové en 2009, Sudan vit dans une réserve au Kenya. © D. Schneider

Sudan, un rhinocéros blanc sur Tinder

En avril dernier, face à la menace et aux tentatives infructueuses pour assurer sa descendance, Sudan s'était inscrit sur Tinder dans l'espoir de trouver une compagne... Sur sa fiche, il se présentait ainsi : « Je suis unique en mon genre. Je suis le dernier mâle rhinocéros blanc de la planète Terre. Je ne veux pas trop me mettre en avant mais le destin de mon espèce dépend littéralement de moi. J'aime bien manger de l'herbe et me rafraîchir dans la boue. Pas de problèmes. Je fais 1 m 80 de haut et 2,2 tonnes, si c'est important ». Un message qui visait, bien sûr, à attirer l'attention et à recueillir des fonds dans la perspective de réaliser une reproduction artificielle.

Tout espoir n'est pas encore perdu et Ol Pejeta Conservancy met tout en œuvre pour sauver les rhinocéros blancs — l'autre sous-espèce, les rhinocéros blancs du Sud, se porte mieux avec 20.000 individus contre 100 seulement il y a un siècle —, victimes de braconnages massifs depuis plus de deux siècles.

« L'avenir de cette sous-espèce réside désormais dans le développement de techniques de fécondation in vitro et de la technologie des cellules souches, des procédures coûteuses et compliquées qui n'ont jamais été tentées auparavant chez les rhinocéros » expliquent les vétérinaires de l'organisation. Aussi, pour y parvenir, les chercheurs espèrent-ils récolter un million de dollars de dons à travers la campagne « Make a Rhino ».

Pour en savoir plus

Ça fait peur : disparition annoncée du rhinocéros blanc du Nord

Article de Marie-Céline Jacquier publié le 23 octobre 2014

Un rhinocéros blanc du Nord, Suni, est mort dans une réserve au Kenya. Cette information pourrait paraître anecdotique... seulement il ne reste plus que six spécimens de Ceratotherium simum cottoni. Parce qu'il a été activement chassé pour sa corne, l'animal semble voué à disparaître.

Le 17 octobre 2014, le rhinocéros blanc Suni a été retrouvé mort dans la réserve d'Ol Pejeta au Kenya, située à 250 km au nord de Nairobi. Avec cette disparition, les espoirs de sauver l'espèce s'amenuisent.

Les faits : plus que six rhinocéros blancs du Nord

Suni était l'un des quatre rhinocéros blancs du Nord vivant dans la réserve. Appartenant au zoo de Dvur Kralove (République tchèque), il a été le premier rhinocéros blanc né en captivité. Avec un autre mâle et deux femelles, il a été transporté en 2009 à Ol Pejeta. Il s'agit probablement d'une mort naturelle car il avait 34 ans. Son père est mort en 2006 au zoo de Dvur Kralove, au même âge.

Il n'y aurait plus de rhinocéros blanc du Nord en liberté. Il reste un mâle dans le monde en mesure de procréer, mais ses chances d'y parvenir sont réduites car il est âgé de 40 ans ; il s'appelle Sudan et vit aussi dans la réserve d'Ol Pejeta, avec deux femelles, mère (Najin) et fille. Un autre mâle (Angalifu) vit au zoo de San Diego avec une femelle, mais il est trop âgé. Le sixième rhinocéros restant est une femelle, Nabire, qui vit toujours au zoo de Dvur Kralove.

Décryptage : braconnage plus reproduction difficile égalent extinction

Le nom du rhinocéros blanc viendrait de l'afrikaans wit, terme issu du néerlandais wijde, signifiant « large », en raison de sa lèvre supérieure, effectivement large, contrairement à celle, pointue, du rhinocéros noir. Ce terme aurait été traduit malencontreusement par white (blanc) en anglais, la robe de l'animal étant plutôt grise. Ceratotherium simum cottoni est en fait une sous-espèce de rhinocéros blanc. Globalement, les rhinocéros d’Afrique sont toujours menacés par le braconnage. Leur corne peut rapporter 50.000 à 60.000 euros le kilo au marché noir.

Or, chez le rhinocéros blanc, la période de gestation dure un an et demi et la femelle n'a qu'un petit à la fois. C'est pourquoi, lorsque l'animal est en outre chassé par l'Homme, sa population peut décroître rapidement. En 2012, Suni et Najin se sont accouplés sans qu'un petit ne voie le jour.

Suni et Nabire, au zoo de Dvur Kralove juste avant leur transfert vers le Kénya, ont tenu la vedette dans un article scientifique de Plos One en 2010. © 2010 Groves et al., Plos One

Il reste un peu d'espoir grâce au rhinocéros du Sud

Heureusement, la sous-espèce de rhinocéros blanc du Sud se porte nettement mieux. Aujourd'hui, grâce à ses efforts de conservation, l'Afrique du Sud compterait 20.000 individus de la sous-espèce Ceratotherium simum simum.

Pour sauver le rhinocéros blanc du Nord, son cousin du Sud pourrait être utile. Ainsi, un rhinocéros blanc mâle du Sud a été transféré en janvier 2014 dans la réserve kényane, afin de le présenter aux deux femelles. Les scientifiques préfèrent généralement ne pas hybrider deux sous-espèces mais il s'agit là d'une « opération de la dernière chance », comme l'a précisé Antoine Leclerc, vétérinaire au zoo de Beauval. L'objectif est que les descendants nés d'une telle union soient ensuite présentés à des rhinocéros blancs du Nord, permettant ainsi de conserver leurs spécificités génétiques. L'utilisation de la fécondation in vitro serait une autre stratégie, déjà envisagée pour une autre espèce, le rhinocéros de Sumatra.