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22.500 km : le record de la baleine Varvara étonne les scientifiques

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La plus longue migration réalisée par une baleine grise jamais enregistrée affiche plus de 22.500 km, entre l'ouest et l'est de l'océan Pacifique, aller et retour. Une découverte qui remet en cause la distinction de cette population des côtes russes, menacée d'extinction, avec celle des côtes mexicaines.

En provenance de Russie, une baleine grise, comme celle-ci, surnommée Varvara (Barbara, en russe), a traversé l'océan Pacifique d'ouest en est sur 10.880 km avant son retour. Le précédent record était détenu par une baleine à bosse : 9.800 km, entre les côtes du Brésil et de Madagascar. © Merrill Gosho, NOAA, Wikimedia Commons, domaine public

22.511 kilomètres : telle est l'exacte distance record parcourue par une baleine grise (Eschrichtius robustus) au cours d'un cycle complet de migration dans l'océan Pacifique, entre l'île de Sakhaline, en Russie, et la Basse-Californie, au Mexique. Enregistré en 2011 grâce à une balise satellite posée sur l'animal, le parcours sur 172 jours fait l'objet d'un article scientifique paru dans Biology Letters. Pour les auteurs, il s'agit de la plus longue distance jamais recensée chez un mammifère marin. Baptisée Varvara, la femelle âgée de 9 ans a quitté les côtes russes pour se rendre dans une zone de reproduction près du littoral mexicain.

Varvara est la preuve que la population de baleines grises au nord-ouest de l'océan Pacifique, menacée d'extinction par la chasse commerciale, entre en contact avec celle de la région au nord-est, considérée hors de danger. Or, jusqu'à présent, les scientifiques pensaient qu'elles ne se rencontraient pas, les données génétiques confirmant une différenciation entre les deux populations. « Le fait que les baleines grises occidentales ont une telle portée et interagissent avec les baleines grises de l'est est une surprise et laisse beaucoup de questions en suspens », déclare Bruce Mate, directeur de l'Institut des mammifères marins à l'université d'État de l'Oregon, aux États-Unis, et auteur principal de l'étude.

Au moins cinq baleines grises, sur une population de 150, menacée d'extinction, ont été prises dans des filets de pêche japonais sur la dernière décennie. En plus des zones de pêche, leurs aires d'alimentation, au large du Japon et de la Russie, se superposent à des voies de navigation et à des sites de production de pétrole et de gaz. © Dessin de Charles Melville Scammon, 1872, Wikimedia Commons, domaine public

Les baleines grises de l'ouest pourraient venir de l'est

Pour les chercheurs, la réalité pourrait en fait être inversée : Varvara serait issue de la population de l'est et se rendrait dans des zones habituellement attribuées à la population de l'ouest. Alors que le schéma migratoire de la population était censé s'aligner sur un axe nord-sud, le long des côtes, il pourrait être est-ouest, puisque ces baleines seraient capables de migrer au grand large. « La capacité des baleines à naviguer en eau libre sur d'aussi longues distances est impressionnante et suggère que certaines baleines grises occidentales pourraient en fait être [des baleines] grises de l'est », renchérit Bruce Mate. « Mais cela ne signifie pas qu'il ne peut pas rester quelques vraies baleines grises occidentales », poursuit-il. Si cela s'avérait correct, le nombre de vraies baleines grises occidentales serait encore plus faible que supposé. Depuis le périple de Varvara, d'autres chercheurs ont pu déterminer au moyen de photo-identifications que des dizaines de baleines grises des côtes russes correspondaient à des individus vus en Basse-Californie.

Victimes de la chasse commerciale, notamment, les baleines grises occidentales ont été considérées disparues jusqu'à la découverte dans les années 1990 d'une petite population - de nos jours estimée à 150 individus - au large de l'île de Sakhaline. Quant aux baleines grises de l'est, elles s'en sortent mieux grâce à des efforts de conservation et leur population compte environ 18.000 individus.

Pour les auteurs de la présente étude, d'autres recensements sont nécessaires pour mieux caractériser le nombre d'individus et leurs déplacements et peut-être confirmer cette nouvelle hypothèse de grand voyage trans-Pacifique.