Un guépard femelle au repos, dans une réserve d’Afrique du Sud. La protection dont bénéficient ces animaux est devenue vitale pour eux. © Phinda Private Game Reserve, KwaZulu Natal, Afrique du Sud, licence CC BY-NC-SA 4.0)

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Le guépard court à sa perte

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Annoncée depuis plusieurs années, la menace d'extinction du guépard se précise. L'animal, qui a besoin de vastes territoires, supporte mal le rétrécissement et la fragmentation de son habitat. Une nouvelle étude estime le nombre d'individus à 7.100. Elle montre aussi l'efficacité des mesures de protection.

Trois associations, ZSL (Zoological Society of London), WCS (Wildlife Conservation Society) et Panthera, viennent de boucler une étude soigneuse sur les populations de guépardsAcinonyx jubatus. En 2014, les effectifs étaient estimés à 10.000, contre, grosso modo, 100.000 un siècle plus tôt (voir notre premier article, plus bas). En 2016, ils atteindraient environ 7.100, selon une équipe de biologistes, dont Laurie Marker (cliquez sur son nom pour lire le dossier qu'elle a réalisé pour Futura).

Ce chiffre est très faible. Il représenterait à peu près 9 %, selon les auteurs de l'article paru dans les Pnas, de son « niveau historique », c'est-à-dire avant qu'il ne commence à diminuer, pour beaucoup du fait des activités humaines. Pour ces biologistes, le risque d'extinction est bien réel et l'espèce devrait être reclassée dans la Liste rouge de l'UICN, pour passer de « Vulnérable » à « En danger ».

Une femelle et ses petits. © ZSL

Les guépards manquent de territoires et de proies

Le guépard, animal farouche, est difficile à observer. Ses populations sont mieux connues dans les zones protégées mais 77 % des individus vivent en dehors d'elles. Les contraintes qui pèsent sur les populations de guépard sont nombreuses. La principale est la réduction des territoires, ainsi que leur fragmentation. Ces prédateurs souffrent aussi de la réduction du nombre de leurs proies du fait de la chasse par les Hommes. Il existe aussi un important trafic d’animaux, car on les capture encore pour en faire des animaux domestiques. Or, pour obtenir quelques petits, il faut tuer la mère et le taux de survie des jeunes ainsi capturés étant faible, le chasseur doit en récupérer plusieurs pour être sûr d'en ramener au moins un en bon état.

Les auteurs soulignent l'efficacité des zones protégées. Les taux de survie sont très différents à l'intérieur et à l'extérieur. Le guépard fait ainsi partie des animaux devenus très dépendants de la protection offerte par les sociétés humaines. La méthode de l'étude, expliquent les biologistes qui l'ont conduite, mériterait d'être appliquée à d'autres espèces à risque.

Pour en savoir plus

Le guépard est menacé d'extinction

Article initial de Marie-Céline Jacquier paru le 08/10/2014 à 13:23

L'animal bâti pour courir vite passe beaucoup de temps à marcher à la recherche de nourriture. L'habitat des guépards s'est en effet restreint à cause des activités humaines, si bien que leur population est passée de 100.000 à 10.000 individus en l'espace d'un siècle.

Le guépard serait l’animal qui court le plus vite. Avec des records proches de 120 km/h, il devrait compter sur sa seule vitesse pour attraper des proies. Mais à cause des constructions humaines et du développement de l'agriculture, son habitat se restreint de plus en plus dans la savane africaine, ce qui impacte l'espèce. Ces félins subissent en effet une pression plus importante pour trouver de la nourriture à cause de la présence de prédateurs plus forts qu'eux, comme les lions, les hyènes ou les léopards.

Pour comprendre le quotidien de ces animaux, des chercheurs internationaux ont suivi 19 guépards pendant deux semaines dans deux sites d'Afrique du Sud. Ils ont mesuré leur dépense énergétique au fil du temps. Les résultats de ces investigations paraissent dans la revue Science. Ils montrent que les guépards passent beaucoup de leur temps et de leur énergie à rechercher lentement de la nourriture dans la savane, une activité qui ne correspond pas vraiment à leur constitution biologique.

En effet, l'évolution de ces animaux en a fait des bolides capables de faire des pointes de vitesse. Leur constitution légère ne leur permet pas de stocker de l'énergie pour de longues marches. Pour Michael Scantlebury, principal auteur de ces travaux, « les guépards sont comme des Ferrari mais qui, la plupart du temps, roulent lentement ».

Le guépard doit faire de longues marches pour se nourrir

Le fait que les hommes aient construit des barrières ou chassent les proies des guépards (gazelles...), les oblige à voyager sur des distances toujours plus grandes. Ainsi, lors de leurs déplacements, les animaux peuvent avoir besoin de monter et descendre des dunes de sable à des températures élevées, sans eau à boire... Des conditions particulièrement difficiles pour les plus fragiles d'entre eux.

Pour John Wilson, qui a aussi participé à ces travaux, « nous reprochons trop souvent aux lions et aux hyènes de décimer les populations de guépards alors qu'en fait ce serait plutôt nous, humains, qui les conduisions à leur déclin. Imaginez comme cela doit être difficile pour un petit de suivre sa mère toujours plus loin dans le désert pour chercher de la nourriture quand elle-même se bat pour survivre ».

Ces travaux peuvent aider à mettre en place des stratégies de conservation de l'espèce qui est classée comme vulnérable par l'UICN.

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