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Le tsunami de 2004 a eu des prédécesseurs

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L'océan Indien a connu plusieurs épisodes de tsunamis, semblables à celui de 2004. C'est ce que montrent les études de deux groupes de géologues qui viennent de publier leurs travaux dans la revue Nature.

Les couches de sables marin, laissées par les tsunamis, et de tourbes dans l'île de Phra Thong. Crédit : Brian Atwater

Tous le monde se souvient des images du terrible tsunami causé par un séisme de magnitude 9,2 le 26 décembre 2004 et dont les vagues destructrices ont fait plus de 220.000 morts en frappant les côtes de l'océan Indien. Afin de se protéger de ce genre de catastrophe naturelle, l'un des moyens est de chercher si des événements semblables ont déjà eu lieu dans  la région, et si oui, avec quelle fréquence.

Ce genre d'étude est standard dans le cas des risques liés à des éruptions volcaniques et même des séismes. L'étude des éruptions passées dans la chaîne des Cascades aux Etats-Unis avait par exemple fait soupçonner des risques à court terme pour le Mont St-Helens, et, de même, on s'attend à une prochaine éruption du Vésuve.

Deux groupes de chercheurs ont donc décidé d'effectuer des coupes géologiques sur des côtes de Thaïlande et d'Indonésie. Ils ont alors découvert des alternances de dépôts de sable marins clairs et de couches de tourbes sombres dans le nord de Sumatra (Indonésie) et sur l'île thaïlandaise de Phra Thong, à une centaine de kilomètres de la station balnéaire de Phuket, rappelant fortement ce qui a été observé après le tsunami de 2004.

En rouge, l'épicentre du séisme de 2004 ayant causé le tsunami. Crédit : Division géographique du ministère des Affaires étrangères

Si l'on admet, comme il est d'usage en géologie, que les causes actuelles des phénomènes géologiques opéraient aussi dans le passé, il est évident qu'il faut voir dans ces structures en mille-feuille les traces laissées par plusieurs tsunamis importants s'étant déjà produits dans l'océan Indien. Restait à déterminer une chronologie et comme toujours pour des événements contemporains de l'homme moderne, la technique de datation reposant sur le carbone 14 peut être employée, pourvu que l'on trouve des échantillons qui en contiennent.

La strate la plus ancienne identifiée daterait de 2.800 ans environ mais plusieurs autres sont présentes et qui correspondent peut-être aux mêmes tsunamis dans au moins un cas.

Une équipe menée par Brian Atwater et Kruawun Jankaew a déterminé que la couche découverte en Thaïlande à Phra Thong, précédent celle du tsunami de 2004, s'était déposée il y a entre 550 à 700 ans. Or justement, l'autre équipe ayant effectué ses prélèvements dans les couches des marais côtiers localisées près de la ville de Meulaboh à Sumatra, a obtenu une datation tout à fait compatible avec les dépôts du précédent tsunami, puisqu'ils se seraient mis en place quelque part entre 1.290 et 1.400 après J-C.

L'équipe menée par Katrin Moneke a même découvert des dépôts datant de 780 et 990 après J-C mais qui ne semblent pas correspondre à une couche de sable marin d'âge comparable en Thaïlande, ce qui suggère que le tsunami de cette époque était moins important que ses deux successeurs.

Dans les deux cas, il n'existe aucun document historique connu faisant état de ces événements, contrairement au tsunami de 1883 dans la même région en Indonésie causée par l'explosion du volcan Krakatoa (ou Krakatau, le mont silencieux), situé entre les îles indonésiennes de Java et de Sumatra. Cette catastrophe avait entraîné un gigantesque raz-de-marée provoquant la mort de 36.000 personnes.

Toutefois, à l'époque, la force de ce tsunami n'était pas suffisante pour laisser des dépôts de sable notables et les chercheurs n'en ont pas retrouvé de traces. Cette absence n'est pas si étonnante quand on remarque la localisation du Krakatoa, encaissé au milieu des terres.