Par injection d’eau (avec des additifs) sous haute pression, la roche est brisée et les hydrocarbures qui y sont emprisonnés peuvent être libérés. C’est la fracturation hydraulique, qui permet une exploitation de sites où les moyens classiques sont impuissants. Elle a été améliorée grâce aux possibilités de forage horizontal. Cette technique est cependant susceptible de générer des séismes et, potentiellement, de provoquer des pollutions des nappes phréatiques moins profondes que la roche exploitée. © Jon Mullen, Shutterstock

Planète

Séismes : la fracturation hydraulique menace des millions d'Américains

ActualitéClassé sous :géologie , séisme , tremblement de terre

Jean-Luc Goudet, Futura-Sciences

Aux États-Unis, l'USGS a pour la première fois édité une carte des risques sismiques pour l'année en cours dans lesquels sont inclus les possibles tremblements de terre provoqués par la fracturation hydraulique utilisée par l'exploitation pétrolière et du gaz naturel. Résultat : des zones rouges apparaissent dans plusieurs États du centre et de l'est. En tout, sept millions de personnes sont concernées. Émoi.

L'exploitation des gaz de schiste par fracturation hydraulique provoque localement des petits séismes. La cause est entendue depuis longtemps et la multiplication des sites aux États-Unis permet aujourd'hui des statistiques et même des cartographies. C'est ce que vient de faire l'USGS (US Geological Survey), l'organisme chargé de la surveillance des risques géologiques et de la diffusion des informations.

Chaque début d'année, une carte des risques sismiques, sorte de prédiction géologique, est publiée. La nouveauté 2016 est la prise en compte du risque sismique produit par ces exploitations qui utilisent la fracturation hydraulique (consistant à injecter sous pression de l'eau et des additifs dans des roches à grande profondeur pour en extraire les hydrocarbures qu'elles contiennent).

Le communiqué et le rapport complet sont accessibles sur le site de l’USGS (en langue anglaise). L'étude recense désormais comme « séisme d'origine humaine » tous ceux qui se sont produits à moins de 15 km d'un site où des forages exploitent cette technique et s'appuie sur cette mesure pour prédire le risque à venir.

La carte des risques de dommages en 2016, avec des probabilités allant de 1 % à 12 % (le code couleur est à droite). Pour les États de l'ouest (carte de gauche), seuls sont pris en compte les séismes d'origine naturelle, tandis que les risques dus aux sites de fracturation hydraulique sont indiqués aussi pour les États du centre et de l'est (carte de droite). (Cliquez sur l'image pour l'agrandir.) © USGS

21 sites à risque

Le résultat provoque un miniséisme médiatique outre-Atlantique. « Le fait d'inclure les secousses telluriques résultant d'activités humaines a fortement accru dans notre évaluation le risque dans plusieurs régions des États-Unis », rapporte le communiqué de l'USGS, prêtant ces paroles à Mark Petersen, responsable de ce travail de cartographie.

Près de certains sites de forage, le risque de survenue d'un séisme est multiplié par trois par rapport à l'étude publiée en 2014, ajoute ce texte. Précisément, l'étude a identifié 21 secteurs où la sismicité a augmenté sur la période 1980-2015, pour laquelle ont été recensés les séismes de magnitudes supérieures ou égales à 2,5.

En bleu, les sites de forages associés à des séismes. En vert, les puits non associés. Le lien entre les deux a été établi quand un séisme s'est produit à moins de 15 km du lieu de forage. En jaune, les zones où se trouvent des réserves d'hydrocarbures. En marron, les bassins sédimentaires. (Cliquez sur l'image pour l'agrandir.) © USGS

Six États devraient prendre en compte cette prévision

À côté de la Californie, habituée à un bon score dans ces études grâce à la faille de San Andrea, six États progressent considérablement au classement, en l'occurrence, classés dans l'ordre de risque décroissant : Oklahoma, Kansas, Texas, Colorado, Nouveau-Mexique et Arkansas. « Ces États pourront connaître des dommages si la sismicité induite n'est pas réduite », explique le résumé du rapport.

Tout le territoire des États-Unis n'est pas concerné par cette étude, qui s'étend tout de même sur les États du centre et de l'est, laissant donc de côté la côte ouest où séismes naturels et d'origine humaine ne sont pas distingués. Globalement, il s'agit bien sûr de tremblements de terre de magnitudes relativement faibles mais l'étude souligne les dégâts possibles. La conclusion du rapport de plus de cinquante pages est que des incertitudes demeurent, notamment avec le manque de données dans les États de l'ouest. Elle est aussi que les pouvoirs politiques seraient bien inspirés de prendre en compte cette nouvelle cartographie du risque.

Comment faire face aux catastrophes naturelles ?  Chaque année de nombreuses catastrophes naturelles ravagent les pays du Sud. Malheureusement, avec le peu de moyens disponibles, la gestion de ces états de crise est souvent problématique. Sébastien Hardy, géographe de l’IRD (institut de Recherche pour le développement) nous parle au cours de cette vidéo des solutions envisagées par l’organisme pour traiter le problème. 

  Les commentaires ne sont pas disponibles pour le moment.